La façade à colonnes du palais de justice de Nîmes, éclairée à la tombée de la nuit.
Le palais de justice de Nîmes (Gard), photographié le 18 mars 2008. Vue de contexte postérieure aux procédures de l’affaire Roland Agret ; cette image ne représente pas une audience de l’affaire.Photo : Wolfgang Staudt / Wikimedia Commons · Source · CC BY 2.0. Image entière conservée, redimensionnée et convertie en WebP ; aucun recadrage ni filtre. Licence de la source conservée.

L’ENVERS DE L’AFFAIRE · DOSSIER DOCUMENTAIRE

Roland Agret : la condamnation puis l’acquittement

CRIMES IMPOSSIBLES

Orthoux · Nîmes · Lyon

1970–1985 · combat pour réparation prolongé

Acquitté le 25 avril 1985 après révision

Gard, novembre 1970. Deux hommes sont retrouvés morts dans la garrigue d’Orthoux : le garagiste André Borrel et Jean Moreno, qui travaille avec lui. Les soupçons se portent sur Roland Agret, un ancien employé du garage. Il nie. Quelques mois plus tard, un homme reconnaît les meurtres et le désigne comme leur commanditaire. Agret est condamné à quinze ans de réclusion en 1973. Commence alors un combat qui se prolonge au-delà de sa sortie de prison : gracié pour raisons médicales en 1977, il reste juridiquement condamné. Il faudra attendre un nouveau procès, en avril 1985, pour qu’il soit acquitté. Entre ces dates, l’affaire oblige à distinguer une liberté retrouvée de la reconnaissance d’une erreur judiciaire.

L’affaire en 30 secondes

L’accusation
Agret est présenté comme le commanditaire d’un double meurtre.
La peine
Quinze ans de réclusion en 1973 ; grâce médicale en 1977.
L’issue
Acquittement aux assises du Rhône le 25 avril 1985.

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1. Deux morts dans la garrigue

André Borrel tient un garage dans la région nîmoise. Jean Moreno appartient à son entourage professionnel. Leur mort, en novembre 1970, déclenche une enquête qui s’intéresse rapidement aux relations du garagiste. Roland Agret a travaillé pour lui et entretient une liaison avec une ancienne compagne de Borrel. Cette proximité fournit aux enquêteurs une piste et l’idée d’un conflit personnel. Elle ne suffit pourtant pas à démontrer qu’Agret a préparé les meurtres. [1] [2]

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2. Un passé qui pèse sur l’enquête

Agret, âgé de 28 ans, a déjà été emprisonné pour une affaire de chèques. Une arme et des éléments de sa vie privée nourrissent les soupçons. La sociologue Laurence Jouvet, qui a étudié son dossier, distingue l’image de coupable qui se forme et la preuve du crime. Des mensonges ou des infractions antérieures peuvent attirer l’attention ; ils n’établissent pas une participation à un double assassinat. [2] [3]

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3. L’accusation portée par Antoine Santelli

En 1971, Antoine Santelli, arrêté dans une autre affaire, reconnaît son rôle dans les meurtres. Il met en cause Antoine Ritter comme complice et Roland Agret comme commanditaire. L’enquête dispose désormais d’un récit reliant les trois hommes. Mais la parole d’un participant demande elle aussi des vérifications : ses intérêts, ses changements de version et les éléments qui la corroborent doivent être examinés. Agret conteste avoir donné l’ordre de tuer. [1] [4]

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4. Les assises du Gard en 1973

Le 28 février 1973, la cour d’assises du Gard condamne Agret à quinze ans de réclusion pour complicité d’assassinat. Santelli est condamné à mort et Ritter à perpétuité. La peine de Santelli sera ensuite commuée. Ces décisions attribuent des rôles différents aux accusés : Agret est présenté comme l’instigateur, non comme l’un des exécutants. Son combat ultérieur porte sur cette accusation précise, dont il refuse constamment le principe. [5] [6]

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5. Se faire entendre depuis la détention

En prison, Agret multiplie les protestations et les grèves de la faim. Il commet aussi des actes d’automutilation qui contribuent à médiatiser son cas et mettent gravement sa santé en danger. Sa femme Marie-José et ses soutiens cherchent à faire réexaminer le dossier. Ces gestes témoignent de son désespoir, mais ne constituent pas des preuves d’innocence. [4] [7]

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6. Enquêter encore sans suspendre la peine

En mai 1976, la Cour de cassation ordonne une enquête complémentaire, tout en refusant de suspendre la peine. Les éléments invoqués ne lui paraissent pas encore suffisamment établis pour justifier cette suspension. La possibilité d’un fait nouveau reste à vérifier. Cette décision montre l’écart entre l’ouverture d’un examen et la révision effectivement obtenue : Agret peut faire poursuivre des recherches, mais demeure incarcéré sous le poids du verdict de 1973. [8]

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7. 1977 : libre, mais toujours condamné

Son état se dégrade et des médecins demandent une grâce médicale. Valéry Giscard d’Estaing l’accorde en 1977 ; Agret quitte l’hôpital libre à la fin du mois de mars. La mesure lui permet de sortir de détention, sans annuler la déclaration de culpabilité. Il poursuit donc les démarches. Pour lui, la question n’est plus seulement de vivre hors de prison : elle est d’obtenir qu’une juridiction revienne sur l’accusation qui continue de définir son statut. [1] [9]

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8. La condamnation d’un accusateur

La défense s’attaque à la solidité des témoignages. En 1983, Santelli est condamné à Nîmes pour subornation de témoin. Ce développement donne une portée judiciaire aux contestations d’Agret : le dossier ne repose plus uniquement sur sa parole opposée à celle de ses accusateurs. La condamnation ouvre la voie au réexamen de l’affaire. La révision s’appuie ainsi sur un élément nouveau concernant la formation de l’accusation initiale. [4] [10]

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9. Le retour devant une cour d’assises

En avril 1985, Agret comparaît pendant quatre jours devant les assises du Rhône, à Lyon. Ses deux accusateurs maintiennent qu’il a participé au double assassinat, mais leurs versions divergent. L’audience doit apprécier ces déclarations dans un dossier désormais marqué par la remise en cause des témoignages. La cour doit déterminer si l’accusation peut encore justifier une condamnation. [6]

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10. Le verdict du 25 avril 1985

La cour acquitte Roland Agret le 25 avril 1985. Le représentant du ministère public avait reconnu l’impossibilité juridique de le condamner, tout en exprimant publiquement sa conviction morale contraire. Cette tension explique l’amertume qui accompagne l’issue du procès. Elle ne crée pas une catégorie intermédiaire de culpabilité : le résultat judiciaire est un acquittement. La grâce de 1977 et le verdict de 1985 correspondent donc à deux étapes très différentes. [6] [11]

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11. La réparation, un autre combat

L’acquittement n’achève pas les démarches pour obtenir réparation. En 2005, Agret proteste encore contre le refus d’indemniser une partie de sa détention ; cette nouvelle crise s’accompagne d’une blessure qu’il s’inflige. En février 2006, la presse rapporte qu’il a annoncé avoir reçu des indemnités, sans en donner le montant. La réparation intervient ainsi bien après le procès. [12] [13]

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12. Défendre ensuite d’autres dossiers

Avec l’association Action Justice, Agret accompagne d’autres personnes qui contestent leur condamnation. Il publie et intervient dans les médias jusqu’aux dernières années de sa vie. Il meurt le 18 septembre 2016, à 74 ans. Cet engagement prolonge son expérience personnelle, mais chaque affaire soutenue conserve ses preuves et sa propre issue judiciaire. Son acquittement éclaire son combat ; il ne permet pas de conclure à l’innocence de toute personne qu’il a défendue. [7] [14]

Ce qui est établi, ce qui reste incertain

Documenté

Agret a été condamné à quinze ans en 1973, gracié en 1977 et acquitté en 1985 après révision. La condamnation de Santelli pour subornation de témoin a joué un rôle dans la réouverture du dossier.

Incertain ou non établi

Les récits rétrospectifs divergent sur certains détails et sur le décompte des années indemnisées. Les suppositions relatives aux réseaux politiques de l’entourage du garagiste ne sont pas présentées comme une explication judiciairement établie des meurtres.

Les dates clés

  1. Novembre 1970 — Découverte des deux victimes à Orthoux.
  2. 1971 — Santelli reconnaît les meurtres et accuse Agret.
  3. 28 février 1973 — Quinze ans de réclusion pour Agret.
  4. Mai 1976 — Enquête complémentaire, sans suspension de peine.
  5. 1977 — Grâce médicale et sortie de détention.
  6. 1983 — Santelli condamné pour subornation de témoin.
  7. 25 avril 1985 — Acquittement à Lyon.
  8. 18 septembre 2016 — Mort de Roland Agret.

Les lieux de l’affaire

Orthoux, dans le Gard, est le lieu de découverte des victimes. Nîmes correspond à l’enquête et au premier procès. Lyon accueille le procès après révision. La photographie montre le palais de justice de Nîmes en 2008.

Ce qui rend cette affaire singulière

Cette affaire rend visible la différence entre grâce, révision et acquittement. Elle permet aussi d’observer comment une accusation peut conserver sa force malgré des versions changeantes, puis être réexaminée lorsque la fiabilité des témoignages devient elle-même un objet de jugement.

Sources et méthode

L’étude de Laurence Jouvet repose sur la consultation du dossier judiciaire. Les archives contemporaines fixent les étapes de 1976, 1977 et 1985. L’acquittement est daté du 25 avril 1985, contrairement à des notices qui le placent en 1984. La graphie André Borrel suit le compte rendu du verdict ; Borel et Alain apparaissent dans d’autres récits. Les gestes d’automutilation sont évoqués sans détails ni valeur de preuve.

  1. Larousse, Journal de l’année 1977, affaire Agret et grâce médicale
  2. Grands Avocats, dossier historique consacré à Roland Agret
  3. Université de Franche-Comté, recherche de Laurence Jouvet sur l’erreur judiciaire
  4. Laurence Jouvet, étude sociologique fondée sur le dossier Agret, 2009
  5. Objectif Gard, témoignage de l’avocat de Santelli sur le procès de 1973, 2024
  6. Le Monde, compte rendu de l’acquittement du 25 avril, 27 avril 1985
  7. Le Monde, parcours et mort de Roland Agret, 20 septembre 2016
  8. Le Monde, enquête complémentaire et refus de suspension, 13 mai 1976
  9. Le Monde, demande de grâce médicale après aggravation de son état, 24 février 1977
  10. Le Monde, retour sur la condamnation de Santelli et le combat d’Agret, 21 juillet 2006
  11. European Registry of Exonerations, notice Roland Agret
  12. Le Monde, contestation de l’indemnisation, 11 novembre 2005
  13. La Radio Plus, annonce du versement d’indemnités, 5 février 2006
  14. TF1 Info, repères sur les acquittements après révision, 2022