
L’ENVERS DE L’AFFAIRE · DOSSIER DOCUMENTAIRE
Nadir Sedrati, les crimes du canal
CRIMES IMPOSSIBLESNancy, Jarville, Laxou · Lorraine
1999–2003
Perpétuité en appel · 26 mai 2003
Nancy, fin mai 1999. Des restes humains apparaissent dans le canal de la Marne au Rhin. L’identification de Hans Gassen conduit les enquêteurs vers Nadir Sedrati, un ancien détenu qui utilise plusieurs identités. L’enquête relie trois disparitions à ses activités. Condamné à la perpétuité en 2002, il l’est de nouveau en appel en 2003. Reste une limite essentielle : le corps de Norbert Ronfort n’a jamais été retrouvé dans cette affaire.
L’affaire en 30 secondes
- Les faits
- Trois victimes : Hans Gassen, Gérard Steil et Norbert Ronfort.
- La justice
- Perpétuité et vingt-deux ans de sûreté prononcés en appel à Metz.
- La limite
- Le corps de Ronfort reste absent ; d’autres disparitions ne sont pas des crimes prouvés à sa charge.
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1. Des découvertes sans identité
À partir de la fin mai 1999, des restes humains sont retrouvés dans le canal de la Marne au Rhin, dans l’agglomération de Nancy. Les recherches s’étendent entre Jarville et le port Sainte-Catherine. Les premières informations publiées évoluent avec les examens : le nombre de découvertes ne donne pas immédiatement celui des victimes. [1][9]
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2. Hans Gassen, la première piste
La reconstitution d’empreintes digitales permet de mettre un nom sur une victime : Hans Gassen, un Allemand récemment sorti de prison. Cette identification fournit un point de départ concret aux enquêteurs du SRPJ de Nancy. Ils peuvent reprendre ses contacts et ses déplacements. Son passé carcéral les conduit vers Saint-Mihiel, dans la Meuse, où il a rencontré d’autres hommes dont les noms vont progressivement apparaître dans le dossier. [9][10]
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3. Deux téléphones, un interlocuteur
Les communications reçues par Hans Gassen orientent les policiers vers deux adresses : un foyer à Jarville et un studio à Laxou. Derrière ces deux points de contact apparaît le même homme, Nadir Sedrati. Il utilise notamment le nom de Philippe Grossiord. L’enquête passe ainsi d’une victime inconnue à une relation personnelle identifiable. [8][9]
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4. Ce que révèle le studio de Laxou
En juillet 1999, l’interpellation de Sedrati et les perquisitions changent la nature du dossier. Dans le studio, les enquêteurs trouvent des traces de sang, des documents appartenant à d’autres personnes et du cyanure. Ces éléments doivent être rapprochés des disparitions déjà repérées. Sedrati est mis en examen et incarcéré le 21 juillet. Les analyses du logement prennent alors une place déterminante, au-delà des découvertes réalisées dans le canal. [1][2][8]
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5. Gérard Steil, une deuxième victime
Les examens génétiques permettent également d’identifier Gérard Steil parmi les restes retrouvés. Lui aussi a connu Sedrati en détention. Les policiers examinent les relations nouées à Saint-Mihiel et l’utilisation des identités de ces anciens détenus. Il prend son sens avec les résultats des expertises et les documents saisis, qui rapprochent les victimes du même suspect. [2][5][10]
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6. Norbert Ronfort, un corps non retrouvé
Le cas de Norbert Ronfort est différent : son corps n’a pas été retrouvé dans cette enquête. Des traces de sang découvertes dans le studio, notamment dans la cuisine, sont attribuées à cet ancien codétenu. Son absence physique n’empêche donc pas l’instruction de porter aussi sur sa mort. Il faut conserver cette distinction : Sedrati sera condamné pour trois assassinats, mais les trois victimes n’ont pas toutes été identifiées à partir de corps retirés du canal. [2][8][10]
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7. Des noms qui continuent de circuler
L’accusation décrit un mécanisme dans lequel les victimes disparaissent tandis que leurs identités restent utilisables pour des opérations frauduleuses. Sedrati reconnaît des escroqueries, mais refuse d’admettre les assassinats. Le procès doit examiner ensemble ces deux dimensions sans les confondre. Certains noms employés par l’accusé appartiennent à des personnes vivantes : une identité usurpée ne permet donc pas de conclure automatiquement à une victime supplémentaire. [3][4][5]
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8. Deux anciennes affaires à distinguer
D’autres disparitions sont évoquées à l’audience, notamment celles d’André Gachy et de Léon Krauss. Leur issue judiciaire est essentielle : Sedrati a été acquitté en 1985 dans l’affaire Gachy, tandis que le dossier Krauss a abouti à un non-lieu, selon les comptes rendus du procès. Ces antécédents expliquent l’attention portée à son parcours. Ils ne peuvent être ajoutés aux trois assassinats pour lesquels les assises le condamnent dans l’affaire du canal. [3][5]
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9. Une version concurrente examinée
Sedrati met en cause Hans Müller, un autre ancien détenu, et décrit une rencontre liée à un projet de trafic. Les enquêteurs vérifient cette version, notamment au regard des déplacements de l’homme désigné. L’instruction ne retient pas ce récit comme explication des crimes. À l’audience, l’accusé maintient sa contestation. [2][4]
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10. Le procès de Nancy en 2002
Le 25 avril 2002, le procès s’ouvre devant la cour d’assises de Meurthe-et-Moselle. Les débats réunissent les identifications, les traces matérielles, les usurpations et les explications de l’accusé. Le 3 mai, Sedrati est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité, avec une période de sûreté de vingt ans. Le verdict porte sur les assassinats de Hans Gassen, Gérard Steil et Norbert Ronfort ; l’accusation avait requis une sûreté de vingt-deux ans. [3][6]
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11. L’appel à Metz en 2003
Nadir Sedrati fait appel. Le 26 mai 2003, la cour d’assises de la Moselle, siégeant à Metz, prononce à nouveau la réclusion criminelle à perpétuité pour les trois assassinats. La période de sûreté est cette fois fixée à vingt-deux ans. [7][8]
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12. Une condamnation, des limites persistantes
Le dossier aboutit à une réponse pénale pour trois victimes identifiées. Il ne livre pas pour autant une restitution complète des derniers moments de chacune. L’absence du corps de Norbert Ronfort reste une limite majeure. Les récits rétrospectifs ont parfois élargi le nombre supposé de victimes ; ce dossier s’en tient aux crimes jugés. La vérification des sources publiques n’a pas identifié de décision ultérieure modifiant la peine d’appel présentée ici. [2][7][10]
Ce qui est établi, ce qui reste incertain
Documenté
Les identifications et les traces matérielles relient les trois victimes au dossier. Sedrati est condamné pour leurs assassinats à Nancy, puis à Metz. Le verdict d’appel du 26 mai 2003 porte la sûreté à vingt-deux ans.
Incertain ou non établi
Le déroulement complet de chaque crime et la localisation du corps de Norbert Ronfort ne sont pas reconstitués. Les affaires Gachy et Krauss ont des issues judiciaires distinctes. Aucun document consulté ne permet de préciser une situation carcérale actuelle ou un éventuel aménagement de peine.
Les dates clés
- Fin mai 1999 — Premières découvertes dans le canal, près de Nancy.
- Juillet 1999 — Interpellation, perquisitions et mise en examen de Sedrati.
- 25 avril 2002 — Ouverture du procès aux assises de Meurthe-et-Moselle.
- 3 mai 2002 — Perpétuité, assortie de vingt ans de sûreté.
- 26 mai 2003 — Perpétuité en appel à Metz, avec vingt-deux ans de sûreté.
Les lieux de l’affaire
Le canal de la Marne au Rhin relie les lieux des découvertes dans l’agglomération nancéienne. Jarville et Laxou correspondent aux contacts téléphoniques et au logement examiné. Saint-Mihiel est le lieu de détention où se croisent les protagonistes. Nancy accueille le premier procès, Metz le procès d’appel. La photographie du quai Sainte-Catherine montre un paysage actuel de ce secteur, sans désigner l’emplacement d’une découverte précise.
Ce qui rend cette affaire singulière
La difficulté n’est pas seulement de retrouver les disparus : elle consiste à distinguer une personne de l’identité qui continue de circuler après sa disparition. Les empreintes, l’ADN, les appels et les papiers saisis apportent des informations différentes. Leur rapprochement permet de sortir d’une enquête initialement centrée sur le canal pour reconstituer des relations entre anciens détenus et des opérations d’usurpation.
Sources et méthode
Les comptes rendus contemporains de l’instruction et des deux procès sont recoupés avec la presse régionale et le témoignage rétrospectif d’un responsable de l’enquête. Les arrêts intégraux n’ont pas été consultés. Les variations des premiers bilans, ainsi que la distinction entre acquittement, non-lieu et condamnation, sont conservées dans la synthèse. Aucun aveu ou crime supplémentaire n’est supposé. Vérification documentaire : 28 septembre 2026.
- Le Monde, 2 septembre 1999 — Les découvertes dans le canal de Nancy
- Le Parisien, 20 août 2001 — Trois assassinats renvoyés devant les assises
- Le Parisien, 25 avril 2002 — Ouverture du procès et antécédents judiciaires
- Le Parisien, 26 avril 2002 — La position de la défense à l’audience
- Le Monde, 27 avril 2002 — Trois anciens codétenus et les identités usurpées
- Le Monde, 3 mai 2002 — Première condamnation à la perpétuité
- Le Monde, 28 mai 2003 — Verdict d’appel du 26 mai à Metz
- L’Est Républicain, 12 septembre 2013 — Synthèse des indices et du procès
- L’Est Républicain, 11 septembre 2013, actualisé en février 2026 — Les identifications
- RTL — L’enquête racontée notamment par Claude Godfrin, ancien directeur du SRPJ de Nancy