Photographie en noir et blanc d’une terrasse de café à Montmartre.
Une terrasse de café à Montmartre, Paris, en 2018. Photographie de contexte, postérieure aux faits ; les personnes et commerces visibles ne sont pas présentés comme liés à l’affaire.Photo : Morning light in Montmartre — madras91 / Flickr, via Wikimedia Commons — CC BY 2.0. · Source · CC BY 2.0. Photographie redimensionnée si nécessaire et convertie en WebP ; cadrage de la source conservé ; licence de la source conservée.

L’ENVERS DE L’AFFAIRE · DOSSIER DOCUMENTAIRE

Thierry Paulin : les meurtres de personnes âgées à Paris

CRIMES IMPOSSIBLES

France · Paris · Montmartre · 10e et 18e arrondissements

Faits : 1984–1987 · Arrestation : 1er décembre 1987

Paulin mort avant son procès ; Mathurin condamné en 1991

Paris, de 1984 à 1987. Des femmes âgées sont agressées et tuées chez elles, souvent pour de faibles sommes. Les premières affaires touchent notamment le nord de la capitale, avant que l’enquête ne relie des crimes commis dans plusieurs quartiers. En décembre 1987, un signalement permet l’arrestation de Thierry Paulin. Il reconnaît une série d’homicides et désigne Jean-Thierry Mathurin comme participant à la première période. Mais Paulin meurt en détention en 1989, avant son procès. Mathurin sera jugé et condamné en 1991. Pour comprendre ce dossier, il faut distinguer les aveux, les rapprochements policiers et les décisions rendues, tout en redonnant une place aux victimes que le surnom de « tueur de vieilles dames » a souvent laissées dans l’ombre.

L’affaire en 30 secondes

Les victimes
Des femmes âgées, généralement agressées dans leur propre logement.
Le tournant
Le signalement d’une survivante contribue à identifier Paulin en décembre 1987.
L’issue judiciaire
Mort de Paulin avant jugement ; perpétuité pour Mathurin pour sept assassinats et une tentative.

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1. Octobre 1984 : des femmes visées chez elles

Le 5 octobre 1984, Germaine Petitot survit à une agression ; Anna Barbier-Ponthus est tuée. D’autres victimes suivent à l’automne. Les agressions se déroulent dans l’espace où elles devraient pouvoir vivre en sécurité. Les sommes dérobées sont parfois faibles au regard de l’extrême violence des faits. [1] [2]

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2. Relier des dossiers dispersés

Les enquêteurs doivent déterminer quels meurtres appartiennent à la même série. La proximité géographique, les vols et certaines ressemblances dans les scènes orientent les recherches. Les empreintes apportent un autre type de rapprochement. Regrouper trop vite des dossiers ferait disparaître leurs différences, tandis que les isoler empêcherait de voir les répétitions. [1] [3]

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3. Un homme déjà connu de la justice

Né à Fort-de-France en 1963, Paulin a vécu en Martinique puis en métropole. Il est condamné en 1983 après un vol avec violence commis à Toulouse. À Paris, il travaille notamment au Paradis Latin et fréquente le milieu des cabarets. Son origine, son homosexualité ou ses prestations scéniques ne constituent en eux-mêmes aucune explication de la violence criminelle. [2]

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4. La première période avec Jean-Thierry Mathurin

Paulin rencontre Mathurin au Paradis Latin. Leur relation personnelle se double d’une participation commune à des agressions de l’automne 1984, qui sera examinée aux assises. L’argent volé alimente leurs dépenses. Au procès, Mathurin soutiendra qu’il était dominé par Paulin. [4] [5]

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5. 1985–1986 : la série recommence

Après une interruption, de nouveaux meurtres sont rapprochés des précédents entre décembre 1985 et juin 1986. Les lieux dépassent désormais le seul secteur de Montmartre. L’appellation de « monstre de Montmartre », devenue célèbre, donne donc une géographie incomplète de l’affaire : plusieurs arrondissements sont concernés. [1] [2]

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6. Des traces présentes, un rapprochement manqué

Les empreintes de Paulin avaient été relevées lors d’une procédure antérieure à Toulouse. Elles ne sont pourtant pas rapprochées à temps des traces parisiennes. L’affaire illustre la difficulté à retrouver une fiche et à la confronter aux bons dossiers dans les systèmes de l’époque. [1] [6]

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7. Berthe Finalteri décrit son agresseur

En novembre 1987, Rachel Cohen est tuée et Berthe Finalteri, âgée de 87 ans, est agressée mais survit. Son témoignage contribue à établir un signalement exploitable, complété par d’autres observations. Geneviève Germond est tuée à la fin du même mois. La parole de la survivante devient décisive pour la recherche du suspect. [1] [2]

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8. 1er décembre 1987 : Francis Jacob le reconnaît

Le commissaire Francis Jacob repère dans Paris un homme ressemblant au signalement diffusé. Il s’agit de Thierry Paulin, arrêté le 1er décembre. Les vérifications et les auditions font alors basculer l’enquête. Ce tournant combine la description d’une victime, la circulation de cette information et la vigilance d’un policier. [3] [6]

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9. Pourquoi les chiffres varient

Les récits de la garde à vue mentionnent vingt et un meurtres reconnus par Paulin, tandis que dix-huit assassinats sont retenus dans les poursuites rapportées à l’époque. Ces chiffres ne désignent pas le même niveau d’établissement. Un aveu doit être rapproché d’un lieu, d’une victime et de constatations vérifiables. L’absence de procès de Paulin empêche de présenter un total comme un bilan fixé par une condamnation pénale prononcée contre lui. [3] [7]

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10. 1989 : une procédure interrompue par la mort

La santé de Paulin se dégrade pendant sa détention. Il meurt le 16 avril 1989 des suites du sida, avant d’être jugé pour cette série. Il n’existe donc pas de verdict d’assises le condamnant pour ces homicides. Sa maladie ne doit pas davantage devenir une explication générale des crimes : les faits commencent plusieurs années avant sa mort. [2] [3]

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11. 1991 : les faits jugés contre Mathurin

Le 20 décembre 1991, la cour d’assises de Paris condamne Jean-Thierry Mathurin à la réclusion criminelle à perpétuité, avec dix-huit ans de sûreté, pour sept assassinats et une tentative commis à l’automne 1984. Le compte rendu contemporain du Monde précise ce périmètre. En janvier 2009, une semi-liberté est annoncée après une longue détention. Cette étape d’exécution de peine ne réécrit ni le verdict ni le nombre de faits jugés. [4] [8]

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12. Le dossier et la mémoire des empreintes

L’affaire est souvent associée aux progrès de la comparaison automatisée des empreintes. Un repère chronologique évite toutefois un raccourci : le décret créant le FAED date du 8 avril 1987, avant l’arrestation de décembre. On ne peut donc pas attribuer sa création juridique à cette arrestation. Le dossier montre surtout pourquoi un fichier doit être alimenté et utilisable : conserver une trace et réussir à identifier son auteur sont deux étapes différentes. [1] [9]

Ce qui est établi, ce qui reste incertain

Documenté

Les meurtres et agressions se succèdent à Paris entre 1984 et 1987. Paulin est arrêté le 1er décembre 1987, fait des aveux puis meurt avant jugement en avril 1989. Mathurin est condamné en décembre 1991 pour sept assassinats et une tentative. Le témoignage d’une survivante et les empreintes occupent une place majeure dans la résolution de l’enquête.

Incertain ou non établi

Le total des aveux ne doit pas être présenté comme un total de condamnations. L’ensemble des morts parfois rapprochées de la série ne bénéficie pas du même degré de preuve. Les hypothèses concernant d’autres participants restent des hypothèses. Les descriptions de la vie nocturne de Paulin ne permettent pas de déduire les causes de chaque passage à l’acte.

Les dates clés

  1. 5 octobre 1984 — Premières agressions de la série décrite ; Germaine Petitot survit.
  2. Automne 1984 — Période des crimes ultérieurement jugés contre Mathurin.
  3. Décembre 1985–juin 1986 — Nouvelle série d’homicides rapprochés par les enquêteurs.
  4. 8 avril 1987 — Décret portant création du fichier automatisé des empreintes digitales.
  5. Novembre 1987 — Nouveaux crimes ; Berthe Finalteri survit et témoigne.
  6. 1er décembre 1987 — Arrestation de Thierry Paulin à Paris.
  7. 16 avril 1989 — Mort de Paulin avant son procès.
  8. 20 décembre 1991 — Condamnation de Mathurin à perpétuité.

Les lieux de l’affaire

Le nord de Paris, notamment le 18e arrondissement, occupe une place importante dans les premières affaires. D’autres crimes concernent plusieurs quartiers de la capitale, dont le 10e lors de la dernière période. Toulouse intervient dans l’histoire des empreintes déjà relevées. La vue de Montmartre illustre le contexte urbain ; elle ne montre pas le domicile d’une victime.

Ce qui rend cette affaire singulière

Ce dossier met en relation une vulnérabilité peu visible, celle de femmes âgées vivant seules, et une difficulté d’enquête très concrète : transformer des traces dispersées en identification. L’histoire judiciaire reste également dissymétrique. L’homme au centre des aveux n’a pas comparu aux assises ; le procès de son partenaire a porté sur une partie délimitée des faits.

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Sources et méthode

Synthèse originale distinguant les aveux attribués à Paulin, les faits retenus dans les poursuites et le périmètre du verdict Mathurin. Les décomptes variables ne sont pas additionnés. Les dates du FAED et de l’arrestation ont été confrontées au texte réglementaire. Les sources rétrospectives sont recoupées avec le compte rendu du verdict de 1991 ; aucun dialogue de garde à vue n’est inventé.

  1. Wikipédia — Thierry Paulin : chronologie, victimes et références
  2. Wikipedia — Thierry Paulin : parcours et séquences de l’enquête
  3. Le Monde — Philippe Boggio, retour sur l’arrestation, 7 août 2006
  4. Le JDD — Stéphane Joahny, Mathurin en semi-liberté, 25 janvier 2009
  5. Le Monde — À la cour d’assises : l’ombre dominatrice de Paulin, 19 décembre 1991
  6. Le Parisien — Crime Story, Thierry Paulin, partie 2, transcription publiée sur Dailymotion
  7. Le Parisien — Céline Carez, retour sur les faits et les poursuites, 9 août 2016
  8. Le Monde — Verdict du procès Mathurin, 22 décembre 1991
  9. Légifrance — Décret n° 87-249 du 8 avril 1987 relatif au FAED