Façade du bâtiment Archet 2 du CHU de Nice.
Le bâtiment Archet 2 du CHU de Nice, photographié en 2004. Vue de contexte pour l’affaire Hélène Pastor.Photo : Chudenice / Wikimedia Commons · Source · CC BY-SA 3.0. Image convertie en WebP ; cadrage intégral conservé, sous la même licence.

L’ENVERS DE L’AFFAIRE · DOSSIER DOCUMENTAIRE

Hélène Pastor et Mohamed Darwich : le double assassinat

CRIMES IMPOSSIBLES

Nice · Hôpital de l’Archet · Monaco · Marseille

Attaque : 6 mai 2014 · Dernier recours : juin 2023

Condamnations définitives pour le double assassinat

Le 6 mai 2014, Hélène Pastor et son chauffeur Mohamed Darwich sont pris pour cible à la sortie de l’hôpital de l’Archet, à Nice. Tous deux meurent de leurs blessures. L’enquête relie les exécutants à un entraîneur sportif, puis à Wojciech Janowski, compagnon de la fille d’Hélène Pastor. Derrière l’image d’une grande fortune monégasque, le dossier révèle une commande criminelle et une dépendance financière. Les condamnations deviennent définitives en 2023.

L’affaire en 30 secondes

Victimes
Hélène Pastor, 77 ans, et Mohamed Darwich, son chauffeur.
Mécanisme
Un commanditaire, un organisateur, des intermédiaires et deux exécutants.
Justice
Perpétuité pour Wojciech Janowski ; confirmation en appel puis rejet du pourvoi en 2023.

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À la sortie de l’hôpital, deux vies prises pour cible

Hélène Pastor vient de rendre visite à son fils Gildo, hospitalisé après un accident vasculaire cérébral. Elle rejoint la voiture où l’attend Mohamed Darwich. Un homme tire sur le véhicule. Le chauffeur succombe le 10 mai 2014 ; Hélène Pastor meurt le 21 mai. L’enquête porte sur deux assassinats : Mohamed Darwich est une victime à part entière. [1]

La fortune des Pastor s’inscrit dans l’histoire immobilière de Monaco. Le récit officiel de J.B. Pastor & Fils fait remonter l’entreprise de construction à 1920 et décrit son développement au cours du XXe siècle, notamment autour du Larvotto. Ce contexte explique le poids public du nom. Il ne permet pas, à lui seul, de déduire une guerre entre grandes fortunes ou une opération mafieuse. L’enquête doit chercher une relation démontrable entre les intérêts financiers, les personnes impliquées et les actes commis à Nice. [2]

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Des images et des traces relient Nice à Marseille

Les premières investigations reconstituent les déplacements des agresseurs grâce à la vidéosurveillance, aux transports et aux témoignages. Le Monde décrit dès juin 2014 un trajet en train depuis Marseille, un passage dans un hôtel niçois et un retour en taxi. Des traces génétiques relevées sur un flacon de gel douche de la chambre participent à l’identification. Les enquêteurs rapprochent ainsi plusieurs éléments indépendants au lieu de s’en remettre à une seule reconnaissance visuelle. [3]

Le rôle de ces indices n’est pas identique. Une caméra peut situer quelqu’un dans un lieu ; un prélèvement peut relier une personne à un objet ; un trajet peut donner une cohérence temporelle aux déplacements. Établir le parcours des exécutants ne suffit pas encore à nommer celui qui aurait payé ou donné l’ordre. Il faut ensuite remonter la commande.

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De l’exécutant à l’organisateur, puis au commanditaire

L’instruction remonte vers Pascal Dauriac, entraîneur sportif de Wojciech Janowski. Dauriac reconnaît son rôle dans l’organisation et met en cause son client. Janowski est le compagnon de Sylvia, fille d’Hélène Pastor. Le terme de « gendre », omniprésent dans la presse, résume donc un lien familial sans prouver un mariage. L’Express décrit en 2017 les recrutements et les paiements menant aux exécutants marseillais. [4]

Ce parcours oblige à distinguer les responsabilités. Le tireur accomplit l’attaque ; le guetteur y participe ; l’organisateur met en relation et coordonne ; le commanditaire est accusé d’avoir voulu et financé le crime. Au procès de 2018, dix personnes comparaissent pour des faits et des rôles différents. Les verdicts distinguent les responsabilités de chacun. [6]

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L’argent : un mobile à documenter, pas un décor

Selon les investigations financières rapportées par L’Express, Janowski rencontre d’importantes difficultés d’affaires et dépend des fonds qu’Hélène Pastor verse à sa fille. Les mouvements bancaires, les dépenses et les déclarations de Sylvia contredisent son image d’entrepreneur prospère. L’accusation relie cette dépendance au projet criminel : la disparition d’Hélène ouvrirait une succession au bénéfice de sa fille. Il serait pourtant inexact d’écrire que Janowski était lui-même un héritier direct recevant automatiquement la fortune. [4]

Les réquisitions du procès en appel, rapportées en novembre 2021, reviennent sur l’intérêt matériel et les tensions familiales. Elles expriment la lecture soutenue par l’accusation, à distinguer de la décision rendue ensuite. Ici, la justice a retenu la responsabilité de Janowski dans la commande. Les récits invoquant l’amour ou la protection de sa compagne doivent rester attribués à sa défense, sans remplacer les conclusions du procès. [8]

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Aveux retirés et plaidoirie : ce que dit le procès

En garde à vue, Janowski reconnaît avoir commandité le meurtre, puis se rétracte. Il invoque notamment des difficultés de compréhension du français. Au procès, sa défense conteste les conditions et la portée de ces déclarations. Le 16 octobre 2018, Éric Dupond-Moretti reconnaît dans sa plaidoirie la responsabilité de son client pour le meurtre d’Hélène Pastor, tout en contestant une commande visant Mohamed Darwich. Cette distinction porte sur l’étendue du projet criminel ; elle ne retire rien au statut de victime du chauffeur. [5]

L’AFP décrit ce changement de stratégie à la veille du verdict. Il ne faut pas transformer une plaidoirie d’avocat en nouveaux aveux personnels prononcés à la barre par l’accusé. Après le procès, Janowski reproche d’ailleurs à son avocat d’avoir plaidé coupable sans son accord, comme le relate Monaco Tribune. Cette contestation ne constitue pas une annulation du verdict. [1]

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Du verdict de 2018 au rejet des derniers pourvois

Le 17 octobre 2018, la cour d’assises condamne Wojciech Janowski à la réclusion criminelle à perpétuité. La même peine frappe le tireur Samine Saïd Ahmed et le guetteur Alhair Hamadi. Pascal Dauriac reçoit trente ans de réclusion. Le verdict attribue ainsi des responsabilités au commanditaire, aux exécutants et à l’organisateur. L’appel ouvre cependant un nouvel examen des faits et des peines. [6]

Le 12 novembre 2021, les peines de perpétuité sont confirmées en appel ; celle de Dauriac est ramenée à vingt-deux ans. Le 21 juin 2023, la Cour de cassation rejette les pourvois examinés, rendant les condamnations concernées définitives. L’affaire Pastor n’est donc plus une énigme judiciaire sur l’identité du commanditaire. [7]

Ce qui est établi, ce qui reste incertain

Documenté

Hélène Pastor et Mohamed Darwich sont morts après l’attaque du 6 mai 2014. Janowski a été condamné comme commanditaire. Les exécutants ont également été condamnés. Les étapes de 2018, 2021 et 2023 doivent être distinguées pour lire les peines dans leur état définitif.

Incertain ou non établi

Les interprétations psychologiques ne valent pas constat judiciaire. Les versions successives des accusés et les choix de leurs avocats doivent leur être attribués. Aucune source citée ne justifie de présenter la condamnation définitive comme annulée ou le commanditaire comme toujours inconnu.

Les dates clés

  1. 6 mai 2014 — Attaque contre la voiture devant l’hôpital de l’Archet à Nice.
  2. 10 mai 2014 — Décès de Mohamed Darwich des suites de ses blessures.
  3. 21 mai 2014 — Décès d’Hélène Pastor.
  4. Juin 2014 — Interpellations ; enquête sur les exécutants et la commande.
  5. 17 septembre 2018 — Ouverture du procès de dix accusés.
  6. 17 octobre 2018 — Perpétuité pour Janowski et les deux exécutants ; trente ans pour Dauriac.
  7. 12 novembre 2021 — Perpétuités confirmées en appel ; vingt-deux ans pour Dauriac.
  8. 21 juin 2023 — Rejet des pourvois par la Cour de cassation.

Les lieux de l’affaire

Nice est le lieu de l’attaque et des traces recueillies autour de l’hôpital et de l’hôtel. Marseille intervient dans le recrutement et les déplacements des exécutants. Monaco est le cadre familial et financier. Aix-en-Provence accueille les procès d’assises.

Deux enquêtes à lire ensuite

Sources et vérification

  1. Monaco Tribune — Dix ans de combat pour la vérité, 5 juillet 2023
  2. J.B. Pastor & Fils — Histoire de l’entreprise familiale
  3. Le Monde — Identification des suspects et premières investigations, 24 juin 2014
  4. L’Express — Le vrai visage du gendre prédateur, 18 mai 2017
  5. AFP / La Dépêche — La plaidoirie de la défense, 16 octobre 2018
  6. Monaco Tribune — Fin du procès Pastor, octobre 2018
  7. Wikipédia — Hélène Pastor : procédure et références des décisions
  8. Monaco Tribune — Réquisitions du procès en appel, 10 novembre 2021