Rue Porte de Chinon à Loudun, bordée de façades anciennes et de commerces.
Vue de contexte géographique : la rue Porte de Chinon à Loudun, photographiée le 27 octobre 2018.Photo : AirScott / Wikimedia Commons · Source · CC BY-SA 4.0. Image entière conservée, redimensionnée et convertie en WebP ; aucun recadrage ni filtre. Licence de la source conservée.

L’ENVERS DE L’AFFAIRE · DOSSIER DOCUMENTAIRE

Marie Besnard : les soupçons d’empoisonnement et l’acquittement

CRIMES IMPOSSIBLES

Loudun · Poitiers · Bordeaux

1947–1961

Acquittement le 12 décembre 1961

Loudun, 25 octobre 1947. Léon Besnard meurt après plusieurs jours de maladie. Autour de sa veuve, Marie, des soupçons circulent. Une proche rapporte des paroles qui mettraient en cause un repas servi par son épouse. Deux ans plus tard, l’exhumation du corps et la découverte d’arsenic donneront une autre dimension à ces accusations. La justice remontera alors les décès survenus dans l’entourage du couple. Mais la présence d’un poison dans des restes exhumés suffit-elle à établir un empoisonnement avant la mort ? Cette question occupera trois procès. Marie Besnard sera acquittée en 1961, après une longue confrontation entre témoignages, analyses et hypothèses sur la contamination des sépultures.

L’affaire en 30 secondes

Le point de départ
La mort de Léon Besnard, en octobre 1947, suscite des soupçons contre sa femme.
La difficulté
Les analyses d’arsenic sont contestées dans leurs méthodes et leur interprétation.
L’issue
Après les procès de 1952, 1954 et 1961, Marie Besnard est acquittée.

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1. Avant l’affaire, une vie dans la Vienne

Née Marie Davaillaud en 1896, elle grandit dans un milieu agricole de la Vienne. Son premier mari, Auguste Antigny, meurt en 1927 après une longue maladie. Elle épouse ensuite Léon Besnard et s’installe à Loudun. Le couple travaille, possède des biens et reçoit des héritages. [1] [2]

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2. La mort de Léon et les paroles rapportées

Léon tombe malade en octobre 1947. Les médecins envisagent une cause naturelle, mais après son décès, Louise Pintou rapporte des propos qui font soupçonner Marie d’avoir ajouté une substance à sa nourriture. Ce récit circule dans la ville et parvient à la justice. Il faut en conserver la nature exacte : il s’agit de paroles attribuées au défunt par une tierce personne. Aucun témoin ne décrit avoir vu Marie administrer un poison à son mari. [2] [3]

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3. 1949 : l’arsenic entre dans le dossier

Le corps de Léon est exhumé en 1949. Des analyses réalisées par le docteur Pierre Béroud, à Marseille, concluent à la présence d’arsenic. Le résultat paraît donner un fondement matériel aux soupçons. Il reste pourtant plusieurs questions à résoudre : la fiabilité du dosage, l’origine du produit et le moment de sa présence dans les tissus. [1] [3] [4]

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4. Les décès de l’entourage réexaminés

Les investigations s’étendent aux parents, alliés et proches du couple, morts au fil des années. D’autres exhumations sont ordonnées. L’accusation envisage une succession d’empoisonnements motivés par l’argent et les héritages. Les causes médicales, les âges, les dates et les intérêts financiers doivent être examinés séparément, au-delà de l’impression créée par leur accumulation. [4] [5]

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5. Une inculpée déjà jugée dans les journaux

Marie est inculpée et emprisonnée en juillet 1949. Elle affirme son innocence. Une partie de la presse la présente néanmoins sous des surnoms d’empoisonneuse, tandis que les rivalités locales alimentent les récits. Les historiens de Criminocorpus montrent comment se construit cette image de culpabilité. Le veuvage, les vêtements noirs et les biens possédés deviennent des signes interprétés. [4] [6]

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6. 1952 : le premier procès se heurte aux expertises

Le 20 février 1952, Marie Besnard comparaît devant les assises de la Vienne, à Poitiers. Ses avocats attaquent la solidité des analyses de Béroud et les conditions de conservation des prélèvements. Les débats révèlent des difficultés qui empêchent de traiter les résultats comme une certitude acquise. Le procès est renvoyé pour de nouvelles expertises. Cette première interruption laisse l’accusation ouverte et Marie en détention, sans verdict sur les faits. [3] [4] [7]

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7. La question du passage de l’arsenic

La controverse porte désormais sur la différence entre un poison absorbé du vivant d’une personne et une contamination après l’inhumation. Sol, eau, matériaux funéraires et transformations liées à la décomposition entrent dans la discussion. Les spécialistes ne s’accordent pas sur les mécanismes et les mesures. Pour les jurés, l’enjeu n’est pas de choisir le savant le plus impressionnant, mais de savoir si les résultats permettent réellement d’attribuer les décès à un acte criminel. [8] [9]

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8. 1954 : un deuxième procès, toujours sans réponse

L’affaire est dépaysée à Bordeaux. Le second procès s’ouvre le 15 mars 1954 devant les assises de la Gironde. Les témoignages locaux sont cette fois longuement examinés, puis les spécialistes s’affrontent sur la portée des analyses. La défense mobilise d’autres compétences, notamment sur les sols et les phénomènes biologiques. Au début d’avril, la cour renvoie encore l’affaire pour complément d’expertise. Aucun acquittement n’a alors été prononcé. [4] [9] [10]

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9. La liberté provisoire et les années d’attente

En avril 1954, Marie Besnard retrouve la liberté après près de cinq ans de détention. La procédure continue cependant. Elle retourne progressivement à une existence publique, reçoit des journalistes et doit attendre les nouveaux rapports. L’image médiatique se modifie : les certitudes initiales font davantage place aux doutes sur le dossier. [10] [11]

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10. 1961 : la science de nouveau discutée

Le troisième procès commence à Bordeaux le 20 novembre 1961. Des expertises récentes demeurent défavorables à Marie Besnard, tandis que la défense continue de discuter les calculs, les prélèvements et les possibilités de contamination. La controverse ne se résume donc pas à une erreur unique soudain découverte. Plusieurs disciplines interviennent après des années de travaux. [9] [12] [13]

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11. 12 décembre 1961 : la fin de l’accusation

La cour d’assises de la Gironde acquitte Marie Besnard. L’accusation n’a pas permis d’établir sa culpabilité au terme de trois procès. Il ne s’agit ni d’une grâce ni d’une peine réduite : elle sort acquittée des poursuites. Les désaccords scientifiques ont contribué au doute, sans fournir pour autant une reconstitution certaine de chaque décès. Continuer à la désigner simplement comme une empoisonneuse reviendrait à effacer l’issue judiciaire de l’affaire. [3] [5] [14]

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12. Retrouver une parole après les procès

En 1962, Marie Besnard présente ses mémoires à la télévision. Elle revient sur l’épreuve et sur le soutien de ses avocats, tout en répétant qu’elle n’a commis aucun crime. L’archive conserve la parole de celle que les journaux avaient longtemps décrite de l’extérieur. Elle meurt à Loudun en 1980. Son nom reste attaché à une réflexion sur l’expertise contradictoire, la prudence devant la rumeur et le coût humain d’une procédure prolongée. [3] [14] [3]

Ce qui est établi, ce qui reste incertain

Documenté

Marie Besnard a été poursuivie après des exhumations et des analyses d’arsenic. Trois procès ont eu lieu, en 1952, 1954 et 1961. Elle a été remise en liberté provisoire en 1954, puis acquittée le 12 décembre 1961 par les assises de la Gironde.

Incertain ou non établi

Les sources ne permettent pas de transformer chaque décès ancien en empoisonnement avéré, ni de proposer une cause unique certaine pour toutes les traces d’arsenic. Les soupçons et les surnoms de presse ne sont pas des condamnations.

Les dates clés

  1. 25 octobre 1947 — Mort de Léon Besnard à Loudun.
  2. 1949 — Exhumation et analyses toxicologiques.
  3. Juillet 1949 — Inculpation et incarcération de Marie Besnard.
  4. 20 février 1952 — Ouverture du premier procès à Poitiers.
  5. Février 1952 — Renvoi pour de nouvelles expertises.
  6. 15 mars 1954 — Ouverture du deuxième procès à Bordeaux.
  7. Avril 1954 — Nouveau renvoi et remise en liberté provisoire.
  8. 20 novembre 1961 — Ouverture du troisième procès.
  9. 12 décembre 1961 — Acquittement.
  10. 1962 — Publication des mémoires et entretien télévisé.

Les lieux de l’affaire

Loudun est le centre de la vie familiale, des témoignages et des recherches sur les sépultures. Poitiers accueille le premier procès. Les deux suivants se tiennent à Bordeaux, après le dépaysement. La photographie montre une rue de Loudun en 2018, comme repère urbain.

Ce qui rend cette affaire singulière

L’affaire oblige à suivre toute la chaîne de la preuve : exhumation, prélèvement, conservation, dosage et interprétation. La détection d’une substance ne suffit pas à dater son arrivée ni à désigner un auteur. La succession des procès a rendu visibles ces difficultés et la nécessité de les débattre.

Sources et méthode

Synthèse des archives audiovisuelles, des chroniques contemporaines et des recherches historiques. Les récits de la défense sont identifiés comme tels. La date du verdict retenue est celle donnée par l’INA et les rappels du Monde : 12 décembre 1961. Les débats scientifiques sont exposés sans convertir une hypothèse de contamination en certitude générale.

  1. Jean-Pierre Anger et Jean-Pierre Goullé, étude historique dans les Annales de toxicologie analytique, 2006
  2. Bertrand Favreau, récit fondé sur les archives et le témoignage de l’avocate Jacqueline Favreau-Colombier
  3. INA, dossier d’archives sur les trois procès et entretien de Marie Besnard en 1962
  4. Criminocorpus, enquête historique sur l’affaire et son traitement médiatique
  5. Le Monde, retour sur les accusations et l’acquittement, 23 janvier 2000
  6. Le Parisien, la construction médiatique de l’affaire, 22 décembre 2012
  7. Le Monde, résultats de la contre-expertise après le premier procès, 28 novembre 1952
  8. Université de Lorraine, thèse de Christine Bourniquel, aspects historiques et scientifiques, 2002
  9. Le Monde, chronique de la fin du troisième procès, 13 décembre 1961
  10. Criminocorpus, notice et archive Paris Match du 24 avril 1954
  11. Le Monde, le travail des chroniqueurs judiciaires dans l’affaire, 20 septembre 2024
  12. Le Monde, rapport d’expertise encore défavorable à l’accusée, 15 octobre 1960
  13. Criminocorpus, archive Paris Match consacrée à la fin de l’affaire, décembre 1961
  14. Le Monde, décès de Marie Besnard et portée judiciaire de l’affaire, 18 février 1980