
L’ENVERS DE L’AFFAIRE · DOSSIER DOCUMENTAIRE
Tuerie de Belhade, l’enquête landaise
CRIMES IMPOSSIBLESBelhade · Bordeaux · Mont-de-Marsan
1985–1993 · Suites documentées jusqu’en 2023
Premier jugement annulé · Cinq condamnations au second procès en 1993
Belhade, nuit du 14 au 15 décembre 1985. Trois personnes sont tuées dans le relais de chasse de la Leyre, ensuite incendié. Marie-France Le Berre, présente sur place, parvient à s’enfuir. L’enquête conduit cinq hommes devant les assises des Landes. Un premier jugement est annulé après la découverte de l’imposture d’un expert. Au second procès, en février 1993, trois accusés reçoivent la perpétuité, les deux autres dix-huit et quinze ans de réclusion. Les condamnations sont connues ; la raison précise de l’expédition reste controversée.
L’affaire en 30 secondes
- Les faits
- Jean-Claude Bonnefon, Lucienne Gousse et Michel Linder sont tués ; une quatrième personne échappe à l’attaque.
- La justice
- Après l’annulation du premier procès, les cinq accusés sont condamnés en 1993 : trois perpétuités, dix-huit ans et quinze ans.
- La question restante
- Qui veut exactement obtenir quoi du relais de chasse ? Le mobile demeure discuté malgré les décisions pénales.
01 / 12
1. Un relais isolé dans les Landes
Le domaine de chasse se trouve dans la forêt, à Belhade. Jean-Claude Bonnefon en assure la gestion avec sa compagne, Lucienne Gousse. Michel Linder y travaille comme garde-chasse. Le samedi 14 décembre 1985, les chasseurs repartent et Marie-France Le Berre, la sœur du gérant, reste dormir sur place. Le relais réunit ainsi des proches et un salarié au terme d’une journée ordinaire. [1] [2]
02 / 12
2. La fuite de Marie-France Le Berre
Dans la nuit, Marie-France entend une arrivée, puis des coups de feu. Elle sort par une fenêtre avec son chien, se cache dans les bois et alerte des voisins. Son récit permet de situer une intrusion avant l’incendie. Il ne fournit pas une identification visuelle certaine de tous les participants. Quand les secours interviennent, les trois autres occupants sont morts. Les examens établissent des tirs antérieurs au feu. [1] [2]
03 / 12
3. Les relations du gérant orientent les recherches
Après les premières investigations des gendarmes, le dossier est confié au SRPJ de Bordeaux. Les policiers examinent les relations de Bonnefon avec Jean-Jacques Horvath et plusieurs habitués du monde de la nuit. Marie-France rapporte un différend dont son frère lui parle. [1] [8]
04 / 12
4. Cinq hommes et des récits divergents
En mai 1986, les arrestations concernent Horvath, Francis Ardanny, Daniel Barthélémy et Pascal Maillet, puis Jean-Pierre Alario. Des déclarations mettent en cause une expédition organisée contre le relais. Barthélémy évoque notamment une mission d’incendie. Les participants se renvoient les responsabilités, tandis que Horvath et Ardanny contestent leur implication. [1] [7]
05 / 12
5. L’accusation décrit une chaîne d’instructions
La justice distingue les hommes poursuivis comme exécutants et ceux accusés de complicité. Horvath aurait donné des instructions transmises par Ardanny à Barthélémy. Le 30 mai 1989, la Cour de cassation rejette les pourvois contre le renvoi aux assises. Elle précise qu’une instruction criminelle peut passer par un intermédiaire. Cet arrêt contrôle la validité du renvoi ; il ne condamne pas encore les accusés pour les assassinats. [3]
06 / 12
6. Le premier verdict en 1989
Le premier procès se tient à Mont-de-Marsan en novembre 1989. Quatre accusés sont condamnés à perpétuité : Horvath, Ardanny, Barthélémy et Maillet. Alario reçoit quinze ans. Une période de sûreté de dix-huit ans accompagne les trois premières perpétuités. Pourtant, l’intervention d’un homme présenté comme expert pendant l’instruction et à l’audience va remettre en cause ce premier jugement. [4] [7] [1]
07 / 12
7. Le professeur d’Espagnac n’est pas ce qu’il prétend
Sous le nom de Philippe d’Espagnac, Gérard Paysais se présente comme une autorité en psychanalyse. Le juge lui confie une mission portant sur le comportement des inculpés et les mobiles. Son intervention aux assises est défavorable aux accusés. Sud Ouest rappelle qu’il ne figure sur aucune liste d’experts. [5]
08 / 12
8. Une autre affaire révèle la supercherie
En décembre 1990, le tribunal de Périgueux condamne Paysais pour escroquerie. Il promet à des justiciables des interventions favorables en invoquant des relations au sommet de la justice, notamment un lien familial imaginaire avec le ministre Pierre Arpaillange. Cette condamnation révèle publiquement son imposture. [4] [5]
09 / 12
9. Retirer l’expertise et reprendre la procédure
Le premier jugement est annulé et l’affaire repart vers un nouveau procès. L’arrêt du 16 septembre 1992 permet de suivre cette reprise : il examine un renvoi prononcé après cassation et les conséquences des pièces viciées. La Cour rejette le nouveau pourvoi. Toutes les autres pièces ne disparaissent donc pas automatiquement avec l’expertise. La question demeure celle des charges utilisables contre chaque accusé, une fois écarté ce qui dépend du prétendu expert. [6] [7]
10 / 12
10. Les assises jugent à nouveau en février 1993
Le second procès s’ouvre le 8 février 1993 à Mont-de-Marsan. Les mêmes assassinats sont rejugés, sans pouvoir reprendre le premier verdict comme une réponse suffisante. Le scandale Paysais oblige à distinguer les déclarations des accusés, les témoignages et les éléments conservés de l’instruction. La contestation de la commande et des rôles respectifs demeure au centre du dossier. [1] [7] [6]
11 / 12
11. Trois perpétuités et deux peines à temps
Le nouveau jury condamne Horvath, Ardanny et Barthélémy à perpétuité. Maillet reçoit dix-huit ans, au lieu de la perpétuité du premier procès ; Alario reçoit quinze ans. La sûreté de dix-huit ans annoncée en 1989 pour les trois premiers n’est pas reconduite dans le compte rendu du second verdict. Ce résultat de 1993 est le dernier verdict établi par les sources recoupées. [1] [2]
12 / 12
12. Un résultat judiciaire sans explication complète
La difficulté du mobile apparaît jusque dans l’arrêt de 1992 : les juges évoquent une volonté de contrôler le club de chasse, tout en constatant que le but exact reste obscur. Ils estiment que cette incertitude n’empêche pas juridiquement le renvoi. En 2023, RTL donne encore la parole à Philippe de Caunes, qui défend l’innocence de Horvath. L’avocat rapporte sa sortie médicale en 2006, suivie de sa mort quelques mois plus tard. Cette conviction de défense ne vaut pas révision du jugement. [6] [8]
Ce qui est établi, ce qui reste incertain
Établi
Les victimes sont Jean-Claude Bonnefon, Lucienne Gousse et Michel Linder. Marie-France Le Berre survit à l’attaque. L’expertise de Paysais est invalidée, le premier jugement est annulé et un second procès a lieu en 1993. Cinq condamnations sont prononcées à son issue, avec des peines différentes selon les accusés. [2] [5] [1]
Incertain ou non établi
L’objectif exact de l’expédition et la manière dont chaque participant comprend la mission restent contestés. Le scénario d’une simple intimidation ou d’un incendie prévu ne doit pas être présenté comme un fait acquis. Aucune annulation ultérieure du second verdict n’est identifiée dans les documents consultés. [6] [8] [7]
Les dates clés
- 14–15 décembre 1985 Attaque du relais, trois morts et incendie ; Marie-France Le Berre s’échappe. [2]
- Mai 1986 Les cinq suspects sont arrêtés. [7]
- 30 mai 1989 La Cour de cassation valide le premier renvoi aux assises. [3]
- Novembre 1989 Premier procès et condamnations. [4] [7]
- Décembre 1990 Condamnation de Paysais pour escroquerie à Périgueux. [4]
- 16 septembre 1992 Après annulation, le nouveau renvoi résiste au pourvoi. [6]
- Février 1993 Second procès ; trois perpétuités, dix-huit ans et quinze ans de réclusion. [1]
- 2006 Selon le témoignage de son avocat, Horvath sort pour raison médicale puis meurt. [8]
Les lieux de l’affaire
Belhade est la commune landaise du relais de chasse de la Leyre. Bordeaux correspond à une partie des relations étudiées et au service de police chargé de l’enquête. Les deux procès se déroulent à Mont-de-Marsan, siège des assises des Landes. Périgueux intervient dans une autre procédure : celle qui révèle l’escroquerie de Paysais. La mairie photographiée n’est pas le relais incendié. [1] [4]
Ce qui rend cette affaire singulière
Belhade met à l’épreuve deux questions distinctes : les preuves d’une participation criminelle et la fiabilité d’une expertise judiciaire. La procédure connaît une véritable rupture, puis un nouveau jugement. Les arrêts de cassation permettent aussi de comprendre pourquoi une accusation de complicité peut être examinée malgré un mobile mal élucidé. [3] [5] [6]
Sources et méthode
Les arrêts de 1989 et 1992 sont lus avec les comptes rendus de presse et le portrait de Paysais publié par Sud Ouest. Les dates du premier procès divergent dans certaines rétrospectives : novembre 1989 est retenu d’après les sources concordantes et Le Monde de 1990. Le jour exact de l’annulation n’est pas fixé ici. La rétrospective de Sud Ouest est disponible dans une reprise, signalée comme telle. L’arrêt de 1992 concerne le renvoi aux assises, pas le verdict de 1993. L’accès incomplet aux archives ne permet pas de décrire tous les recours ni la situation pénitentiaire actuelle de chaque condamné. Vérification documentaire : 29 septembre 2026.
- Marine Lemesle, RMC Crime, 27 novembre 2022 — L’enquête et les deux procès de Belhade
- Sud Ouest, rétrospective du 15 décembre 2024, reprise par Headtopics — Les mystères du relais de chasse
- Cour de cassation, 30 mai 1989, pourvoi 89-81.578 — Renvoi aux assises et complicité par instructions
- Le Monde, 12 décembre 1990 — La condamnation pour escroquerie du prétendu expert
- Yann Saint-Sernin, Sud Ouest, 24 juillet 2011 — Gérard Paysais, l’Expert, dans Les imposteurs, pages 16 à 21 du PDF
- Cour de cassation, 16 septembre 1992, pourvoi 92-83.514 — Après cassation, examen du nouveau renvoi
- Closer, 27 novembre 2022 — L’annulation du premier jugement et le nouveau procès
- RTL, L’Heure du crime, 16 mai 2023 — Un triple homicide, un mobile toujours discuté