Rue pavée du corso Mazzini à Correggio, bordée de façades colorées à arcades et dominée par une horloge.
Le corso Mazzini à Correggio, en novembre 2012. Vue de contexte urbain, postérieure aux faits.Photo : Federico Aili / RadioVentasso (Wikipédia en italien) — CC BY 3.0 · Source · CC BY 3.0. Photographie redimensionnée et convertie en WebP, conservée en entier et sous la même licence.

L’ENVERS DE L’AFFAIRE · DOSSIER DOCUMENTAIRE

Leonarda Cianciulli, les meurtres de Correggio

CRIMES IMPOSSIBLES

Correggio · Reggio Emilia · Pozzuoli

Disparitions en 1939–1940 · enquête en 1941 · décisions en 1946–1948

Trente ans de réclusion en 1946 · peine confirmée en 1948 · décès en détention en 1970

Correggio, Émilie-Romagne, décembre 1939. Faustina Setti disparaît après avoir annoncé un départ. Deux autres femmes, Francesca Soavi et Virginia Cacioppo, disparaissent en 1940. L’enquête conduit à Leonarda Cianciulli, qui reconnaît les avoir tuées. En juillet 1946, elle est condamnée à trente ans de réclusion ; la cassation confirme sa peine en 1948. Son fils Giuseppe est acquitté. La culpabilité de Cianciulli est établie, mais ses explications et les récits sensationnels attachés à son nom demandent un examen séparé.

L’affaire en 30 secondes

Les faits
Trois femmes disparaissent à Correggio entre décembre 1939 et novembre 1940.
La justice
Cianciulli est condamnée ; son fils bénéficie d’un acquittement, précisé en cassation.
La question restante
Les mobiles invoqués et les récits macabres ne possèdent pas tous la même valeur de preuve.

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1. Une femme installée à Correggio

Née à Montella en 1894, Leonarda Cianciulli s’installe à Correggio en 1930 avec sa famille. Elle achète et revend des objets et acquiert aussi une réputation de cartomancienne. Ce contexte de relations ordinaires compte davantage que l’image ultérieure du monstre : les futures victimes la connaissent. Le domicile du corso Cavour devient le lieu central de l’enquête. [2]

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2. Faustina Setti et le départ annoncé

Le 18 décembre 1939, Ermelinda Faustina Setti disparaît. La notice historique la présente comme une femme qui rassemble ses économies et pense rejoindre un homme dans le sud de l’Italie. L’annonce d’une nouvelle vie donne d’abord une apparence volontaire à son absence. Le dossier permet de comprendre le piège sans inventer leur dernière conversation : un projet de départ peut retarder l’alerte lorsqu’il a été annoncé par la personne elle-même. [3]

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3. Francesca Soavi espère un emploi

Le 5 septembre 1940, Francesca Soavi disparaît à son tour. Cette ancienne enseignante pense obtenir un poste à Florence, selon le récit historique reproduit dans l’Atlante del crimine. Là encore, le changement annoncé explique l’absence aux yeux de l’entourage. Le rapprochement des disparitions repose ensuite sur les liens avec Cianciulli. La notice comporte une année contradictoire dans un champ ; son titre et son texte concordent sur 1940, date retenue ici. [4]

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4. Virginia Cacioppo, troisième disparition

Le 30 novembre 1940, Virginia Cacioppo, ancienne chanteuse, cesse elle aussi de donner des nouvelles. Elle évoque un emploi avantageux en Toscane et dispose d’argent ainsi que de titres. Ces biens intéressent l’enquête parce qu’ils permettent d’examiner un possible mobile matériel. Cacioppo complète la série de trois femmes identifiées ; ce nombre correspond au dossier judiciaire, et non à une estimation fondée sur les rumeurs entourant Cianciulli. [5]

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5. Les objets deviennent des pièces du dossier

Les archives photographiques conservent des images des lieux et de biens présentés comme provenant des victimes, notamment des bijoux de Cacioppo. Ce type de trace aide à distinguer un récit de départ d’une disparition criminelle. Le fonds consulté documente surtout la présentation publique des éléments en 1946, plusieurs années après les faits. [7]

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6. En 1941, l’enquête se resserre

Une perquisition intervient à la fin de janvier 1941. Les premiers indices décrits dans la notice biographique sont encore limités. Cianciulli est arrêtée le 1er mars, puis transférée à la prison de Reggio Emilia. Les enquêteurs réunissent progressivement des éléments plus solides au printemps. [2]

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7. Des aveux et deux explications concurrentes

À partir du 3 mars 1941, Cianciulli reconnaît progressivement les crimes. L’accusation met en avant l’appropriation des économies des victimes. Elle affirme, de son côté, avoir voulu protéger ses enfants par des sacrifices. Le dossier doit conserver l’origine de ces explications : l’une est une thèse de l’accusation, l’autre le récit de l’accusée. Un aveu de meurtre ne rend pas automatiquement exact tout ce qui l’accompagne. [1] [3] [4] [5]

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8. Un procès suivi par les journaux et le cinéma

Le procès se déroule à Reggio Emilia en juin et juillet 1946. Les photographes et les actualités filmées donnent à l’affaire une visibilité nationale. L’Istituto Luce conserve une séquence consacrée à l’habitation, aux objets et aux audiences. Le surnom de saponificatrice finit par occuper plus de place que les noms des victimes et favorise la répétition de récits difficiles à contrôler. [7] [8]

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9. La responsabilité pénale discutée

L’expertise du professeur Filippo Saporito intervient dans le débat sur l’état mental de Cianciulli. La cour retient une altération partielle de ses facultés, selon les catégories juridiques italiennes de l’époque. Cette conclusion ne correspond pas à une absence totale de responsabilité : une peine de réclusion est prononcée. L’enjeu du procès est de déterminer les conséquences pénales de l’expertise, non de confirmer les explications surnaturelles de l’accusée. [1] [6]

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10. La décision du 20 juillet 1946

Le 20 juillet, la cour condamne Cianciulli à trente ans de réclusion et ordonne un internement en établissement de soins pour une durée minimale de trois ans. Giuseppe Pansardi, son fils également poursuivi, est acquitté pour insuffisance de preuves. La condamnation de sa mère ne prouve pas sa participation ; le lien familial et sa présence au procès ne permettent pas de le présenter comme un complice reconnu coupable. [6]

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11. La cassation distingue encore les deux sorts

En mai 1948, la Cour de cassation confirme la peine de Cianciulli. Elle acquitte Giuseppe avec une formule affirmant qu’il n’a pas commis les faits, selon la notice consacrée au procès. La nuance corrige les récits qui s’arrêtent au seul verdict de 1946. Cianciulli meurt le 15 octobre 1970 à Pozzuoli, en détention. [1] [6]

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12. Ce que les archives permettent de raconter

Le fonds de la Gazzetta del Popolo rassemble vingt-trois photographies : lieux, objets, accusés et audiences. Les notices indiquent les dates, la conservation et parfois l’absence d’auteur identifié. Cette provenance est utile pour ne pas confondre une image du procès avec une image des faits. Les détails les plus spectaculaires circulant sur le traitement des corps ne sont pas nécessaires pour comprendre la preuve ni le jugement. [7] [8]

Ce qui est établi, ce qui reste incertain

Établi

Trois victimes sont identifiées : Faustina Setti, Francesca Soavi et Virginia Cacioppo. Cianciulli est condamnée en 1946 et sa peine est confirmée en 1948. Giuseppe est acquitté. Les archives conservent des traces matérielles du procès et de sa couverture médiatique, sans constituer à elles seules l’intégralité du dossier pénal. [3] [4] [5] [6] [7]

Incertain ou non établi

Le poids respectif du gain matériel et des croyances invoquées ne se réduit pas à une phrase. Les descriptions sensationnelles ne doivent pas être toutes authentifiées par le seul surnom de Cianciulli. Les notices divergent sur certains détails de calendrier ; ces divergences sont signalées, sans remettre artificiellement en cause la condamnation pour trois meurtres. [1] [2] [6]

Les dates clés

  1. 18 décembre 1939 Disparition de Faustina Setti. [3]
  2. 5 septembre 1940 Disparition de Francesca Soavi. [4]
  3. 30 novembre 1940 Disparition de Virginia Cacioppo. [5]
  4. Mars 1941 Arrestation et premiers aveux. [1] [2]
  5. 20 juillet 1946 Condamnation de Cianciulli ; acquittement de Giuseppe. [6]
  6. Mai 1948 Décision de cassation. [6]
  7. 15 octobre 1970 Mort de Cianciulli à Pozzuoli. [2]

Les lieux de l’affaire

Correggio est la ville des trois disparitions et du domicile examiné par les enquêteurs. Reggio Emilia accueille la détention puis le procès d’assises. Pozzuoli est le lieu du décès. La photographie du corso Mazzini sert de repère urbain : elle ne montre ni le corso Cavour ni une scène conservée des crimes. [2] [3] [4] [5] [6]

Ce qui rend cette affaire singulière

L’affaire associe des départs annoncés, des biens disparus et une accusée qui propose sa propre justification. Sa notoriété repose ensuite sur un surnom et sur les images du procès. Revenir aux victimes et aux deux décisions concernant Giuseppe permet de lire une histoire judiciaire plus précise que la légende répétée autour de sa mère. [3] [4] [5] [6] [7] [8]

Sources et méthode

Les notices de l’Atlante del crimine, projet universitaire, sont recoupées avec le catalogue de l’Istituto Luce et les descriptions du fonds photographique de Turin. Il ne s’agit pas d’une consultation intégrale des actes judiciaires. L’ouverture du procès est donnée au 12 ou au 16 juin selon les notices : nous retenons juin 1946. Pour Soavi, le titre et le texte donnent 1940 malgré un champ indiquant 1939. La notice du procès est privilégiée pour la mesure de soins et la cassation. Aucune décision ultérieure modifiant ces conclusions n’a été repérée dans les sources consultées. Vérification documentaire : 30 septembre 2026.

  1. Atlante del crimine — dossier Leonarda Cianciulli
  2. Atlante del crimine — notice biographique et enquête de 1941
  3. Atlante del crimine — Faustina Setti, 18 décembre 1939
  4. Atlante del crimine — Francesca Soavi, 5 septembre 1940
  5. Atlante del crimine — Virginia Cacioppo, 30 novembre 1940
  6. Atlante del crimine — procès de 1946 et cassation de 1948
  7. Archives photographiques Gazzetta del Popolo — inventaire du fonds Cianciulli
  8. Istituto Luce — notice des actualités La Settimana Incom 00017