
L’ENVERS DE L’AFFAIRE · DOSSIER DOCUMENTAIRE
Marc Machin : l’erreur judiciaire du pont de Neuilly
CRIMES IMPOSSIBLESNeuilly-sur-Seine · La Défense · Paris
2001–2014
Acquitté le 20 décembre 2012 après révision
Neuilly-sur-Seine, 1er décembre 2001. Vers neuf heures, une femme est découverte morte dans un escalier en contrebas du pont. Marie-Agnès Bedot a été attaquée à l’arme blanche. L’enquête s’oriente vers Marc Machin, un jeune homme de 19 ans identifié par une passante qui dit avoir été abordée dans le secteur. Il finit par avouer, puis se rétracte. Deux cours d’assises le condamnent à dix-huit ans de réclusion. Des années plus tard, un autre homme se présente spontanément au commissariat et revendique le crime. Cette fois, des traces génétiques viennent confirmer ses déclarations. Pour comprendre le retournement, il faut revenir sur ce qui avait convaincu les enquêteurs et sur ce que le dossier ne démontrait pas.
L’affaire en 30 secondes
- Le crime
- Marie-Agnès Bedot est tuée le 1er décembre 2001.
- L’erreur
- Machin est condamné en 2004 puis en appel en 2005.
- Le dénouement
- Condamnation annulée en 2010 ; acquittement en 2012.
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1. Marie-Agnès Bedot, au départ du dossier
Le corps de Marie-Agnès Bedot est retrouvé sur les marches qui descendent vers les berges de la Seine. Son sac de sport a disparu. Les constatations médico-légales établissent une attaque au couteau et des gestes de défense. La scène offre donc des éléments à vérifier : les blessures, la position du corps, les vêtements et les objets manquants. Les proches de la victime attendent une réponse. [1] [2]
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2. Un témoin, mais aucun témoin du meurtre
Une passante rapporte qu’un jeune homme lui a adressé des propositions sexuelles près du pont, le matin du crime. Sa description conduit les policiers vers Marc Machin, déjà connu pour une agression. Elle le reconnaît sur photographie, puis lors d’une présentation où il apparaît seul. L’identification pèse lourd, mais porte sur une rencontre dans le secteur : cette femme n’a pas assisté au meurtre. [1] [3]
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3. Des aveux sans récit assuré
Après avoir nié, Machin se désigne comme le meurtrier au cours de sa cinquième audition. Il ne parvient pourtant pas à décrire précisément son geste. Au procès de 2012, il explique avoir cédé à la pression et aux promesses qu’il attribue à l’enquêteur. Le policier avait, de son côté, défendu sa méthode lors du procès de Sagno. Ces explications restent celles des protagonistes. [4] [5]
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4. Ce que les rétractations auraient dû faire vérifier
Machin répète d’abord ses aveux devant le juge, puis les retire et nie durablement. L’arrêt de révision relèvera qu’aucun indice matériel ne le reliait au meurtre. Les analyses ne retrouvent ni l’ADN de la victime sur ses vêtements, ni le sien sur les prélèvements effectués sur elle. Une absence de trace ne démontre pas à elle seule l’innocence ; elle oblige toutefois à mesurer ce que valent les autres charges. Ici, les aveux deviennent le soutien principal d’une accusation contestée. [1] [6]
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5. Une autre femme tuée pendant sa détention
Le 22 mai 2002, Maria-Judite Araujo est tuée au même endroit. Machin est alors détenu. Cette seconde mort aurait pu conduire à réexaminer la première enquête. Les policiers estiment pourtant les ressemblances insuffisantes pour relier les crimes. Deux dossiers suivent ainsi des chemins séparés. Ce rapprochement écarté deviendra essentiel lorsque Sagno reconnaîtra les deux meurtres. Il concerne aussi une seconde famille, dont l’attente ne se résume pas à la seule réhabilitation de Machin. [2] [7]
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6. La même peine en première instance et en appel
En 2004, les assises des Hauts-de-Seine condamnent Marc Machin à dix-huit ans de réclusion. Le 30 novembre 2005, la cour d’assises des Yvelines confirme cette peine en appel. Le dossier a donc traversé deux audiences criminelles sans que ses faiblesses conduisent à l’acquittement. Pour obtenir leur remise en cause, la défense devra ensuite emprunter la voie exceptionnelle de la révision. [1] [6] [8]
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7. La démarche inattendue de David Sagno
Dans la nuit du 3 au 4 mars 2008, David Sagno se rend au commissariat de La Défense. Il dit être l’auteur des deux crimes du pont de Neuilly et vouloir soulager sa conscience. Ses déclarations bouleversent l’affaire, mais doivent encore être contrôlées. Un nouvel aveu ne peut remplacer mécaniquement le précédent. Les enquêteurs vérifient ses descriptions, les éléments qu’il pouvait connaître et leur compatibilité avec les constatations conservées depuis les faits. [7] [9]
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8. Des paroles confrontées à des traces
Les nouvelles expertises identifient l’ADN de Sagno sur les vêtements de Marie-Agnès Bedot et sous un de ses ongles. Son récit comporte aussi des précisions sur le contenu du sac disparu, ensuite vérifiées auprès des proches. Cette convergence donne aux déclarations une valeur différente de celles de Machin. Des éléments extérieurs permettent désormais de tester son récit. [1] [9]
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9. Annuler la condamnation, puis rejuger
L’exécution de la condamnation est suspendue en 2008. Le 13 avril 2010, la Cour de révision annule l’arrêt de 2005 en raison de faits nouveaux de nature à faire naître un doute sur la culpabilité. Elle renvoie toutefois l’affaire devant les assises de Paris pour de nouveaux débats. L’annulation ne vaut donc pas encore acquittement. [1] [10]
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10. La condamnation du véritable auteur
Le 23 février 2012, les assises des Hauts-de-Seine condamnent David Sagno à trente ans de réclusion, avec vingt ans de sûreté, pour les deux crimes. Le procès examine aussi la première enquête et les conditions dans lesquelles Machin avait avoué. Celui-ci attend encore son propre jugement après révision. Deux procédures sont nécessaires : établir la responsabilité de Sagno et mettre un terme à l’accusation qui demeure formellement soumise à la cour chargée de rejuger Machin. [4] [11]
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11. Quatre jours pour reconnaître l’erreur
Du 17 au 20 décembre 2012, Marc Machin comparaît à Paris. Sagno vient à la barre et réaffirme sa responsabilité. L’enquêteur principal et le juge d’instruction initial ne témoignent pas, pour des raisons médicales rapportées à l’audience. Le ministère public demande l’acquittement, prononcé le 20 décembre. Les débats portent aussi sur la manière dont l’erreur a résisté aux contestations. Pour les proches de la victime comme pour Machin, le verdict termine enfin cette accusation. [3] [5] [8]
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12. Réparer les années de détention injustifiée
Le 4 juillet 2014, la cour d’appel de Paris accorde à Marc Machin 663 320 euros : 600 000 pour le préjudice moral et 63 320 pour le préjudice matériel. Le calcul concerne 2 126 jours de détention injustifiée. Ce chiffre précis se distingue des durées arrondies souvent reprises dans les récits. La réparation ne restitue pas les années perdues. Elle reconnaît leur coût humain et matériel, dans une procédure distincte de celle qui avait établi son innocence pour ce meurtre. [12]
Ce qui est établi, ce qui reste incertain
Documenté
Machin a été condamné deux fois pour le meurtre de Marie-Agnès Bedot, puis acquitté après révision. Sagno a reconnu les deux crimes du pont ; ses déclarations ont été corroborées et il a été condamné en 2012.
Incertain ou non établi
Les explications personnelles données sur les faux aveux ne permettent pas de reconstituer chaque échange de garde à vue. Le récit de l’erreur doit distinguer déclarations des protagonistes, critiques à l’audience et constatations de l’arrêt de révision.
Les dates clés
- 1er décembre 2001 — Meurtre de Marie-Agnès Bedot.
- 22 mai 2002 — Meurtre de Maria-Judite Araujo.
- 2004 et 2005 — Deux condamnations de Machin à dix-huit ans.
- Mars 2008 — Sagno se dénonce.
- 13 avril 2010 — Annulation et renvoi à Paris.
- 23 février 2012 — Sagno condamné à trente ans.
- 20 décembre 2012 — Acquittement de Machin.
- 4 juillet 2014 — Indemnisation pour 2 126 jours injustifiés.
Les lieux de l’affaire
Le pont de Neuilly relie les deux crimes. Le commissariat de La Défense reçoit les aveux de Sagno. Nanterre, Versailles et Paris correspondent ensuite à des étapes judiciaires différentes. La photographie du pont date de 2020.
Ce qui rend cette affaire singulière
Le dossier oppose deux usages de l’aveu : une déclaration rétractée sans preuve matérielle d’appui, puis un récit confronté à l’ADN et à des détails vérifiables. L’erreur n’est pas corrigée par le seul changement de suspect, mais par une procédure qui revient sur une condamnation définitive.
Sources et méthode
L’arrêt de 2010 fixe les motifs de la révision ; les comptes rendus de 2012 documentent les procès et les paroles rapportées. La dépêche du 17 décembre comporte une coquille sur l’année de rétractation : elle n’est pas reprise. Les variantes d’orthographe du prénom de Maria-Judite Araujo sont harmonisées. Les autres affaires concernant Machin ne modifient pas son acquittement dans celle-ci.
- Cour de cassation, arrêt de révision du 13 avril 2010, n° 09-84.531
- Le Monde, les deux crimes du pont de Neuilly, 4 avril 2008
- Le Parisien, compte rendu de l’acquittement, 21 décembre 2012
- Le Parisien, examen des interrogatoires au procès Sagno, 22 février 2012
- AFP / La Dépêche, déclarations de Machin à l’audience, 17 décembre 2012
- Le Monde, retour sur l’erreur judiciaire, 17 décembre 2012
- Le Parisien, ouverture du procès de Sagno, 20 février 2012
- Le Monde, acquittement après révision, 20 décembre 2012
- Le Monde, les aveux de Sagno et leurs vérifications, 19 décembre 2012
- Lexbase, portée de l’annulation avec renvoi du 13 avril 2010
- L’Est Républicain, verdict concernant David Sagno, 23 février 2012
- Le Parisien, indemnisation accordée à Marc Machin, 4 juillet 2014