
L’ENVERS DE L’AFFAIRE · DOSSIER DOCUMENTAIRE
Luc Tangorre, condamnations et controverses
CRIMES IMPOSSIBLESMarseille · Aix-en-Provence · Nîmes · Lyon
1979–2020
Condamnations en 1983, 1992 et 2019 · relaxe distincte en juillet 2020
Marseille, avril 1981. Luc Tangorre est arrêté dans une enquête sur des viols et agressions sexuelles commis depuis 1979. Sa condamnation de 1983 suscite une mobilisation publique qui dénonce une possible erreur judiciaire. Une grâce partielle puis une libération conditionnelle interviennent, sans annuler le jugement. En 1992, une seconde condamnation porte sur le viol de deux étudiantes américaines en 1988. D’autres procédures suivent bien plus tard : condamnation en 2019, puis relaxe en 2020 dans une affaire différente. Comprendre ce dossier impose de séparer ces faits, les décisions et les prises de position publiques.
L’affaire en 30 secondes
- Les condamnations
- Quinze ans de réclusion en 1983, dix-huit ans en 1992 et trois ans et demi de prison en 2019.
- La controverse
- Le comité de soutien conteste le premier procès ; la grâce présidentielle ne vaut pas annulation.
- La distinction essentielle
- La relaxe prononcée à Lyon en 2020 concerne une autre procédure et n’efface pas les condamnations précédentes.
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1. Les agressions et l’arrestation de 1981
Entre 1979 et 1981, plusieurs femmes portent plainte après des agressions dans les quartiers sud de Marseille. Tangorre est arrêté le 12 avril 1981. L’enquête repose notamment sur les reconnaissances et les déclarations recueillies. Il nie les faits. Les conditions d’identification et la solidité des charges deviennent des sujets majeurs de contestation. [1] [2]
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2. Le verdict du 24 mai 1983
La cour d’assises des Bouches-du-Rhône condamne Tangorre à quinze ans de réclusion pour des viols et des attentats à la pudeur, qualification alors utilisée par le droit pénal. La décision européenne qui retrace ensuite la procédure confirme cette date et cette peine. Aucune décision d’acquittement ou de révision annulant cette condamnation n’est établie dans les références consultées. [1]
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3. Une importante mobilisation en sa faveur
L’historien Pierre Vidal-Naquet s’engage pour Tangorre, avec d’autres personnalités du monde intellectuel. Des écrivains, dont Marguerite Duras, soutiennent la demande de réexamen. Articles, pétitions et comité de soutien font de l’affaire un débat national sur la preuve et le risque d’erreur judiciaire. [2] [3]
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4. La grâce partielle et la sortie de 1988
Un pourvoi dans l’intérêt de la loi est rejeté en octobre 1986. Le 21 juillet 1987, François Mitterrand accorde une grâce partielle qui réduit la peine de quatre ans. Tangorre obtient ensuite une libération conditionnelle le 15 février 1988. La grâce agit sur l’exécution de la peine ; elle n’efface pas la déclaration de culpabilité. [1] [4] [5]
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5. Deux étudiantes agressées en mai 1988
Le 23 mai 1988, deux étudiantes américaines sont victimes de viols dans la région de Nîmes. Les investigations conduisent à Tangorre, arrêté le 24 octobre à Lyon puis placé en détention. Il conteste cette nouvelle accusation. Les faits sont postérieurs à sa libération conditionnelle et donnent lieu à une procédure séparée. [1] [4]
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6. Dix-huit ans de réclusion en 1992
Le 8 février 1992, la cour d’assises du Gard condamne Tangorre à dix-huit ans de réclusion pour les viols des deux étudiantes. La Cour de cassation rejette son pourvoi le 30 septembre suivant. Cette seconde condamnation porte sur les faits de 1988. La décision de cassation laisse subsister le jugement sans organiser un nouveau procès complet. [1] [6]
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7. Pierre Vidal-Naquet revient sur son engagement
Dans une tribune publiée le 15 février 1992, Vidal-Naquet reconnaît une erreur dans son soutien et présente des excuses aux victimes. Il accepte la conclusion du second procès tout en conservant des critiques sur certains aspects du fonctionnement judiciaire. Ce retour public est un élément de l’histoire médiatique du dossier. [5]
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8. La portée limitée de la procédure européenne
Tangorre saisit la Commission européenne des droits de l’homme, institution distincte de la Cour dans le système de l’époque. La requête numéro 21798/93 fait l’objet de décisions d’irrecevabilité. Le 28 juin 1995, la Commission écarte le grief restant relatif à sa correspondance en détention, notamment pour tardiveté. Il ne prononce ni acquittement, ni réhabilitation, ni nouvelle appréciation générale de toutes les preuves des procès français. [1]
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9. La libération de septembre 2000
Tangorre retrouve la liberté en septembre 2000, selon les rétrospectives de presse. Cette étape relève de l’exécution de la peine, et non d’une annulation de la condamnation de 1992. [3] [7]
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10. La condamnation correctionnelle de 2019
Le 12 septembre 2019, le tribunal correctionnel de Nîmes condamne Tangorre à trois ans et demi de prison ferme pour des agressions sexuelles sur trois mineures. Les faits examinés se situent entre 2012 et 2014 au Grau-du-Roi. Une interdiction de séjour dans le Gard pendant cinq ans accompagne la peine. Les personnes concernées ne sont pas identifiées dans cette fiche. [8] [9]
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11. Une décision que Tangorre ne conteste pas en appel
Le 25 septembre 2019, Objectif Gard rapporte que Tangorre ne fait pas appel du jugement correctionnel. La condamnation est alors présentée comme définitive. Le suivi ultérieur renseigne sur son état procédural. Il ne faut pas pour autant déduire du montant de la peine le lieu ou la durée exacte d’une détention plusieurs années après. [9]
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12. La relaxe de juillet 2020 dans une autre affaire
Le 16 juillet 2020, le tribunal correctionnel de Lyon relaxe Tangorre dans une procédure pour tentative de corruption de mineure concernant des faits allégués en 2017 à Saint-Martin-en-Haut. Le compte rendu publié le lendemain mentionne encore une possibilité d’appel du parquet. La relaxe concerne cette poursuite précise ; elle n’annule aucune des condamnations antérieures. [10]
Ce qui est établi, ce qui reste incertain
Documenté
Trois condamnations distinctes sont documentées : aux assises en 1983 et 1992, puis au correctionnel en 2019. La grâce de 1987 réduit la peine initiale sans supprimer le verdict. La procédure européenne consultée aboutit à l’irrecevabilité. En juillet 2020, une relaxe est prononcée à Lyon dans une quatrième affaire.
Incertain ou non établi
Le dossier intégral des enquêtes n’est pas disponible dans les sources utilisées. Les arguments publics sur le premier procès ne permettent pas d’affirmer une erreur judiciaire reconnue. Le compte rendu de la relaxe de 2020 ne suffit pas à documenter un éventuel recours ultérieur. Aucune situation actuelle de détention n’est déduite des seuls calendriers de peine.
Les dates clés
- 1979–1981 — Agressions à Marseille puis arrestation en avril 1981.
- 24 mai 1983 — Condamnation à quinze ans de réclusion.
- 21 juillet 1987 — Grâce présidentielle partielle de quatre ans.
- 15 février 1988 — Libération conditionnelle.
- 23 mai et 24 octobre 1988 — Viols près de Nîmes, puis arrestation de Tangorre.
- 8 février et 30 septembre 1992 — Dix-huit ans de réclusion, puis rejet du pourvoi.
- 28 juin 1995 — Décision de la Commission européenne sur le grief restant.
- Septembre 2000 — Remise en liberté rapportée par la presse.
- 12 septembre 2019 — Trois ans et demi de prison à Nîmes ; absence d’appel annoncée ensuite.
- 16 juillet 2020 — Relaxe à Lyon dans une procédure distincte.
Les lieux de l’affaire
Marseille est le lieu des premières agressions ; Aix-en-Provence accueille le procès devant les assises des Bouches-du-Rhône. Nîmes intervient pour les faits de 1988 puis pour le jugement de 2019 concernant le Grau-du-Roi. Lyon correspond à l’arrestation de 1988 et au procès de 2020. La photographie du Vieux-Port situe Marseille sans désigner un lieu précis d’agression.
Ce qui rend cette affaire singulière
L’affaire associe une campagne célèbre contre une possible erreur judiciaire et plusieurs procédures séparées. Sa difficulté documentaire tient moins à une absence de verdicts qu’au risque de leur attribuer la même portée. Une grâce, une libération conditionnelle, une décision européenne d’irrecevabilité et une relaxe ne produisent pas les mêmes effets. Les distinguer protège à la fois l’exactitude du récit et la place des personnes victimes dans chaque procédure.
Sources et méthode
La décision de la Commission européenne sert de source primaire pour les dates des condamnations anciennes et des recours. Les comptes rendus contemporains documentent les procédures de 2019 et 2020. Les tribunes de soutien ou de rétractation sont identifiées comme des prises de position. La dernière décision directement documentée ici est la relaxe du 16 juillet 2020 ; aucune issue ultérieure n’est inventée. Vérification documentaire : 28 septembre 2026.
- Commission européenne des droits de l’homme, 28 juin 1995 — Tangorre c. France, requête 21798/93, HUDOC
- Le Monde, Pierre Vidal-Naquet, 28 décembre 1983 — Tribune de soutien, à lire comme une position de défense
- Le Monde, 13 août 2014 — Rappel de la mobilisation et de la sortie de 2000
- Le Monde, 26 octobre 1988 — Nouvelle mise en examen et rappel de la grâce
- Le Monde, Pierre Vidal-Naquet, 15 février 1992 — Retour critique sur son engagement
- Le Monde, 11 février 1992 — Compte rendu de la condamnation de Nîmes
- Le Parisien, 11 septembre 2019 — Chronologie et retour devant la justice
- Le Parisien, 12 septembre 2019 — Condamnation correctionnelle à Nîmes
- Objectif Gard, 25 septembre 2019 — Absence d’appel de la condamnation
- Lyon Mag, 17 juillet 2020 — Relaxe prononcée la veille à Lyon