
L’ENVERS DE L’AFFAIRE · DOSSIER DOCUMENTAIRE
Violette Nozière : le parricide et le procès
CRIMES IMPOSSIBLESParis · Rue de Madagascar · Haguenau · Rennes · Rouen
1933–1963
Condamnation en 1934 ; réhabilitation judiciaire en 1963
Paris, août 1933. Dans un appartement de la rue de Madagascar, dans le 12e arrondissement, Violette Nozière empoisonne ses parents. Son père, Baptiste, meurt ; sa mère, Germaine, survit. La jeune femme de 18 ans quitte le domicile, puis la police la recherche. Arrêtée le 28 août, elle reconnaît les faits et accuse son père de violences incestueuses. L’affaire devient aussitôt un affrontement public sur la famille, la jeunesse et la parole d’une accusée. Le procès de 1934 se conclura par une condamnation à mort. Mais le parcours judiciaire ne s’arrêtera pas là : la peine sera commuée, puis réduite, avant une libération en 1945 et une réhabilitation en 1963. Ces décisions ont des significations différentes.
L’affaire en 30 secondes
- Les faits
- Violette empoisonne ses parents en août 1933 ; son père meurt et sa mère survit.
- Le procès
- La cour d’assises de la Seine la condamne à mort le 12 octobre 1934.
- La suite
- Peine commuée puis réduite, libération en 1945, réhabilitation en 1963.
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1. Une famille du Paris populaire
Baptiste Nozière est cheminot à la compagnie Paris-Lyon-Méditerranée. Avec Germaine, il vit dans le 12e arrondissement, où leur fille unique grandit. Violette fréquente aussi le Quartier latin et aspire à une autre existence. Les historiens replacent ce parcours dans les changements du Paris de l’entre-deux-guerres. Ils distinguent cette vie sociale des portraits moralisateurs qui, après le crime, feront de chaque sortie et de chaque mensonge un signe annonciateur. [1] [2] [3]
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2. Août 1933 : deux victimes, deux issues
Dans la nuit du 21 au 22 août, Violette fait absorber un barbiturique à ses parents. Baptiste meurt ; Germaine survit et peut ensuite être entendue. Violette tente de donner une autre apparence aux faits, notamment en ouvrant le gaz dans le logement. L’affaire concerne donc à la fois un homicide sur son père et une tentative sur sa mère. [1] [4]
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3. La survivante fait évoluer l’enquête
Le 23 août, les secours découvrent les parents inanimés rue de Madagascar. Une hypothèse de suicide est d’abord envisagée. Les déclarations de Germaine orientent ensuite les investigations vers sa fille et vers la substance qu’elle leur a fait prendre. Le juge Edmond Lanoire décerne un mandat d’amener. Les observations dans l’appartement et les premières auditions déplacent ainsi l’enquête, qui devient la recherche d’une personne soupçonnée d’empoisonnement. [4]
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4. 28 août : la fin des jours de fuite
Violette circule dans Paris pendant que son signalement se diffuse. Elle est arrêtée le 28 août dans le quartier du Champ-de-Mars, puis interrogée par la police judiciaire. Elle reconnaît avoir empoisonné ses parents. Cette reconnaissance fixe sa participation matérielle, sans clore les questions sur son intention et les raisons du crime. [4] [5] [6]
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5. L’argent et le mobile présenté par l’accusation
La disparition d’économies familiales et les dépenses de Violette alimentent l’hypothèse d’un crime intéressé. Sa relation avec Jean Dabin entre aussi dans le récit de l’accusation. Mais les faits matériels, les intentions prêtées à la jeune femme et le jugement porté sur sa conduite ne sont pas équivalents. Dans l’espace public, cette question se mêle souvent à une condamnation de ses choix de vie. [6] [7]
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6. L’accusation portée contre son père
Lors des interrogatoires, Violette affirme que son père lui imposait des relations incestueuses. Cette parole est contestée et n’est pas retenue par la justice comme explication admise du crime. L’historienne Anne-Emmanuelle Demartini a étudié son accueil et les résistances qu’elle rencontre. Le récit doit conserver cette attribution, sans l’effacer ni la convertir en fait judiciairement établi. Le dossier pose aussi la question des conditions dans lesquelles une telle accusation pouvait être entendue. [2] [8]
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7. Une accusée transformée en personnage
Photographies, reportages et chroniques diffusent une image de Violette qui mêle fascination et réprobation. Sa jeunesse, ses vêtements et sa vie intime occupent une place considérable. France Inter et les travaux historiques consacrés à l’affaire montrent comment elle devient une figure des inquiétudes de l’époque. Ce personnage médiatique finit par dépasser la personne poursuivie. [3] [7] [8]
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8. Le soutien des surréalistes
André Breton, Paul Éluard et d’autres artistes prennent parti pour elle. Un ouvrage collectif de poèmes et de dessins paraît à Bruxelles en décembre 1933. Ils interprètent l’affaire comme une contestation de l’ordre familial et social, et accordent crédit à sa parole sur l’inceste. Il ne constitue ni une expertise ni une décision de justice : les artistes défendent une lecture et une cause. [9] [10]
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9. Octobre 1934 : les faits devant les assises
Le procès s’ouvre le 10 octobre 1934 devant la cour d’assises de la Seine. Violette a alors 19 ans. Son avocat, René de Vésinne-Larue, la défend ; sa mère apparaît comme victime survivante et partie civile. Les audiences attirent un public nombreux. Les aveux ne dispensent pas d’examiner les circonstances du crime, mais la discussion reste marquée par le portrait de l’accusée construit depuis l’été précédent et par le rejet de son accusation contre son père. [1] [11]
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10. La peine de mort, puis la grâce
Le 12 octobre 1934, Violette Nozière est condamnée à mort. Le président Albert Lebrun commue cette peine en travaux forcés à perpétuité le 24 décembre. La grâce modifie la sanction à exécuter ; elle ne prononce pas un acquittement. [7] [11]
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11. De la détention à la sortie de prison
Violette est détenue à Haguenau, puis à Rennes. Sa conduite en prison intervient dans les demandes de clémence. En 1942, sa peine est ramenée à douze ans de travaux forcés. Elle retrouve la liberté en août 1945, après prise en compte de la détention déjà accomplie. Sa mère l’accueille. Leur relation se poursuit au-delà du procès : Germaine reste à la fois la survivante du crime et un soutien dans la vie qui recommence. [6] [12] [13]
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12. 1963 : ce que signifie la réhabilitation
Après sa libération, Violette se marie et fonde une famille. En 1963, la cour d’appel de Rouen prononce sa réhabilitation judiciaire. Cette mesure s’inscrit dans l’évaluation de sa conduite après la condamnation et met fin à des conséquences pénales de celle-ci. Elle ne correspond pas à un nouveau procès établissant qu’elle n’a pas empoisonné ses parents. [11] [14] [15]
Ce qui est établi, ce qui reste incertain
Documenté
Violette Nozière a reconnu l’empoisonnement de ses parents. Son père est mort et sa mère a survécu. Condamnée à mort en octobre 1934, elle a bénéficié d’une commutation, puis d’une réduction de peine. Libérée en 1945, elle a été réhabilitée en 1963.
Incertain ou non établi
Les accusations de violences incestueuses sont une composante documentée de sa parole, sans être un fait établi par le jugement. Les mobiles ne doivent pas être réduits à une explication unique certaine. La réhabilitation n’est pas un acquittement après révision.
Les dates clés
- 21–22 août 1933 — Empoisonnement des parents au domicile familial.
- 23 août 1933 — Découverte des parents inanimés et début des investigations.
- 28 août 1933 — Arrestation et aveux de Violette.
- Décembre 1933 — Publication du recueil des surréalistes.
- 10 octobre 1934 — Ouverture du procès aux assises de la Seine.
- 12 octobre 1934 — Condamnation à mort.
- 24 décembre 1934 — Commutation en travaux forcés à perpétuité.
- 1942 — Peine ramenée à douze ans.
- Août 1945 — Libération de la prison de Rennes.
- 1963 — Réhabilitation par la cour d’appel de Rouen.
Les lieux de l’affaire
La rue de Madagascar est le lieu du crime, dans le 12e arrondissement de Paris. L’enquête et le procès se déroulent dans la capitale. Haguenau et Rennes appartiennent au parcours carcéral ; Rouen, à celui de la réhabilitation. La photographie montre la rue en 2021, sans reconstituer les faits.
Ce qui rend cette affaire singulière
Le dossier traverse trois histoires liées : celle d’un crime familial, celle de sa transformation médiatique et celle d’une condamnée réintégrée dans la société. Les archives obligent à distinguer aveux, accusations, verdict, grâce et réhabilitation, sans confondre leurs effets.
Sources et méthode
Les recherches historiques fondées sur les archives sont croisées avec les documents de presse et les notices institutionnelles. Les accusations de Violette sont attribuées et les lectures artistiques identifiées. Le récit distingue la condamnation, les mesures de clémence et la réhabilitation, sans reprendre les surnoms dépréciatifs ni les détails intimes.
- Ministère de la Justice, présentation historique de l’affaire, 9 janvier 2020
- Anne-Emmanuelle Demartini, la parole sur l’inceste et sa réception sociale, Revue d’histoire moderne et contemporaine, 2009
- Les Rendez-vous de l’histoire, présentation des recherches sur le crime et le parcours social de Violette Nozière
- Anne-Emmanuelle Demartini, étude de l’arrestation de Violette Nozière, Presses universitaires de Rennes
- Hérodote, chronologie de l’arrestation du 28 août 1933
- RTL, entretien historique et parcours judiciaire de Violette Nozière
- Criminocorpus, exposition sur Détective, archives du procès et chronologie
- France Inter, émission avec mise en contexte historique de l’affaire, 2018
- Christie’s, description des documents originaux et de la publication surréaliste de 1933
- Henri Béhar, André Breton et le grand fait divers, étude de la mobilisation surréaliste
- Yves Ozanam, Histoire de la profession d’avocat depuis 1830, passage consacré à la défense de Violette Nozière
- Le Monde, annonce contemporaine de la libération, 29 août 1945
- La Vie des idées, lecture historique et littéraire du parcours de Violette, 2015
- Anne-Emmanuelle Demartini, étude de la réhabilitation judiciaire, Histoire de la justice, 2020
- Le Monde, décès de Violette Nozière et rappel de son parcours, 30 novembre 1966