
L’ENVERS DE L’AFFAIRE · DOSSIER DOCUMENTAIRE
Patrick Salameh : les disparitions de Marseille
CRIMES IMPOSSIBLESMarseille et Aix-en-Provence, Bouches-du-Rhône ; Draguignan, Var, France
Disparitions en 2008 ; condamnations en 2014, 2015 et 2016 ; recours européen en 2023
Réclusion à perpétuité avec vingt-deux ans de sûreté ; pourvoi rejeté en 2017
Marseille, novembre 2008. Plusieurs femmes ont disparu et les enquêteurs disposent de peu de repères. Le récit de Soumia, qui a survécu à une séquestration et à un viol, les conduit à Patrick Salameh. Dans un logement, des objets et des traces biologiques relient bientôt le suspect à certaines disparues. Un autre dossier, celui de Fatima Saiah, vient élargir les investigations. Aucun des quatre corps ne sera retrouvé avant les procès. Comment établir des morts sans dépouilles et départager les explications contradictoires ? Deux condamnations en première instance, puis un procès d’appel commun en 2016, apportent une réponse judiciaire. Les décisions permettent de suivre le passage des soupçons à la culpabilité reconnue.
L’affaire en 30 secondes
- Le témoignage décisif
- Soumia identifie son agresseur ; son récit oriente les recherches vers un logement.
- Les preuves croisées
- Traces biologiques, objets personnels, témoignages et téléphones sont confrontés.
- La réponse judiciaire
- L’appel réunit les dossiers et confirme la perpétuité, malgré l’absence des corps.
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1. Mai 2008 : le rendez-vous de Fatima Saiah
Le 7 mai 2008, Fatima Saiah se rend près du métro Malpassé, dans le nord de Marseille. Un homme lui a proposé du baby-sitting au téléphone. Elle disparaît après ce rendez-vous. Sa famille donne l’alerte, mais les recherches ne permettent pas de la retrouver. Ce premier dossier précède de plusieurs mois les disparitions de l’automne. Il ne sera pas jugé lors du premier procès de Salameh : son instruction suit d’abord un chemin distinct. [5] [9]
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2. Trois nouvelles absences à l’automne
Iryna Sytnyk disparaît début octobre, Cristina Bahulea le 22 octobre et Zineb Chebout début novembre 2008. Toutes trois exercent la prostitution à Marseille. Les policiers reconstituent leurs derniers déplacements et leurs contacts. Les proches n’ont plus de nouvelles, tandis que les recherches de corps restent vaines. [2] [3]
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3. La parole de la survivante
Le 11 novembre, les policiers recueillent le témoignage de Soumia. Elle décrit une rencontre avec un client, un logement, puis des violences et une séquestration dont elle est sortie vivante. Son récit fournit des indications concrètes que les enquêteurs peuvent vérifier. Elle reconnaît ensuite Salameh lors d’une confrontation. [2] [8]
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4. 12 novembre : l’interpellation
Un autre témoin aide à retrouver Salameh. Il est interpellé le 12 novembre 2008 au centre de Marseille, puis placé en garde à vue. Il a déjà été condamné dans une affaire de vols violents et se présente comme un professionnel du bâtiment. Ce sont les vérifications autour du logement et des victimes qui vont donner sa consistance au dossier. [2] [8]
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5. Des objets et des traces dans le logement
Les recherches dans le logement font apparaître des bijoux et des profils génétiques liés aux disparues. Le récit de Soumia est comparé à la disposition des lieux. Ces éléments établissent des contacts et des présences que Salameh finit par admettre. Il soutient cependant que les femmes sont reparties vivantes. Le débat porte donc aussi sur ce qui s’est produit après leur arrivée. [3] [8] [9]
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6. Un téléphone actif ne prouve pas la vie
La téléphonie ouvre une autre piste. Des témoins disent avoir prêté leur appareil à Salameh, qui y aurait inséré la carte d’une disparue. La décision européenne de 2023 rappelle que les juges d’appel ont retenu l’utilisation des téléphones des victimes par des tiers pour retarder les recherches. L’enquête doit ainsi séparer le détenteur habituel d’un numéro de la personne qui s’en sert effectivement après une disparition. [1] [3]
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7. Prouver une mort sans retrouver le corps
Au moment des procès, aucune dépouille n’a été découverte. L’accusation repose sur un ensemble de constatations et de témoignages, pas sur une autopsie. La défense conteste que ces indices démontrent les décès. L’absence des corps laisse des questions matérielles ouvertes ; elle n’empêche pas la justice de se prononcer sur les faits dont elle est saisie. [4] [6]
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8. 2014 : le premier verdict
Le 3 avril 2014, la cour d’assises des Bouches-du-Rhône condamne Salameh à la réclusion criminelle à perpétuité avec vingt-deux ans de sûreté. Ce procès concerne les trois disparues de l’automne et les violences subies par Soumia. La condamnation porte notamment sur des séquestrations suivies de mort, qualification qu’il importe de conserver au-delà des titres de presse. Salameh conteste le verdict et fait appel. [1] [7]
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9. 2015 : le dossier Fatima Saiah
Un second procès s’ouvre en octobre 2015 pour la disparition de Fatima. Le 22 octobre, une nouvelle condamnation à perpétuité avec vingt-deux ans de sûreté est prononcée. Là encore, le corps manque. Cette affaire concerne un rendez-vous présenté comme une offre de garde d’enfants, et non une relation tarifée. Les deux procédures vont ensuite être réunies pour permettre leur examen dans un seul procès d’appel. [5] [9]
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10. 2016 : les dossiers réunis à Draguignan
Le procès d’appel commence le 18 avril à Draguignan. Le 19 mai, les assises du Var prononcent la perpétuité avec vingt-deux ans de sûreté. Une nuance figure dans l’arrêt : pour une victime, Salameh est acquitté des faits d’arrestation et d’enlèvement, mais reconnu coupable de détention et de séquestration suivie de mort. Cette distinction ne constitue pas un acquittement dans ce dossier ; elle précise les faits retenus. [1] [4] [6]
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11. La décision explique le raisonnement des jurés
La motivation de l’arrêt d’appel occupe cinq pages. Elle met en relation les prélèvements, les témoignages, les procédés de contact et l’activité des téléphones. Elle examine également le récit de la survivante. Le raisonnement écrit permet de savoir quels éléments ont été considérés comme déterminants, et fournit un objet précis aux recours de la défense. [1]
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12. 2017 puis 2023 : les recours
La Cour de cassation rejette le pourvoi le 11 juillet 2017. Salameh saisit ensuite la Cour européenne des droits de l’homme, en contestant notamment la motivation de la peine. Le 16 février 2023, sa requête est déclarée irrecevable. La Cour estime qu’il disposait de garanties suffisantes pour comprendre le verdict. Elle ne mène pas une nouvelle enquête sur les disparitions : elle examine les griefs présentés contre la procédure française. [1]
Ce qui est établi, ce qui reste incertain
Documenté
Les juridictions ont retenu des séquestrations suivies de mort concernant quatre femmes, ainsi que des violences et un viol sur Soumia. La perpétuité avec vingt-deux ans de sûreté a été prononcée en appel en mai 2016. Le pourvoi a été rejeté en 2017 et la requête européenne déclarée irrecevable en 2023.
Incertain ou non établi
Les corps n’avaient pas été retrouvés lors des procès. Leur localisation et les circonstances matérielles complètes des décès restent des questions distinctes du verdict. Les autres disparitions parfois rapprochées de Salameh ne doivent pas être ajoutées au bilan judiciaire sans décision ou preuve identifiable.
Les dates clés
- 7 mai 2008 — Disparition de Fatima Saiah après un rendez-vous pour du baby-sitting.
- Octobre–novembre 2008 — Disparitions d’Iryna Sytnyk, Cristina Bahulea et Zineb Chebout.
- 12 novembre 2008 — Interpellation de Patrick Salameh à Marseille.
- 3 avril 2014 — Première condamnation à perpétuité.
- 22 octobre 2015 — Condamnation dans le dossier Fatima Saiah.
- 19 mai 2016 — Perpétuité prononcée au terme du procès d’appel commun.
- 11 juillet 2017 — Rejet du pourvoi en cassation.
- 16 février 2023 — Irrecevabilité de la requête devant la CEDH.
Les lieux de l’affaire
Marseille est le territoire des rencontres, des disparitions et des premières investigations. Le métro Malpassé sert de repère dans le dossier Fatima ; les recherches visent aussi un logement du secteur de Saint-Mitre. Aix-en-Provence accueille les procès des Bouches-du-Rhône, puis Draguignan l’appel. Le Vieux-Port photographié situe la ville et ne représente pas le lieu des crimes.
Ce qui rend cette affaire singulière
Cette enquête confronte deux absences : celle des femmes et celle de leurs corps. Pour établir les faits, les enquêteurs croisent les traces matérielles avec les récits et les usages des téléphones. La survivante apporte une connaissance directe du lieu et des violences. La décision judiciaire répond à la question de la culpabilité sans rendre aux familles toutes les réponses qu’elles attendent.
Sources et méthode
La décision Salameh c. France fixe les qualifications, les étapes des recours et la portée du verdict. Les archives contemporaines documentent les disparitions et les audiences. Aucun détail graphique n’est reproduit. Vérification documentaire : 23 septembre 2026.
- CEDH — Salameh c. France, décision du 16 février 2023
- AFP / La Dépêche — les premiers indices, 15 novembre 2008
- Le Parisien — les disparitions et la téléphonie, 5 janvier 2013
- RTL — les deux dossiers réunis en appel, avril 2016
- Le Parisien — la condamnation pour Fatima Saiah, 23 octobre 2015
- Le Parisien — le verdict d’appel, 20 mai 2016
- TF1 Info — le premier verdict, 4 avril 2014
- RMC Crime — les témoignages des enquêteurs, 22 août 2022
- Le Monde — ouverture du second procès, 12 octobre 2015