Façade et place du palais de justice de Chambéry en 2012.
Palais de justice de Chambéry, photographié le 9 juillet 2012. Illustration géographique postérieure aux faits de l’affaire Roberto Succo. Image redimensionnée et convertie en WebP, sans recadrage.Photo : Florian Pépellin / Wikimedia Commons · Source · CC BY-SA 3.0. Image entière conservée, redimensionnée et convertie en WebP ; aucun recadrage ni filtre. Licence de la source conservée.

L’ENVERS DE L’AFFAIRE · DOSSIER DOCUMENTAIRE

Roberto Succo : les crimes, la cavale et l’arrestation

CRIMES IMPOSSIBLES

Savoie · Toulon · Suisse · Vénétie

1981 · cavale de 1986 à 1988

Arrêté en 1988 · mort avant son procès

Toulon, 28 janvier 1988. Une intervention de police se termine par la mort de l’inspecteur Michel Morandin. Un autre policier est blessé et l’homme recherché parvient à fuir. Il se fait appeler André ; son identité véritable reste à établir. Les recherches vont relier ce fugitif à des crimes et à des enlèvements commis dans le sud-est de la France, puis conduire les enquêteurs en Suisse et en Italie. Roberto Succo sera arrêté le 28 février près de Trévise. Trois mois plus tard, sa mort en détention empêchera le procès attendu. Pour comprendre cette affaire, il faut suivre les victimes, les indices et les échanges entre polices, sans transformer la cavale en légende.

L’affaire en 30 secondes

Les faits
Après le meurtre de ses parents en Italie et son internement, Succo s’enfuit en 1986. Plusieurs homicides et enlèvements lui sont ensuite attribués.
L’identification
Témoignages, photographies et comparaison d’empreintes relient l’homme connu comme André au fugitif italien.
L’issue
Arrêté le 28 février 1988, il meurt le 23 mai à Vicence. Les crimes de la cavale n’ont pas été jugés contre lui.

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1. 1981 : les premiers crimes en Italie

L’histoire commence avant la traque française. En 1981, Succo tue son père et sa mère en Italie. Des expertises concluent alors à une irresponsabilité pénale et il est placé dans un établissement psychiatrique. Ce précédent devient essentiel lorsque les policiers cherchent à identifier le fugitif. [1] [2]

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2. 1986 : la rupture avec l’internement

Succo ne revient pas d’une permission liée à ses études en 1986. Il gagne ensuite la France. Son parcours traverse plusieurs villes et plusieurs ressorts d’enquête, tandis que les personnes rencontrées ne le connaissent pas toutes sous le même prénom. Les policiers devront reconstruire cette continuité après coup. [2] [3]

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3. André Castillo, tué à Tresserve

Le 3 avril 1987, André Castillo est tué à Tresserve, près d’Aix-les-Bains. Ce policier de trente-huit ans se rend à son travail. Le mémorial de l’association Police Action Solidaire rappelle son identité et les circonstances de sa mort. Dans la chronologie, cet homicide précède les disparitions de la fin du mois d’avril ; il ne s’agit pas de la fusillade de Toulon, survenue l’année suivante. [4]

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4. France Vu Dinh et Michel Astoul disparaissent

Le 27 avril 1987, France Vu Dinh disparaît près du lac d’Annecy ; le médecin Michel Astoul disparaît le même jour après son travail à Sisteron. Leur rapprochement intrigue les enquêteurs. La découverte d’un corps à Épersy relance les recherches en octobre. Le compte rendu contemporain parle encore d’une identification à confirmer. Garder ce stade de l’enquête visible évite de raconter chaque découverte comme si les policiers connaissaient déjà toutes les réponses. [5] [6]

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5. Des attaques qui débordent un seul dossier

À l’automne 1987, Claudine Duchosal est également tuée dans le secteur du lac d’Annecy. Des enlèvements et des agressions alimentent les recherches, avec des survivants capables de décrire l’homme qu’ils ont rencontré. Les récits ne doivent pas être uniformisés : un décès, une disparition et une séquestration ne laissent pas les mêmes traces. [7] [6]

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6. Toulon donne une nouvelle dimension à la traque

Le 28 janvier 1988, Michel Morandin est mortellement atteint lors d’une intervention ; son collègue Claude Aizzi est blessé. Le suspect s’échappe. Cette fois, les policiers disposent d’un lieu de passage et d’éléments sur un homme connu sous le prénom André. La recherche devient une urgence dépassant le cadre local. La notice documentaire de France Télévisions insiste sur le travail de coopération nécessaire pour passer de cette intervention à l’identification d’un fugitif italien. [8] [1]

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7. Des visages reconnus aux empreintes comparées

Les photographies diffusées dans la presse provoquent un témoignage déterminant. Une adolescente indique connaître l’homme recherché. Le 8 février, des policiers français se rendent à Venise pour comparer les empreintes du suspect à celles de Roberto Succo. Des papiers au nom d’un autre homme avaient brouillé les pistes. L’enquête se déplace ainsi d’une identité d’emprunt vers une identité vérifiable ; elle ne repose plus seulement sur un accent, un prénom ou une ressemblance. [3]

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8. La fuite se prolonge en Suisse

La traque franchit la frontière suisse. Les informations publiées au moment de l’arrestation mentionnent une agression contre un pompiste, une automobiliste prise en otage, puis d’autres otages près de Berne. Ces faits sont rapportés comme des accusations visant le fugitif. À mesure que son nom devient connu, les polices peuvent rapprocher les signalements. [8]

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9. 28 février : la capture près de Trévise

La police italienne arrête Succo à Santa Lucia di Piave, dans le secteur de Trévise. Selon les précisions rendues publiques le lendemain, il tente de rejoindre une voiture avant d’être immobilisé. L’arme de Michel Morandin est découverte dans le véhicule. Cet élément donne une consistance matérielle au rapprochement avec Toulon. Le compte rendu du 2 mars distingue bien le jour de l’arrestation, le 28 février, de celui de la conférence de presse, le 29. [9]

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10. Une expertise ne remplace pas un jugement

En mai 1988, les psychiatres italiens chargés de l’examiner concluent à une irresponsabilité et évoquent une schizophrénie. Le Monde précise alors que leur rapport ne lie pas automatiquement le magistrat. Il faut donc distinguer l’évaluation clinique, sa portée dans une procédure déterminée et les décisions que la justice pourrait prendre. [2]

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11. L’extradition discutée, puis la mort en prison

Le 19 mai, le ministère italien de la Justice annonce qu’il n’entend pas donner suite à une éventuelle demande française d’extradition. La possibilité de procédures en Italie reste discutée. Le 23 mai 1988, Succo meurt par suicide dans la prison de Vicence. Sa mort interrompt la perspective d’un procès portant sur les crimes de sa cavale. Les éléments recueillis demeurent ; ils ne deviennent pas pour autant un verdict que les victimes et leurs proches auraient pu entendre. [10] [11]

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12. Le fait divers devenu théâtre et cinéma

La pièce Roberto Zucco de Bernard-Marie Koltès, puis le cinéma, donnent à cette histoire une longue postérité. Dès 1991, une représentation en Savoie suscite des protestations, notamment parmi les proches des victimes. La liberté d’une œuvre ne garantit pas son exactitude documentaire. Revenir aux archives permet de rétablir les noms, les dates et le statut des accusations. [12] [7]

Ce qui est établi, ce qui reste incertain

Documenté

Les homicides des parents, l’internement, la fuite, l’identification puis l’arrestation en Italie sont documentés. Les sources contemporaines décrivent les indices liant Succo aux crimes français. Sa mort à Vicence, le 23 mai 1988, précède tout jugement sur les faits de la cavale.

Incertain ou non établi

L’ensemble des déplacements et des circonstances de chaque attaque n’a pas été débattu dans un procès. France Vu Dinh demeure une victime dont la disparition a laissé des questions sans réponse complète.

Les dates clés

  1. 1981 — Meurtre de ses parents en Italie, puis internement.
  2. 1986 — Fuite à la faveur d’une permission.
  3. 3 et 27 avril 1987 — Mort d’André Castillo, puis disparitions de France Vu Dinh et Michel Astoul.
  4. 28 janvier 1988 — Michel Morandin est tué à Toulon ; le suspect s’enfuit.
  5. 28 février 1988 — Arrestation près de Trévise.
  6. 23 mai 1988 — Mort en détention à Vicence, avant le procès.

Les lieux de l’affaire

Tresserve, le lac d’Annecy et Sisteron jalonnent les enquêtes françaises. Toulon est le point de départ de la dernière phase de la traque. La Suisse est traversée pendant la fuite ; Trévise et Vicence correspondent à l’arrestation et à la détention. La vue de Chambéry illustre le contexte savoyard, sans représenter une scène de crime.

Ce qui rend cette affaire singulière

L’affaire associe la difficulté d’identifier un homme mobile et l’impossibilité finale de le juger pour sa cavale. La lecture des articles datés montre comment une photographie reconnue, des empreintes et une arme permettent progressivement de relier des dossiers. Elle révèle aussi pourquoi une attribution policière, même solidement étayée, doit rester distincte d’une condamnation.

Sources et méthode

Les articles contemporains servent à suivre ce qui était connu à chaque étape. La date du 28 février est retenue pour l’arrestation, sur les comptes rendus des 1er et 2 mars, malgré des variations dans des résumés ultérieurs. Les conclusions psychiatriques sont attribuées aux experts. Les créations théâtrales et cinématographiques ne sont pas utilisées comme preuves des crimes. Aucun dialogue, pensée intérieure ou scène non documentée n’est reconstitué.

  1. France Télévisions, décembre 2022 — présentation du documentaire sur l’enquête
  2. Le Monde, 19 mai 1988 — expertise psychiatrique et précédent italien
  3. Le Monde, 10 février 1988 — témoignage, photographies et comparaison d’empreintes
  4. Police Action Solidaire — mémorial d’André Castillo, 3 avril 1987
  5. Le Monde, 28 octobre 1987 — l’enquête sur les deux disparitions
  6. RMC+ — Faites entrer l’accusé, présentation de l’épisode Roberto Succo
  7. Le Monde, 29 août 2024 — victimes et postérité théâtrale
  8. Le Monde, 1er mars 1988 — Toulon, Suisse et arrestation
  9. Le Monde, 2 mars 1988 — circonstances de l’interpellation
  10. Le Monde, 21 mai 1988 — position italienne sur l’extradition
  11. Le Monde, 25 mai 1988 — mort à Vicence le 23 mai
  12. Le Monde, 2 novembre 1991 — la controverse autour de Roberto Zucco