
L’ENVERS DE L’AFFAIRE · DOSSIER DOCUMENTAIRE
Pierre Goldman : les accusations, les procès et l’acquittement
CRIMES IMPOSSIBLESParis · boulevard Richard-Lenoir · Amiens
1969–1976 · assassinat de Goldman en 1979
Acquitté des meurtres en 1976 · condamné pour trois braquages
Paris, 19 décembre 1969. Un homme armé entre dans une pharmacie du boulevard Richard-Lenoir. La pharmacienne et sa préparatrice sont tuées ; un client et un policier sont blessés. Quelques mois plus tard, Pierre Goldman est arrêté. Il reconnaît trois autres vols à main armée, mais nie avoir commis l’attaque meurtrière. Des témoins l’identifient, tandis que lui conteste leurs souvenirs et présente un alibi. Une première cour d’assises le condamne à perpétuité en 1974. Après l’annulation de ce jugement, un second procès aboutit à son acquittement pour les meurtres. Entre ces décisions se joue une bataille sur les preuves, les témoignages et la manière de juger un accusé devenu une figure publique.
L’affaire en 30 secondes
- L’accusation contestée
- L’attaque de la pharmacie du boulevard Richard-Lenoir, avec deux morts.
- Les faits reconnus
- Trois autres vols à main armée, sanctionnés par douze ans de réclusion.
- Les deux procès
- Perpétuité en 1974 ; jugement annulé ; acquittement des meurtres en 1976.
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1. Deux femmes tuées au travail
Le 19 décembre 1969, vers 20 heures, l’attaque frappe une officine proche de la Bastille. Simone Delaunay et sa préparatrice, Jeanine Aubert, meurent dans la fusillade. Un client et le gardien de la paix Gérard Quinet, intervenu contre le fuyard, sont blessés. Les deux femmes demeurent au centre du crime à élucider, même si la notoriété future de l’accusé tend à les reléguer dans le récit. [1] [2]
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2. Les identifications de 1970
Pierre Goldman est arrêté en avril 1970. Plusieurs témoins, dont le policier blessé, le désignent comme l’homme aperçu pendant l’attaque ou sa fuite. Les comptes rendus contemporains présentent certaines reconnaissances comme formelles. Ce degré de certitude exprimé par un témoin deviendra précisément un objet de discussion : il faut examiner les conditions dans lesquelles il a vu l’agresseur, puis celles dans lesquelles la police lui a demandé de reconnaître un suspect. [3]
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3. Reconnaître des braquages, nier les meurtres
Goldman reconnaît trois autres vols à main armée. Il maintient en revanche qu’il n’est pas l’auteur du crime de la pharmacie. Cette ligne de défense est constante sur le point essentiel : il ne demande pas à être considéré comme étranger à toute délinquance. L’accusation rapproche les attaques ; la défense demande que chacune soit prouvée séparément. [4] [5]
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4. La perpétuité en décembre 1974
Le premier procès se tient à Paris du 9 au 14 décembre 1974. La cour d’assises retient la culpabilité de Goldman pour l’attaque meurtrière et prononce la réclusion à perpétuité. Le résultat suscite immédiatement des protestations parmi ses soutiens. Il reste alors une condamnation judiciaire, malgré la controverse publique. [6] [7]
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5. Le dossier entre dans le débat public
En prison, Goldman écrit Souvenirs obscurs d’un juif polonais né en France, publié en 1975. Il revient sur son parcours et conteste l’accusation de double meurtre. Le livre et les soutiens d’intellectuels donnent à l’affaire une dimension qui dépasse la salle d’audience. Cette mobilisation rend les critiques du dossier plus visibles, mais la célébrité de ses défenseurs ne démontre pas son innocence. [7] [8]
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6. L’annulation ouvre un nouveau procès
Le 20 novembre 1975, la Cour de cassation annule la condamnation en raison d’un vice de procédure. Le procès-verbal des débats n’était pas daté. Ce résultat autorise un nouvel examen devant une autre cour d’assises ; il ne prononce pas encore un acquittement. La distinction est essentielle pour comprendre la suite : Goldman ne sort pas libre de cette cassation. L’accusation doit à nouveau être débattue, cette fois devant les jurés de la Somme, à Amiens. [9] [10]
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7. Un dossier de nouveau débattu
Le second procès s’ouvre le 26 avril 1976. Georges Kiejman, Émile Pollak et Jean Lesselin assurent la défense. De nombreux journalistes et soutiens suivent l’audience, dont l’accès est étroitement contrôlé. Le contexte politique est présent, mais les débats reviennent aux témoins et aux pièces. [9] [10]
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8. La question des armes
La balistique fragilise un rapprochement qui semblait d’abord soutenir l’accusation. Les armes retrouvées comme appartenant à Goldman ne correspondent vraisemblablement pas à celles utilisées dans la pharmacie. La défense insiste sur ce point et sur les indications données à la police par un informateur. Les experts conservent des réserves : une autre arme aurait pu exister. Il s’agit donc d’un élément discuté à l’audience, pas d’une démonstration technique isolée réglant toute l’affaire. [11]
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9. L’alibi et les déclarations réexaminées
Les audiences mettent au jour des variations de témoignages. Une témoin précise par écrit qu’elle n’a pas reconnu Goldman ; des proches reviennent sur des déclarations faites à la police en expliquant leur peur d’être eux-mêmes soupçonnés. Joël Lautric confirme pour sa part l’alibi de l’accusé : il affirme l’avoir reçu au moment du crime. La défense oppose ces éléments aux identifications initiales. L’accusation continue, de son côté, à soutenir que le dossier établit sa culpabilité. [12]
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10. L’accusation demande encore la perpétuité
Malgré les critiques formulées pendant les débats, le ministère public requiert à nouveau la réclusion à perpétuité, le 4 mai 1976. Le changement d’atmosphère décrit par les chroniqueurs ne signifie donc pas que l’accusation ait été abandonnée. Les jurés doivent apprécier les identifications, l’alibi, les armes et les arguments des avocats. [13]
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11. Deux réponses dans le même verdict
Le 4 mai 1976, les assises de la Somme acquittent Pierre Goldman des meurtres du boulevard Richard-Lenoir. Elles le condamnent néanmoins à douze ans de réclusion pour les trois autres vols à main armée qu’il reconnaissait. Les deux réponses portent sur des faits distincts. Dire qu’il a été acquitté de tous les crimes jugés serait inexact ; continuer à lui attribuer les deux meurtres comme s’il en était demeuré judiciairement coupable le serait tout autant. [5] [6] [14]
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12. La sortie de prison et une autre affaire
Goldman sort de prison en octobre 1976, après plus de six ans de détention et compte tenu des modalités d’exécution de la peine prononcée pour les braquages. Le 20 septembre 1979, il est assassiné dans une rue de Paris. Cette mort ouvre une autre affaire, distincte du double meurtre pour lequel il avait été acquitté. Sa fin violente et les récits qu’elle a suscités ne doivent pas modifier rétroactivement le sens du verdict d’Amiens. [7] [15]
Ce qui est établi, ce qui reste incertain
Documenté
La condamnation à perpétuité de 1974 a été annulée. Le 4 mai 1976, Goldman a été acquitté des meurtres de la pharmacie et condamné à douze ans pour trois autres vols à main armée. Les deux décisions de ce dernier procès doivent être rapportées ensemble.
Incertain ou non établi
Les désaccords historiques sur les témoignages ne permettent pas de rétablir une culpabilité annulée puis écartée par l’acquittement. Le verdict ne désigne pas un autre auteur du double meurtre. Les récits sur l’assassinat de Goldman en 1979 relèvent d’un dossier distinct.
Les dates clés
- 19 décembre 1969 — Attaque meurtrière de la pharmacie du boulevard Richard-Lenoir.
- Avril 1970 — Arrestation de Pierre Goldman.
- 14 décembre 1974 — Condamnation à perpétuité à Paris.
- 20 novembre 1975 — Cassation pour vice de procédure.
- 26 avril–4 mai 1976 — Second procès à Amiens : acquittement des meurtres et douze ans pour les braquages.
- Octobre 1976 — Libération.
- 20 septembre 1979 — Assassinat de Goldman à Paris.
Les lieux de l’affaire
La pharmacie se trouve boulevard Richard-Lenoir, dans le 11e arrondissement de Paris, près de la Bastille. Le premier procès a lieu à Paris ; le second devant la cour d’assises de la Somme, à Amiens. La photographie du palais de justice d’Amiens date de 2014, bien après ces audiences.
Ce qui rend cette affaire singulière
Le dossier montre comment deux cours peuvent apprécier différemment une accusation après une cassation. Il oblige à séparer les braquages reconnus du crime nié, le soutien public de la preuve et l’annulation procédurale de l’acquittement. Le rôle des témoignages apparaît jusque dans leurs hésitations et leurs conditions de recueil.
Sources et méthode
Le récit repose sur les comptes rendus contemporains, complétés par des archives et des travaux rétrospectifs. Les sources de 1970 sont lues comme l’état d’une accusation ensuite jugée, non comme une preuve actuelle de culpabilité. Les souvenirs, arguments de défense et constatations d’experts sont distingués. Les adaptations cinématographiques ne servent pas à reconstituer les paroles de l’audience.
- Le Quotidien du pharmacien, les deux victimes et leur officine, 2023
- Ivan Jablonka dans Le Monde, retour d’historien sur les victimes et le dossier, 30 septembre 2023
- Le Monde, premières identifications du suspect, 11 avril 1970
- RTL, les faits derrière les procès, 2023
- Larousse, Journal de l’année 1976, nouveau procès et verdict
- Larousse, Journal de l’année 1977, rappel des décisions concernant Goldman
- INA, archives sur Goldman, ses procès et sa mort, 2023
- Le Monde, parcours et réception publique de l’affaire, 4 octobre 2023
- Le Monde, ouverture du procès d’Amiens, 28 avril 1976
- Amiens Métropole, histoire du procès devant les assises de la Somme, 2023
- Le Monde, les armes et les arguments de la défense, 29 avril 1976
- Le Monde, variations de témoignages et alibi, 3 mai 1976
- Le Monde, réquisitions du 4 mai, article du 5 mai 1976
- Cour de cassation, pourvoi 79-15.560 : rappel des décisions pénales dans le contentieux civil
- Le Monde, annonce de la libération, 8 octobre 1976