Façade de l’hôtel de ville de Nogent-sur-Oise en 2011.
Hôtel de ville de Nogent-sur-Oise, photographié le 28 septembre 2011. Illustration géographique postérieure aux faits de l’affaire Marcel Barbeault. Image redimensionnée et convertie en WebP, sans recadrage.Photo : P.poschadel / Wikimedia Commons · Source · CC BY-SA 2.0 France. Image entière conservée, redimensionnée et convertie en WebP ; aucun recadrage ni filtre. Licence de la source conservée.

L’ENVERS DE L’AFFAIRE · DOSSIER DOCUMENTAIRE

Marcel Barbeault : le tueur de l’ombre et l’enquête

CRIMES IMPOSSIBLES

Nogent-sur-Oise · Laigneville · Beauvais

1969–1976 · procès en 1981 et 1983

Perpétuité · cinq homicides jugés

Nogent-sur-Oise, décembre 1976. La police resserre ses recherches autour d’un ouvrier de trente-cinq ans, Marcel Barbeault. Depuis des années, des femmes sont attaquées dans ce secteur de l’Oise ; un jeune homme a également été tué. Les habitants connaissent le surnom du « tueur de l’ombre », mais pas son visage. Un appel anonyme, le travail de Daniel Neveu et la découverte d’une carabine vont changer le cours des investigations. L’histoire ne s’arrête pourtant pas à l’interpellation : les armes, les cambriolages et les témoignages seront discutés devant deux cours d’assises. Derrière les huit morts souvent réunis dans les récits, cinq homicides seulement aboutissent à une condamnation.

L’affaire en 30 secondes

Les faits
Huit morts sont généralement rapprochés dans les récits de la série de l’Oise. Cinq homicides ont été retenus contre Barbeault par la justice.
Le tournant
Arrêté le 14 décembre 1976, il est mis en cause après des recoupements locaux et la découverte d’une arme reliée aux crimes.
La décision
Perpétuité en juin 1981, cassation en mars 1982, puis nouvelle condamnation à perpétuité le 2 décembre 1983.

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1. Une série dans un petit périmètre

Les enquêtes conduisent à Nogent-sur-Oise, Laigneville et Villers-Saint-Paul. Les trajets ordinaires, les abords des voies ferrées, les parcs et les cimetières deviennent des lieux d’inquiétude. Le compte rendu du premier procès décrit un territoire d’environ trois kilomètres sur deux. Cette proximité suggère que l’auteur connaît les passages et les horaires du secteur. [1]

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2. Huit morts évoqués, cinq homicides jugés

La série généralement racontée commence en 1969 et se prolonge jusqu’en janvier 1976. Mais son périmètre policier et son périmètre judiciaire ne se confondent pas. Les comptes rendus des assises portent sur cinq homicides ; une rétrospective du Monde rappelle que les trois premiers demeurent sans preuve suffisante pour être élucidés. Cette réserve doit accompagner le bilan. [2] [9]

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3. La peur s’installe dans les habitudes

Les attaques ont lieu à des moments où la visibilité est faible. Le surnom retenu par la presse traduit cette difficulté à voir et à identifier l’agresseur. À Nogent, certaines femmes changent leur couleur de cheveux, les victimes étant décrites comme brunes. Cette réaction témoigne du climat collectif ; elle ne constitue évidemment aucune protection démontrée. [2] [10]

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4. Daniel Neveu reprend les rapprochements

Affecté à Creil en 1974, Daniel Neveu compare les dossiers, les horaires et les façons d’agir. Dans son entretien de 2021, il explique avoir croisé les noms relevés au cimetière de Laigneville avec une liste de suspects. Un indice près d’un point d’eau avait attiré son attention sur les habitués du lieu. Ce récit rétrospectif doit rester attribué au policier qui le rapporte. [3]

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5. Le renseignement qui rend un homme identifiable

Un appel anonyme décrit un homme marié, père de famille, ancien militaire et ouvrier du secteur. Ces précisions orientent les enquêteurs vers Barbeault, déjà présent parmi les personnes envisagées. L’auteur de cet appel n’est pas identifié de façon certaine. Neveu estimera beaucoup plus tard que Barbeault avait pu téléphoner lui-même ; cette conviction personnelle n’est pas un fait démontré. [1] [3]

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6. L’interpellation du 14 décembre 1976

L’arrestation met au premier plan un ouvrier dont la vie familiale semble éloignée de l’image publique du criminel recherché. Les policiers découvrent chez lui des objets et des armes. Parmi les pièces saisies figure une carabine de calibre .22 Long Rifle, qui devient centrale dans le dossier. Barbeault conteste être le meurtrier, malgré les charges qui s’accumulent. [4] [5]

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7. Pourquoi le procès s’attarde sur des vols

Lors des audiences de 1981, seize cambriolages occupent une place considérable. Des objets retrouvés chez Barbeault, ou remis à des proches, sont rapprochés de biens dérobés. Les vols intéressent l’accusation parce qu’ils éclairent la provenance des armes et les déplacements de leur auteur présumé. Ce détour est essentiel à la démonstration : posséder un objet volé ne prouve pas un homicide, mais retracer le parcours d’une arme peut relier plusieurs scènes jusque-là séparées. [5]

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8. La force et les limites des rapprochements balistiques

Les experts confrontent les douilles des scènes criminelles aux armes examinées. Les morts de Julia Gonçalves et de Françoise Jakubowska figurent parmi les rapprochements discutés aux assises. La défense soutient que la carabine a pu entrer en possession de Barbeault après les faits ; lui affirme l’avoir trouvée dans un cimetière. Le débat porte donc aussi sur la chronologie de la possession. [6]

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9. Les témoignages ne disent pas tous la même chose

Un témoin ayant aperçu un homme près du parc Hébert avant la mort de Julia Gonçalves ne reconnaît pas catégoriquement Barbeault à l’audience. Son avocat, Jean-Louis Pelletier, insiste sur cette hésitation. Ce passage du procès rappelle qu’un signalement général, une ressemblance et une identification formelle n’ont pas la même valeur. La condamnation ne peut être racontée comme le résultat d’un témoin décisif qui aurait tout vu : la contestation de la défense fait partie de l’histoire du dossier. [7]

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10. 1981 : la perpétuité alors que la mort reste possible

Le 10 juin 1981, les assises de l’Oise condamnent Barbeault à la réclusion criminelle à perpétuité. Les jurés lui accordent des circonstances atténuantes, dans un droit où la peine capitale existe encore. Le verdict intervient quelques mois avant son abolition. Le procès a tranché sa culpabilité, mais le pourvoi empêche encore la décision de devenir définitive. [8] [9]

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11. 1982–1983 : pourquoi il faut le rejuger

Le 17 mars 1982, la condamnation est cassée. Avec l’abolition de la peine de mort, l’application de la loi plus douce et des circonstances atténuantes déjà accordées ne permet plus de conserver cette peine en l’état. Le dossier retourne aux assises de l’Oise, devant une nouvelle formation, en novembre 1983. Le 2 décembre, Barbeault est de nouveau condamné à perpétuité. Ce second jugement n’est donc ni un simple appel ni une confirmation prononcée par la Cour de cassation. [9] [11] [4]

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12. Une longue détention et des questions qui demeurent

Le Parisien le décrit encore incarcéré dans son article du 1er mars 2026. Cette indication datée est le dernier état de détention retenu ici ; elle ne permet pas de prévoir une décision d’aménagement. La justice a fixé une culpabilité pour cinq homicides. Elle n’a pas transformé en certitudes toutes les hypothèses formulées sur les autres morts ou sur les motivations de leur auteur. [12] [2]

Ce qui est établi, ce qui reste incertain

Documenté

L’arrestation de décembre 1976, les expertises, les deux procès et les condamnations à perpétuité sont documentés. Le premier arrêt a été annulé avant un nouveau jugement. Le nombre de cinq homicides retenus doit être conservé lorsque l’on présente la décision judiciaire.

Incertain ou non établi

L’identité de la personne qui a passé l’appel anonyme reste incertaine. Les huit morts associés à la série ne correspondent pas à huit condamnations. Les explications psychologiques avancées dans certains portraits ne constituent pas une démonstration du mobile de chaque crime.

Les dates clés

  1. 1969–1976 — Période de la série de crimes généralement rapprochés dans l’Oise.
  2. 14 décembre 1976 — Arrestation de Marcel Barbeault.
  3. 10 juin 1981 — Première condamnation à perpétuité aux assises de l’Oise.
  4. 17 mars 1982 — Cassation liée à l’application de la loi pénale plus douce.
  5. 2 décembre 1983 — Nouvelle condamnation à perpétuité.
  6. 1er mars 2026 — Le Parisien le présente toujours en détention.

Les lieux de l’affaire

Nogent-sur-Oise et les communes voisines forment le territoire des recherches. Le cimetière de Laigneville occupe une place dans les recoupements de Neveu. Beauvais accueille les deux procès. La photographie de la mairie de Nogent sert uniquement à situer la ville ; elle a été prise bien après les faits.

Ce qui rend cette affaire singulière

La lecture croisée des archives montre deux échelles de preuve. Une enquête peut réunir des crimes autour d’un même suspect sans que tous puissent être jugés contre lui. L’affaire comporte aussi un effet concret de l’abolition de la peine capitale sur un procès encore susceptible de recours.

Sources et méthode

Synthèse des comptes rendus contemporains des procès, de l’arrêt de cassation et d’entretiens rétrospectifs. Pour le nombre d’homicides jugés, les archives des assises prévalent sur certains résumés récents annonçant huit condamnations. Les souvenirs de Neveu sont attribués ; son hypothèse sur l’appel anonyme reste une hypothèse. Les références bibliographiques, la photographie et les propositions d’écoute sont exclues du volume éditorial annoncé.

  1. Le Monde, 27 mai 1981 — ouverture du procès et périmètre des recherches
  2. Le Monde, 21 juillet 2006 — série de crimes et limites des preuves
  3. Le Parisien, 26 mai 2021 — entretien avec Daniel Neveu
  4. RTL, 7 novembre 2022 — arrestation et second verdict
  5. Le Monde, 2 juin 1981 — les cambriolages examinés aux assises
  6. Le Monde, 10 juin 1981 — balistique et contestations de la défense
  7. Le Monde, 6 juin 1981 — témoignages et identification
  8. Le Monde, 11 juin 1981 — première condamnation
  9. Le Monde, 24 novembre 1983 — nouveau procès et explication de la cassation
  10. Le Parisien, 26 mai 2021 — mémoire des habitants de l’Oise
  11. Cour de cassation, chambre criminelle, 17 mars 1982 — arrêt sur la peine
  12. Le Parisien, 1er mars 2026 — situation de détention rapportée à cette date