
L’ENVERS DE L’AFFAIRE · DOSSIER DOCUMENTAIRE
Véronique Courjault : l’affaire des bébés congelés
CRIMES IMPOSSIBLESFrance et Corée du Sud · Villeneuve-la-Comtesse · Séoul · Tours · Orléans
Faits : 1999, 2002 et 2003 · Découverte : 23 juillet 2006 · Procès : 9–18 juin 2009
Condamnée à huit ans de prison le 18 juin 2009 ; libération conditionnelle en mai 2010
Séoul, 23 juillet 2006. Jean-Louis Courjault découvre les corps de deux nouveau-nés dans le congélateur du domicile familial. Il prévient la police sud-coréenne. Son épouse Véronique séjourne alors en France avec leurs deux fils. Les premières analyses génétiques désignent les époux comme les parents des bébés, ce qu’ils contestent publiquement. Trois mois plus tard, Véronique reconnaît les faits et révèle la mort d’un troisième enfant, en France. L’enquête change de dimension : il faut reconstituer trois naissances dissimulées, établir les responsabilités et comprendre les explications de l’accusée. Le procès de Tours, en 2009, confronte ces faits à des interprétations psychiatriques qui ne font pas consensus.
L’affaire en 30 secondes
- Les victimes
- Trois nouveau-nés tués en 1999 en France, puis en 2002 et 2003 à Séoul.
- La preuve
- Les analyses génétiques coréennes, confirmées en France, établissent la filiation des deux bébés découverts.
- La justice
- Véronique Courjault est condamnée à huit ans de prison ; son mari bénéficie d’un non-lieu.
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1. Une famille entre la France et la Corée
Véronique et Jean-Louis Courjault sont parents de deux garçons. Après avoir vécu en France, notamment à Villeneuve-la-Comtesse en Charente-Maritime, ils s’installent à Séoul pour le travail de Jean-Louis, ingénieur. La vie familiale connue de l’entourage ne fait alors apparaître aucune des trois naissances qui seront examinées au procès. [1] [2]
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2. 23 juillet 2006 : la découverte à Séoul
Seul au domicile pendant les vacances de sa famille en France, Jean-Louis ouvre le congélateur et découvre deux corps de nouveau-nés. Il alerte les autorités locales. La police sud-coréenne commence les constatations et les analyses. L’identité des enfants, leurs parents et les circonstances de leur mort doivent être établis. [1] [3]
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3. Les premiers tests désignent les parents
Les examens génétiques réalisés en Corée du Sud identifient Jean-Louis et Véronique Courjault comme les parents des deux bébés. Elle ne dit toutefois pas, à elle seule, qui a causé les décès ni ce que chacun savait. L’enquête doit donc articuler l’identification biologique, les constatations sur les corps et les explications des personnes concernées. [1] [4]
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4. 22 août : une contestation publique
À Tours, le 22 août 2006, les époux contestent publiquement les résultats coréens lors d’une conférence de presse. Ils évoquent la possibilité d’une manipulation. Cette version bénéficie d’une forte exposition médiatique, alors que les vérifications se poursuivent. Elle sera démentie par les analyses françaises. [4] [5]
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5. Les analyses françaises confirment la filiation
Le parquet de Tours ouvre une enquête. De nouveaux prélèvements sont effectués sur les corps en Corée, sous contrôle consulaire, puis examinés par la police scientifique en France. Les résultats confirment ceux des laboratoires sud-coréens. En octobre, les époux sont placés en garde à vue. La concordance des examens retire à la contestation publique son principal argument et recentre les interrogatoires sur les grossesses et les naissances. [6]
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6. Octobre 2006 : un troisième enfant révélé
Pendant les interrogatoires des 11 et 12 octobre, Véronique Courjault reconnaît avoir donné naissance aux deux bébés retrouvés et les avoir tués. Elle révèle également la mort d’un nouveau-né en 1999, lorsque la famille vivait en Charente-Maritime. Elle affirme avoir agi seule. La procédure porte désormais sur trois décès, et non deux. [7] [8]
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7. Jean-Louis Courjault mis hors de cause
D’abord mis en examen pour complicité, Jean-Louis Courjault bénéficie d’un non-lieu, confirmé le 23 janvier 2009 par la chambre de l’instruction de la cour d’appel d’Orléans. Il ne comparaît donc pas comme coaccusé au procès. Sa filiation avec les bébés et son ignorance déclarée des grossesses ont été examinées séparément de la responsabilité de son épouse. [9]
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8. Juin 2009 : trois faits jugés à Tours
Le procès s’ouvre le 9 juin devant la cour d’assises d’Indre-et-Loire. Véronique Courjault répond seule des trois morts. Les audiences reviennent sur les naissances, les déclarations successives et la vie familiale. Son mari continue de la soutenir. Les deux enfants vivants sont représentés comme parties civiles. La cour doit tenir ensemble les actes reconnus, les conséquences pour la famille et l’examen de l’état psychique de l’accusée. [2] [10]
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9. Déni, dénégation : des lectures divergentes
Les débats ne font pas apparaître un diagnostic unanimement admis. Des spécialistes entendus à la demande de la défense discutent le déni de grossesse ; les psychiatres Paul Bensussan et Serge Brion le contestent et retiennent une altération du discernement. D’autres intervenants parlent de dénégation. Ces termes correspondent à des interprétations différentes du vécu de l’accusée. [3] [10] [11]
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10. Dix ans requis, une défense sur la peine
L’avocat général Philippe Varin requiert dix ans de prison. Il conteste la thèse du déni et insiste sur les actes et les dissimulations. La défense, notamment Henri Leclerc, demande que la peine tienne compte du fonctionnement psychique de Véronique Courjault. Elle ne plaide pas que les trois enfants n’ont pas été tués. L’enjeu est l’appréciation de la responsabilité et de la sanction, à partir des faits reconnus et des expertises débattues. [12]
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11. 18 juin 2009 : huit ans de prison
Après les délibérations, la cour condamne Véronique Courjault à huit ans de prison pour les trois infanticides. Les comptes rendus rapportent une peine inférieure aux réquisitions. Ce verdict est une condamnation pénale : il ne s’agit ni d’un acquittement ni d’une déclaration d’irresponsabilité. Les désaccords des spécialistes sur le déni n’annulent pas les faits jugés. [13] [14]
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12. Mai 2010 : la libération conditionnelle
En mai 2010, sa libération conditionnelle est annoncée. Véronique Courjault est incarcérée depuis octobre 2006 : sa détention ne commence donc pas au verdict de juin 2009. Son avocate précise que la mesure comporte des obligations, dont l’interdiction de communiquer avec la presse. Cette sortie relève de l’exécution de la peine et n’efface pas la condamnation. [15]
Ce qui est établi, ce qui reste incertain
Documenté
Les analyses ADN établissent la filiation des deux bébés retrouvés à Séoul. Véronique Courjault reconnaît trois infanticides et est condamnée à huit ans de prison le 18 juin 2009. Le non-lieu de Jean-Louis Courjault est confirmé en janvier 2009. La libération conditionnelle de son épouse est annoncée en mai 2010. Elle ne constitue pas une annulation du verdict.
Incertain ou non établi
Le vécu psychique de l’accusée fait l’objet d’interprétations divergentes au procès. Présenter le déni de grossesse comme un diagnostic certain et unanimement retenu serait inexact. Les informations publiques ne donnent pas accès à toute l’intimité familiale ni à l’ensemble du suivi médical. Les silences et les incompréhensions de l’entourage ne prouvent pas une complicité.
Les dates clés
- 1999 — Premier nouveau-né tué en Charente-Maritime.
- 2002 et 2003 — Deux autres naissances et décès à Séoul.
- 23 juillet 2006 — Découverte des deux corps par Jean-Louis Courjault.
- Août–octobre 2006 — Contestation des tests, confirmations françaises, puis aveux.
- 23 janvier 2009 — Non-lieu du mari confirmé en appel.
- 9–18 juin 2009 — Procès de Tours ; condamnation à huit ans.
- Mai 2010 — Libération conditionnelle, annoncée le 17 mai.
Les lieux de l’affaire
Villeneuve-la-Comtesse correspond aux faits de 1999. Séoul est le lieu des deux autres décès et de la découverte. Tours accueille l’enquête française et le procès. Orléans intervient pour l’appel du non-lieu et la détention. La photographie montre le palais de justice de Tours en 2018, après les audiences.
Ce qui rend cette affaire singulière
L’affaire distingue trois opérations souvent confondues : identifier des parents par l’ADN, établir la responsabilité de chaque personne, puis déterminer une peine. La science tranche la filiation ; elle ne résout pas toutes les questions psychiatriques. Le débat public sur le déni a parfois masqué cette différence. Le dossier rappelle aussi qu’expliquer une conduite et l’excuser juridiquement ne sont pas une même décision.
Sources et méthode
Synthèse originale fondée sur les comptes rendus d’enquête et d’audience. La position de Paul Bensussan est attribuée à cet expert et confrontée aux récits des débats. Le déni de grossesse n’est pas présenté comme un diagnostic incontesté. Le non-lieu du mari et la condamnation de l’épouse restent distincts. Pour la libération, mai 2010 est retenu : l’AFP l’annonce le 17, en indiquant une sortie le vendredi précédent. Aucun détail graphique n’est reproduit.
- INA — L’affaire Courjault, découverte et procès, rétrospective
- Le Monde — Le procès s’ouvre à Tours, 8 juin 2009
- Paul Bensussan — Véronique et Jean-Louis Courjault, point de vue d’un expert du procès
- Le Monde — Les analyses coréennes contestées, 18 août 2006
- Le Parisien — La conférence de presse des Courjault, 23 août 2006
- Le Monde — Les expertises françaises confirment la filiation, 11 octobre 2006
- Le Monde — Véronique Courjault passe aux aveux, 12 octobre 2006
- La Dépêche — Triple infanticide, retour sur les aveux, 24 août 2007
- Le Parisien — Non-lieu confirmé pour Jean-Louis Courjault, 23 janvier 2009
- Le Monde — Le déni de grossesse divise les experts, 16 juin 2009
- Le Monde — Les experts psychiatres contestent la défense, 16 juin 2009
- La Dépêche — Dix ans requis, 18 juin 2009
- AFP / La Dépêche — Verdict de huit ans de prison, 18 juin 2009
- Le Monde — Huit ans de prison pour Véronique Courjault, 19 juin 2009
- AFP / La Dépêche — Libération conditionnelle annoncée, 17 mai 2010