
L’ENVERS DE L’AFFAIRE · DOSSIER DOCUMENTAIRE
Francis Heaulme
CRIMES IMPOSSIBLESBrest · plusieurs régions françaises · Montigny-lès-Metz
Crimes jugés : 1984–1992 · Arrestation : 1992 · Montigny : 2017–2020
Plusieurs condamnations définitives ; procédure distincte dans l’affaire Clément
Une enquête ouverte près de Brest mène à un homme dont les déplacements traversent plusieurs dossiers criminels. Arrêté en 1992, Francis Heaulme est condamné pour onze meurtres. Ses déclarations, les recoupements géographiques et le dossier de Montigny-lès-Metz éclairent une difficulté centrale : passer du rapprochement entre des affaires à la preuve propre à chacune.
L’affaire en 30 secondes
- Le point de départ
- Le meurtre d’Aline Pérès, près de Brest, conduit le gendarme Jean-François Abgrall à Heaulme.
- Le travail d’enquête
- Reconstituer des déplacements et confronter des récits changeants aux faits matériels.
- Le repère judiciaire
- La condamnation pour le double meurtre de Montigny devient définitive en 2020.
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1. Une enquête commence près de Brest
Le 14 mai 1989, Aline Pérès est tuée sur la plage du Moulin-Blanc, au Relecq-Kerhuon. Le gendarme Jean-François Abgrall participe à l’enquête. Francis Heaulme apparaît dans les recherches, mais son itinérance complique les vérifications. Son arrestation intervient le 7 janvier 1992, à Bischwiller, en Alsace. La distance entre les deux villes annonce la dimension que prendra le dossier : pour comprendre un crime local, les enquêteurs doivent reconstituer des déplacements à travers la France. [1]
Ce point de départ mérite de rester visible derrière le surnom de « routard du crime ». Une victime, un lieu et une procédure précèdent la découverte d’une série. Elle doit vérifier un nom, retrouver un homme puis comprendre ce qu’il a fait.
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2. Reconstituer une géographie criminelle
Les condamnations successives concernent des faits commis entre 1984 et 1992, dans plusieurs régions. Elles ne résultent pas d’un procès unique jugeant une série déjà entièrement identifiée. L’affaire d’Aline Pérès aboutit en 1994 à une peine de vingt ans. D’autres procédures suivent. En retraçant ce parcours, il faut garder la séparation entre les victimes judiciairement reconnues, les dossiers dans lesquels Heaulme est soupçonné et les rapprochements qui n’aboutissent pas à une condamnation. [1]
Pour notre lecture du dossier, un emploi, une étape ou une hospitalisation ont d’abord une fonction de repère. Leur intérêt dépend du lieu et du moment qu’ils permettent d’établir. Une présence proche d’un crime ne prouve pas à elle seule sa commission ; inversement, une différence entre le récit et les documents mérite d’être expliquée. Le travail consiste à multiplier les vérifications indépendantes, sans transformer l’instabilité résidentielle en indice général de culpabilité.
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3. Ce que valent les récits de Heaulme
À la barre, en 2017, Abgrall décrit une parole indirecte : Heaulme mêle des lieux, évoque des tiers et livre parfois des détails précis au milieu d’un récit difficile à situer. Le gendarme les rapproche des dossiers. Son interprétation fait elle-même l’objet de questions et de critiques durant le procès. Ce témoignage donne à comprendre une méthode d’enquête ; il ne transforme pas chaque allusion en aveu juridiquement établi. [2]
Le reportage de Franceinfo consacré à Abgrall rappelle le rôle de ce travail dans la remise en cause de la condamnation de Patrick Dils. Une information qui paraît isolée peut acquérir un sens lorsque la défense ou un autre service apporte un élément complémentaire. Mais il faut conserver la différence entre les mots prononcés, leur interprétation et leur confirmation. Cette distinction protège aussi les victimes : rattacher trop vite une mort à une série risque de remplacer la recherche de la vérité par une explication seulement commode. [3]
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4. Montigny : une autre lecture du dossier
Le 28 septembre 1986, Cyril Beining et Alexandre Beckrich, huit ans, sont tués à Montigny-lès-Metz. Patrick Dils est condamné en 1989. L’arrêt de révision du 3 avril 2001 examine ensuite des éléments concernant Heaulme, notamment son emploi à proximité des lieux et ses déclarations sur cette journée. La Cour retient leur capacité à faire naître un doute sur la culpabilité de Dils. Cette décision porte sur la condamnation qu’elle annule ; elle n’est pas, en elle-même, un jugement déclarant Heaulme coupable. [4]
Dils est définitivement acquitté le 24 avril 2002. Les investigations concernant Heaulme suivent leur propre cours. Au procès de 2017, la reconstitution des horaires et des déplacements occupe une place importante : quand les enfants ont-ils été vus, où se trouvent les différents témoins, quelles marges la chronologie laisse-t-elle ? Avec le temps, ces vérifications deviennent plus difficiles : les souvenirs, les déclarations anciennes et les nouvelles interprétations doivent être distingués. [5] [6]
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5. Des décisions distinctes, des victimes distinctes
Le 17 mai 2017, Francis Heaulme est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité pour le double meurtre de Montigny. La cour d’assises d’appel confirme cette peine le 21 décembre 2018. Le rejet du pourvoi, le 17 juin 2020, rend cette condamnation définitive. Ces dates ferment une séquence judiciaire particulière, après des décennies durant lesquelles les familles des deux enfants ont traversé plusieurs procédures et des conclusions contradictoires. [6]
La portée de cette décision ne doit pas être confondue avec celle de l’acquittement de Dils. L’un avait droit à la remise en cause de sa condamnation indépendamment de l’issue future du procès d’un autre homme. Les familles des enfants, elles, attendaient une réponse sur l’auteur du crime. Les deux exigences se rencontrent sans se remplacer. Présenter séparément les étapes permet de comprendre ce qu’une décision tranche, à quelle date et à l’égard de quelle personne, sans faire disparaître les deux enfants derrière l’histoire de l’erreur judiciaire.
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6. Une procédure encore distincte en 2026
L’affaire Jean-Joseph Clément rappelle que le bilan des condamnations ne résume pas toutes les procédures. Cet homme a été retrouvé mort en août 1989 à Bédarrides, dans le Vaucluse. Heaulme avait bénéficié d’un non-lieu avant la reprise de l’instruction, ensuite confiée au pôle des affaires non résolues de Nanterre. Son renvoi devant les assises est annoncé en juin 2026. Le 29 juin, le parquet confirme qu’il a fait appel de cette décision. [7] [8]
Ce dernier état documenté doit être présenté avec sa limite : un renvoi contesté n’est pas une condamnation supplémentaire. Heaulme demeure présumé innocent dans cette procédure. La question posée est celle des charges propres au meurtre de Clément, et non celle de sa réputation. C’est aussi le fil conducteur de cette fiche : les recoupements peuvent relancer une enquête, mais les décisions doivent rester attachées à leurs dossiers. Le nom d’un condamné connu ne dispense jamais d’examiner ce que les éléments disponibles permettent effectivement d’établir.
Ce qui est établi, ce qui reste incertain
Documenté
Les condamnations de Heaulme concernent onze meurtres. Celle du double meurtre de Montigny-lès-Metz est devenue définitive en 2020. Patrick Dils avait été acquitté en 2002. Ces deux décisions ont des objets distincts.
Incertain ou non établi
Les soupçons dans d’autres dossiers ne valent pas condamnation. Dans l’affaire Clément, les sources de juin 2026 documentent un renvoi aux assises puis un appel ; elles ne permettent pas d’annoncer un verdict.
Les dates clés
- 14 mai 1989 — Meurtre d’Aline Pérès près de Brest.
- 7 janvier 1992 — Arrestation de Heaulme à Bischwiller.
- 1994 — Condamnation pour le meurtre d’Aline Pérès.
- 2001–2002 — Révision puis acquittement définitif de Patrick Dils.
- 2017–2018 — Condamnation de Heaulme pour Montigny, confirmée en appel.
- 17 juin 2020 — Rejet du pourvoi dans le dossier de Montigny.
- Juin 2026 — Renvoi aux assises dans l’affaire Clément ; appel de Heaulme.
Les lieux de l’affaire
La région de Brest correspond au point de départ de l’enquête Abgrall. Montigny-lès-Metz est le lieu du double meurtre de 1986 ; Bédarrides celui du dossier Clément. La vue contemporaine de la rade de Brest illustre uniquement ce contexte régional.
Deux enquêtes à lire ensuite
Sources et vérification
- Wikipédia — Francis Heaulme, chronologie des condamnations et références
- Le Monde — Abgrall et les déclarations de Heaulme au procès, 9 mai 2017
- Franceinfo, 13h15 — L’enquête de Jean-François Abgrall et le dossier Dils
- Légifrance — Cour de révision, 3 avril 2001, pourvoi 99-84.584
- Le Monde — La chronologie de Montigny réexaminée, 3 mai 2017
- Wikipédia — Double meurtre de Montigny-lès-Metz, décisions et références
- Le Monde — Renvoi aux assises dans l’affaire Clément, 16 juin 2026
- Le Dauphiné Libéré / AFP — Appel du renvoi aux assises, 29 juin 2026