ÉPISODE 46 · LE DOSSIER DOCUMENTAIRE

Stella Nickell : derrière les flacons d’Excedrin

Deux décès dans l’État de Washington, des flacons contaminés et une enquête qui mène des analyses de laboratoire aux délibérations d’un jury.

Auburn, juin 1986. Deux morts à six jours d’intervalle font naître une alerte sur des médicaments. Des flacons, des analyses et des documents conduisent l’enquête vers Stella Nickell. Retour sur les faits et sur leur examen par la justice.

Auburn, Kent et Seattle · État de WashingtonAffaire jugée · condamnation confirmée en appel
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Vignette fictive de l’épisode Stella Nickell : cuisine, flacon et verre au premier plan.
Vignette éditoriale de l’épisode. Scène fictive ; il ne s’agit pas d’une photographie des victimes ou d’une pièce de l’enquête.

02 · L’ENQUÊTE À ÉCOUTER

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46 • La folie meurtrière de Stella Nickell : même joueur joue encore

Paru le 20 août 2026 · 26 min 59 s.

Même joueur joue encore suit les deux morts de 1986 et l’enquête sur Stella Nickell, entre médicament du quotidien, indices et assurance.

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Deux décès à six jours d’intervalle

Auburn, État de Washington, 5 juin 1986. Bruce Nickell, conducteur d’engins, meurt après un malaise. La conclusion médicale retient un emphysème. Six jours plus tard, Sue Snow, responsable bancaire, meurt à son tour. L’analyse révèle cette fois du cyanure. [2]

Le rapprochement entre les deux morts ne repose pas sur une relation entre les victimes. Il passe par un objet courant : un médicament vendu sans ordonnance. L’affaire se déplace ainsi du foyer vers le commerce, puis du commerce vers les laboratoires et la justice.

Cette circulation explique son ampleur. Un décès peut d’abord apparaître comme un événement médical individuel. La découverte d’une substance étrangère dans un produit ouvre une autre question : combien de personnes ont pu acheter un flacon comparable ? Avant même d’identifier un auteur, les autorités doivent comprendre ce qui peut encore circuler.

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Excedrin devient le point commun

Des capsules d’Excedrin de Sue Snow contiennent du cyanure. Bristol-Myers rappelle le produit nationalement. Un autre flacon contaminé apparaît dans un commerce de Kent. [2]

Un rappel et une enquête criminelle ont des buts différents, mais complémentaires. Le rappel vise à retirer un produit potentiellement dangereux de la circulation. L’enquête cherche à déterminer quand il a été altéré, comment les flacons sont arrivés à leurs destinataires et qui peut être responsable.

La taille de l’alerte ne mesure donc pas le nombre de coupables. Une seule intervention malveillante peut produire une inquiétude très large. De même, la présence d’une marque sur plusieurs flacons ne démontre pas à elle seule que leur fabricant a introduit la substance recherchée. Il faut remonter leur parcours.

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Le signalement de Stella ramène l’enquête chez elle

Stella remet deux flacons contaminés qu’elle dit avoir achetés séparément. Le sang conservé de Bruce révèle également du cyanure. Cinq flacons altérés sont identifiés au total, dont les deux fournis par Stella. [2]

Le signalement fait avancer l’enquête dans deux directions. Il rapproche la mort de Bruce de celle de Sue Snow. Il donne aussi aux enquêteurs deux objets supplémentaires à examiner, avec un récit d’achat qu’ils peuvent comparer aux autres découvertes.

La concentration de plusieurs flacons chez une même personne attire l’attention. Ce constat constitue une piste, pas un calcul de culpabilité. Pour passer d’une coïncidence jugée étrange à une accusation, il faut d’autres éléments : des traces, des documents, des déclarations et une chronologie qui résistent à la confrontation.

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Un produit d’aquarium dans les indices

L’examen des capsules fait apparaître des particules associées à un produit contre les algues d’aquarium. Stella possède des aquariums et un achat de ce produit est rapporté dans l’enquête. [3]

L’intérêt de cet indice tient à sa nature secondaire. Le laboratoire ne recherche pas seulement la substance responsable des morts. Il examine aussi ce qui l’accompagne. Une trace qui semble sans rapport avec le médicament peut orienter les vérifications vers un environnement ou un usage particulier.

Il faut cependant garder la bonne portée du rapprochement. Posséder un aquarium ne constitue évidemment pas une preuve de crime. Ce qui compte est l’association de plusieurs constatations, leur présence sur les objets examinés et leur place dans l’ensemble du dossier. La conclusion ne peut pas être remplacée par une simple ressemblance entre un loisir et une particule.

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La cause du décès change l’enjeu financier

L’assurance de Bruce prévoit 100 000 dollars supplémentaires pour un décès accidentel. La nouvelle explication de sa mort prend ainsi une importance financière pour Stella. [2]

Ce mécanisme est plus instructif qu’une accumulation de montants. Le dossier ne concerne pas seulement l’existence d’un contrat : la qualification de l’événement modifie ce qui pourrait être versé. Un décès d’abord expliqué par une maladie et un décès attribué à un produit empoisonné ne produisent pas nécessairement les mêmes conséquences contractuelles.

Les enquêteurs doivent donc rapprocher les assurances des autres indices. L’intérêt financier peut éclairer un mobile. Il ne démontre pas, isolément, l’auteur d’une altération. Dans cette affaire, il aide à comprendre pourquoi le changement de cause du décès est une étape importante, au-delà de la seule constatation toxicologique.

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La bibliothèque entre dans l’enquête

La fille adulte de Stella, Cynthia Hamilton, rapporte des propos de sa mère sur la mort de Bruce et l’assurance. Les recherches portent aussi sur ses lectures : des emprunts et des empreintes sont relevés sur des ouvrages traitant des poisons. [3]

Le témoignage ouvre une piste que les enquêteurs peuvent comparer à des éléments extérieurs à la relation familiale. Un registre de bibliothèque atteste un emprunt ; une empreinte relie une personne à un objet. Ces informations ne disent pas automatiquement pourquoi le livre a été consulté, mais elles permettent de vérifier une partie du récit.

La distinction est essentielle. Une déclaration rapportée peut être contestée sur son contenu, son contexte ou les raisons de son auteur. Un document peut la soutenir sur un point précis sans valider tout ce qu’elle affirme. La force du dossier vient du rapprochement, et non d’un indice unique présenté comme infaillible.

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La loi de 1983 vise l’altération des produits

Le Federal Anti-Tampering Act, adopté le 13 octobre 1983, crée l’article 1365 du titre 18 du Code des États-Unis. Son texte vise notamment l’altération de produits de consommation liés au commerce entre États ou avec l’étranger, lorsqu’elle expose autrui à un risque de mort ou de blessure dans des conditions d’extrême indifférence à ce risque. [4]

La définition couvre les médicaments, mais aussi d’autres produits de consommation. Elle ne se limite pas au contenu : les récipients et l’étiquetage sont également envisagés. Le texte distingue plusieurs situations, dont la tentative, les blessures graves et les cas où une personne meurt. [4]

Dans sa version originale, la loi permet, lorsque l’altération entraîne un décès, une peine exprimée en années ou la perpétuité. Le terme anglais product tampering ne désigne donc pas ici une petite irrégularité commerciale. Il s’agit d’une infraction susceptible de sanctionner des conséquences mortelles. [4]

La loi reconnaît aussi une compétence d’enquête à la FDA pour les produits relevant de ses attributions. Cela explique la place d’une autorité du médicament aux côtés des enquêteurs criminels. Les analyses du produit et l’identification d’une responsabilité relèvent de compétences qui se complètent. [4]

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Cinq chefs, dont deux associés aux décès

Le 9 mai 1988, Stella Nickell est déclarée coupable. L’arrêt d’appel décrit cinq chefs de falsification de produits de consommation, dont les actes ont entraîné deux décès : celui de son mari et celui d’une femme qui ne lui était pas connue. [1][3]

La peine atteint 90 ans : les deux peines de cette durée sont exécutées simultanément, avec les peines plus courtes concernant les autres chefs. Il ne faut pas les additionner pour annoncer 180 ans. [3]

La qualification retenue par la juridiction fédérale doit rester précise. Les morts sont au cœur des faits et de leur gravité ; le fondement de la condamnation est la falsification de produits. L’arrêt commence par rappeler ce cadre avant d’examiner les arguments de la défense. [1]

Le dossier ne s’arrête pourtant pas au verdict. La façon dont un jury a travaillé peut elle-même être discutée en appel. Dans l’affaire Nickell, ce second volet judiciaire réserve plusieurs éléments concrets, loin de l’image d’une condamnation prononcée puis simplement laissée intacte sans examen.

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Une information extérieure atteint une jurée

L’arrêt du 29 août 1989 relate un incident : pendant les délibérations, la jurée Laurel Holliday reçoit un appel anonyme lui affirmant que Stella a échoué à un test polygraphique. Or l’accusation avait tenté sans succès de faire admettre cette information au procès. [1]

La jurée avertit le tribunal. Le gouvernement propose qu’elle soit écartée, tandis que la défense demande son maintien. Interrogée par le juge, elle déclare pouvoir ignorer le contenu de l’appel et se prononcer uniquement sur les preuves présentées au procès. Elle reste dans le jury. [1]

En appel, la défense conteste cette décision. La cour relève toutefois qu’elle avait discuté les options avec sa cliente et renoncé en connaissance de cause à demander l’exclusion sur ce motif. Elle ne peut donc obtenir l’annulation du jugement en revenant simplement sur ce choix. [1]

Cet épisode évite un raccourci fréquent : le polygraphe ne doit pas être présenté comme la preuve qui aurait convaincu légalement les jurés. Le document judiciaire montre au contraire une information tenue hors des preuves du procès, puis introduite de l’extérieur auprès d’une seule jurée. La question examinée est celle de cette intrusion et de la réponse apportée par le tribunal.

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Un biscuit contaminé et une question de vocabulaire

Une autre contestation concerne Laurel Holliday. Avant le procès, elle a été partie à un litige contre Pepperidge Farm après avoir trouvé un corps étranger dans un biscuit. Lors de la sélection des jurés, elle a pourtant répondu négativement à la question portant sur une expérience d’altération malveillante de produits. [1]

La défense y voit une réponse trompeuse susceptible de masquer un préjugé. La jurée explique qu’elle distingue son expérience d’un acte intentionnel : les examens avaient montré que l’objet s’était retrouvé dans le biscuit pendant sa fabrication. [1]

La cour d’appel retient cette distinction. Elle ne constate pas de dissimulation délibérée dans la réponse à la question telle qu’elle a été posée. Une contamination pendant la fabrication et une falsification volontaire ne sont pas identiques ; le souvenir de la première n’impose donc pas automatiquement de répondre oui à une question sur la seconde. [1]

La décision ne dit pas que l’expérience personnelle d’un juré serait toujours sans importance. Elle examine ce qui a été demandé, ce qui a été répondu et ce qui aurait justifié une exclusion. C’est un contrôle concret de l’impartialité, appliqué à une situation déterminée.

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Encourager un accord sans imposer un verdict

Le vendredi 6 mai 1988, après plusieurs jours de délibération, le jury signale une impasse. Il a demandé à réentendre des passages du témoignage d’un témoin. Le juge prévoit leur lecture après le week-end et rappelle les principes du travail collectif. [1]

Les instructions invitent chacun à discuter, écouter les autres et reconsidérer son opinion si les échanges le convainquent. Elles précisent aussi qu’aucun juré ne doit abandonner une conviction sincère uniquement pour obtenir l’unanimité. Le jury choisit de reprendre le lundi. [1]

Après la lecture des passages demandés, le juge formule un nouveau rappel avant la reprise. La défense soutient en appel que cette répétition a exercé une pression excessive. La cour examine alors la succession exacte des événements : aucune nouvelle délibération ni seconde déclaration d’impasse ne s’est intercalée entre les deux interventions. [1]

Elle considère donc le second propos comme la continuation du premier rappel, et non comme une nouvelle réprimande adressée à des jurés qui auraient persisté dans leur désaccord. Elle relève également que les extraits relus comprennent des éléments de l’interrogatoire comme du contre-interrogatoire. L’appel est rejeté et la condamnation confirmée. [1]

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Une contestation n’est pas une annulation

En 2001, les enquêteurs privés Al Farr et Paul Ciolino, avec l’avocat Carl Colbert, réclament une réouverture du dossier. Selon ABC News, ils soutiennent que des documents du FBI n’auraient pas été transmis à la défense. Le parquet répond que Stella a bénéficié d’un procès équitable. [5]

Ces positions doivent être attribuées. L’article décrit les arguments d’une démarche de la défense ; il ne constate pas que la condamnation a été annulée. Il faut distinguer une allégation sur la communication des pièces d’une décision judiciaire qui lui donnerait raison.

En 2022, une demande de libération pour raisons humanitaires est rejetée par le juge James Robart. Ce repère ultérieur est rapporté dans les références de presse réunies par la synthèse historique. [3]

La fiche s’en tient à ces étapes documentées. Une date ancienne d’éligibilité à une libération ne signifie pas qu’une personne est sortie de prison. De même, demander une réduction de peine pour des circonstances personnelles et obtenir la révision d’une déclaration de culpabilité sont deux démarches différentes.

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Du rayon du magasin à la salle d’audience

L’affaire Nickell change plusieurs fois d’échelle. Elle commence par des morts dans une même région, se transforme en alerte sur un produit, puis se resserre autour d’une personne et d’indices de plusieurs natures. Enfin, elle conduit les juges à examiner le fonctionnement du procès lui-même.

Chaque étape apporte une information différente. Les analyses relient un produit à un décès. Les flacons et leur provenance orientent les recherches. Les contrats éclairent un intérêt financier. Les témoignages et les documents permettent des recoupements. Le tribunal décide ensuite de la responsabilité, dans le cadre de chefs d’accusation précis.

C’est cette progression qui donne sa cohérence au dossier. Sue Snow ne doit pas disparaître derrière l’expression abstraite de « contamination de produits », pas plus que Bruce Nickell ne doit être réduit à un contrat d’assurance. L’enquête porte sur deux vies perdues et sur la manière dont un objet du quotidien a relié leurs destins.

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La chronologie du dossier

  1. 13 octobre 1983

    Adoption du Federal Anti-Tampering Act. [4]

  2. 5 et 11 juin 1986

    Décès de Bruce Nickell, puis de Sue Snow. [2]

  3. Juin 1986

    Rappel du médicament et rapprochement des flacons contaminés. [2]

  4. 9 mai 1988

    Verdict de culpabilité. [3]

  5. 29 août 1989

    Confirmation de la condamnation par la cour d’appel. [1]

  6. 6 juin 2001

    ABC News rapporte la démarche de réouverture et la réponse du parquet. [5]

  7. 2022

    Rejet d’une demande de libération humanitaire. [3]

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Sources, méthode et crédits

Récit autonome, distinct du script du podcast. Les textes judiciaires documentent la qualification et l’appel ; les autres références apportent les repères de l’enquête et les démarches ultérieures. Les propos de la défense sont présentés comme tels.

  1. United States v. Nickell — Cour d’appel fédérale, 1989

    883 F.2d 824, neuvième circuit, 29 août 1989. Texte judiciaire : cinq chefs, deux décès, incidents concernant une jurée, instructions de délibération et confirmation de la condamnation.

  2. HistoryLink — Poisoned Painkiller Panic

    Kathrine Beck, 28 janvier 2004. Repères locaux sur les décès, les flacons et l’assurance.

  3. Stella Nickell — Repères et références du dossier

    Synthèse secondaire : indices, témoignage, peine et demande de libération de 2022. Aucun calendrier actuel de sortie n’est déduit des anciennes prévisions.

  4. Federal Anti-Tampering Act — Texte original de 1983

    Public Law 98-127, 13 octobre 1983, 97 Stat. 831–833. Création de l’article 1365 : produits de consommation, risques, conséquences et compétence d’enquête.

  5. ABC News — Les contestations de la défense en 2001

    Dean Schabner, 6 juin 2001. Allégations de la défense concernant la communication de documents ; réponse du parquet. Une requête ne vaut pas annulation du verdict.

  6. L’envers de l’affaire — Épisode 46 sur Spotify

    Titre exact conservé. Publication le 20 août 2026 ; durée : 26 min 59 s.

Crédit visuel : vignette éditoriale existante de l’épisode, scène fictive dans une cuisine. Elle ne représente ni une photographie des victimes ni une reconstitution exacte de l’enquête. Sources consultées le 15 septembre 2026.