La vieille ville de Pont-Sainte-Maxence et ses clochers au bord de l’Oise.
La vieille ville de Pont-Sainte-Maxence vue depuis le pont de l’Oise, avec l’église et le beffroi de l’hôtel de ville, en 2011. Vue de contexte géographique, postérieure aux faits ; ce n’est pas une scène de crime.Photo : Pont-Sainte-Maxence, vue sur la ville depuis l’Oise — P.poschadel / Wikimedia Commons — CC BY-SA 2.0 France. · Source · CC BY-SA 2.0 France. Photographie redimensionnée si nécessaire et convertie en WebP ; cadrage de la source conservé ; licence de la source conservée.

L’ENVERS DE L’AFFAIRE · DOSSIER DOCUMENTAIRE

Alain Lamare : le gendarme au cœur de l’enquête

CRIMES IMPOSSIBLES

France · Oise · Chantilly · Pont-Sainte-Maxence · Creil

Faits : 1978–1979 · Arrestation : 8 avril 1979

Non-lieu pour irresponsabilité pénale ; internement psychiatrique

Oise, 1978–1979. Des voitures sont volées, des femmes agressées et des courriers de menace adressés aux enquêteurs. Le 1er décembre 1978, Yolande Raszewski est tuée à Chantilly. L’homme recherché connaît les méthodes des forces de l’ordre : Alain Lamare est lui-même gendarme et participe aux investigations sur ses propres actes. Son arrestation, le 8 avril 1979, bouleverse l’affaire. La suite ne prendra pourtant pas la forme d’un procès d’assises : déclaré pénalement irresponsable, il fait l’objet d’un non-lieu et d’un internement psychiatrique. Une autre procédure reconnaîtra la responsabilité de l’État. Pour suivre ce dossier, il faut comprendre à la fois le travail des enquêteurs, les obstacles institutionnels et ces deux réponses judiciaires distinctes.

L’affaire en 30 secondes

Les faits
Un meurtre et plusieurs tentatives, dans une série comprenant aussi des vols de véhicules.
La particularité
Le gendarme participe aux recherches et connaît l’avancement des investigations.
Les suites
Absence de procès pénal ; responsabilité de l’État reconnue dans une procédure administrative.

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1. Une nouvelle série dans l’Oise

L’Oise a déjà été marquée par les crimes de Marcel Barbeault lorsque de nouvelles agressions apparaissent. Les deux affaires doivent rester distinctes. Lamare sert au peloton de surveillance et d’intervention de Chantilly, après une affectation à Clermont. Sa présence dans les forces de l’ordre lui donne une connaissance du terrain et du fonctionnement des recherches. [1] [2]

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2. Mai 1978 : les premiers véhicules volés

Une voiture dérobée puis abandonnée dans la forêt de Chantilly contient des objets et un plan qui orientent d’abord vers un projet de braquage. Les vols de véhicules se multiplient ensuite. Ils servent aux déplacements, mais aussi à brouiller la lecture des faits. [3] [4]

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3. Des passantes et des intervenants blessés

En juillet 1978, une jeune fille est blessée par balle à Pont-Sainte-Maxence. D’autres attaques suivent. Des véhicules piégés blessent également un policier et un gendarme auxiliaire. La décision ultérieure du Conseil d’État mentionne ces faits dans son rappel du dossier. [4] [5]

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4. 1er décembre : Yolande Raszewski est tuée

Yolande Raszewski a 19 ans. Prise en auto-stop, elle est tuée à Chantilly, près de l’hippodrome, le 1er décembre 1978. Son nom constitue un repère essentiel dans une affaire souvent racontée à partir de la double vie de Lamare. [3] [5]

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5. Des courriers qui ressemblent à des procès-verbaux

Les lettres adressées aux enquêteurs revendiquent des faits et annoncent d’autres violences. Leur vocabulaire et l’ordre des renseignements sur les véhicules attirent l’attention de l’inspecteur Daniel Neveu, puis du capitaine Jean Pineau. Le style évoque des habitudes professionnelles. [1]

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6. La piste d’un membre des forces de l’ordre

L’hypothèse rencontre des résistances et les échanges entre services sont difficiles. Des enquêteurs la prennent néanmoins au sérieux. Le dossier ne se résume donc pas à une institution unanimement aveugle : il révèle des intuitions, des réticences et des vérifications inégalement partagées. [1] [2]

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7. Les survivantes et les portraits-robots

À la fin de décembre 1978, Andrée survit à une attaque après avoir été prise en auto-stop près de Compiègne. Sa description contribue au signalement. D’autres personnes rencontrent ensuite l’homme lors d’un épisode lié à une voiture volée. Les portraits se précisent progressivement. [3] [4]

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8. Une ressemblance, une écriture et des horaires

Au printemps 1979, le portrait-robot finit par évoquer Lamare à des personnes qui le connaissent. Les courriers anonymes sont comparés à son écriture et ses absences sont rapprochées des dates des faits. Ces éléments donnent une consistance à ce qui n’était auparavant qu’une hypothèse professionnelle. [1] [2]

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9. 8 avril 1979 : interpeller un collègue armé

Lamare est rappelé de patrouille sous un prétexte afin de permettre son arrestation. Ses collègues le maîtrisent dans la nuit du 8 avril 1979. Il a 22 ans. Les interrogatoires et la perquisition suivent ; les comptes rendus rapportent ses aveux. Cette arrestation met fin à une situation exceptionnelle : l’homme recherché pouvait jusque-là accéder à une partie des informations réunies pour le retrouver. Elle ouvre aussi une nouvelle phase, celle de l’examen psychiatrique et judiciaire. [2] [4]

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10. 1983 : pourquoi il n’y a pas de procès

Les expertises psychiatriques donnent lieu à des avis divergents. La procédure aboutit en 1983 à un non-lieu pour irresponsabilité pénale, et Lamare est interné. Cette issue ne signifie pas que les attaques n’ont pas existé ni qu’un jury l’a acquitté après un procès d’assises. Elle concerne la possibilité de lui imputer pénalement ses actes au regard de son état mental. Le diagnostic rapporté dans ce dossier ne peut pas être généralisé aux personnes atteintes d’une maladie psychiatrique. [2] [4]

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11. 1988 : la responsabilité de l’État

Le 18 novembre 1988, le Conseil d’État rejette le recours du ministre de la Défense contre l’indemnisation de la famille de Yolande. Il constate que Lamare suivait les enquêtes et bénéficiait d’informations liées à ses fonctions. Bien que le meurtre ait été commis hors service, avec une arme personnelle, ce lien suffit à engager la responsabilité de l’État. Il s’agit d’une décision sur la réparation du préjudice, distincte d’une condamnation pénale de Lamare. [5]

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12. Ce que les récits ultérieurs ont retenu

Le film de Cédric Anger La prochaine fois je viserai le cœur, sorti en 2014 avec Guillaume Canet, s’inspire de l’affaire. Il contribue à faire connaître cette histoire, mais une fiction n’a pas le statut d’une pièce de procédure. Le paradoxe du gendarme enquêtant sur lui-même ne doit pas faire disparaître les victimes. Les sources documentaires permettent surtout de suivre les indices, les décisions et les conséquences, sans attribuer au réel chaque scène imaginée pour le cinéma. [3]

Ce qui est établi, ce qui reste incertain

Documenté

Yolande Raszewski a été tuée le 1er décembre 1978. Lamare, gendarme à Chantilly, a participé aux investigations sur la série dont il était l’auteur, avant son arrestation du 8 avril 1979. Il n’a pas été jugé aux assises en raison de l’irresponsabilité pénale retenue. Le Conseil d’État a confirmé en 1988 la responsabilité de l’État envers les proches de Yolande.

Incertain ou non établi

Le détail des mobiles personnels ne se déduit pas de la seule profession de Lamare ni de son diagnostic. Les récits rétrospectifs divergent sur certains épisodes et ne remplacent pas les pièces de procédure. Une décision de non-lieu, un internement et une indemnisation répondent à des questions différentes. Aucun renseignement non vérifié sur sa situation médicale actuelle n’est ajouté au dossier.

Les dates clés

  1. Mai 1978 — Début de la série de vols de voitures décrite dans le dossier.
  2. Juillet 1978 — Agression par balle à Pont-Sainte-Maxence.
  3. 1er décembre 1978 — Meurtre de Yolande Raszewski à Chantilly.
  4. Fin décembre 1978 — Andrée survit à une attaque et contribue au signalement.
  5. 8 avril 1979 — Arrestation du gendarme Alain Lamare.
  6. 1983 — Non-lieu pour irresponsabilité pénale ; absence de procès d’assises.
  7. 18 novembre 1988 — Le Conseil d’État confirme la responsabilité de l’État.
  8. 2014 — Sortie du film de Cédric Anger inspiré de l’affaire.

Les lieux de l’affaire

Chantilly est à la fois le lieu d’affectation de Lamare et celui du meurtre de Yolande. Pont-Sainte-Maxence, Creil, Clermont et le secteur de Compiègne apparaissent dans les agressions ou les recherches. La photographie d’ouverture montre Pont-Sainte-Maxence : elle situe l’affaire dans l’Oise sans prétendre désigner l’endroit exact d’une attaque.

Ce qui rend cette affaire singulière

L’accès du suspect aux informations de l’enquête n’est pas seulement un ressort narratif : le Conseil d’État en fait un élément de son raisonnement sur la responsabilité publique. Ce dossier permet ainsi de suivre trois questions concrètes : comment identifier l’auteur, pourquoi la procédure pénale s’arrête avant les assises et sur quel fondement les proches peuvent obtenir réparation.

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Sources et méthode

Synthèse originale fondée sur la décision administrative publiée et des récits d’enquête recoupés. Le texte du Conseil d’État établit le lien entre les fonctions de Lamare et les recherches auxquelles il échappait. La procédure pénale est décrite sans inventer de procès ni confondre diagnostic médical et responsabilité administrative. Les scènes du film ne sont pas utilisées comme preuves.

  1. L’Essor de la Gendarmerie — Le tueur de l’Oise était gendarme, 27 juin 2023
  2. Le Parisien — Simon Gourru, arrestation et suites de l’affaire, 13 octobre 2024
  3. RMC Crime — L’histoire derrière La prochaine fois je viserai le cœur, 28 août 2023
  4. Wikipédia — Affaire Alain Lamare : chronologie et références
  5. Conseil d’État — Décision n° 74952 du 18 novembre 1988, texte intégral sur Légifrance