
L’ENVERS DE L’AFFAIRE · DOSSIER DOCUMENTAIRE
Lee Choon-jae, les meurtres de Hwaseong
CRIMES IMPOSSIBLESHwaseong · Suwon · Busan · Corée du Sud
1986–1991 · identification en 2019 · révision et réparations depuis 2020
Crimes attribués à Lee par la police, mais prescrits ; Yoon Seong-yeo acquitté en révision en 2020
À Hwaseong, au sud de Séoul, en septembre 1986, commence une série de meurtres de femmes et de jeunes filles qui se poursuit jusqu’en 1991. En 2019, l’ADN conduit à Lee Choon-jae, déjà emprisonné pour un autre meurtre. La police lui attribue les dix crimes de la série et quatre autres en 2020, mais leur prescription empêche de nouvelles poursuites. Yoon Seong-yeo, condamné à tort pour l’un d’eux, est acquitté. La question porte désormais aussi sur les erreurs de l’enquête et sur la réparation due à ceux qu’elle a injustement désignés.
L’affaire en 30 secondes
- Les faits
- Dix meurtres sont regroupés dans la série de Hwaseong, commis entre 1986 et 1991.
- L’enquête et la justice
- Lee est identifié tardivement ; les crimes sont prescrits. Yoon, emprisonné à tort, est acquitté en 2020.
- La question restante
- La responsabilité des enquêteurs et la réparation des injustices prolongent l’affaire.
01 / 12
1. Des meurtres dans les villages de Hwaseong
Entre septembre 1986 et avril 1991, dix femmes et jeunes filles sont tuées dans le secteur de Hwaseong. Les recherches concernent des villages et leurs abords, au sud de Séoul. Cette série ne se réduit pas à une seule scène. Le regroupement de dossiers doit tenir compte des dates, des lieux et des traces propres à chaque victime, sans supposer que tous les crimes ont un déroulement identique. [11] [3]
02 / 12
2. Une mobilisation considérable, sans identification
Les enquêteurs multiplient les recherches et les interrogatoires. Les bilans évoquent plus de deux millions de mobilisations de policiers cumulées, et non deux millions d’agents distincts. L’affaire inspire en 2003 le film Memories of Murder de Bong Joon-ho. Cette fiction traduit l’échec de l’enquête, mais ses personnages et ses scènes ne peuvent servir de sources pour établir les faits réels. [1] [3]
03 / 12
3. Yoon condamné pour le huitième crime
Le meurtre d’une adolescente en septembre 1988 conduit à l’arrestation de Yoon Seong-yeo l’année suivante. Condamné à perpétuité, il soutient avoir été contraint à de faux aveux. Ses recours échouent. Ce dossier est alors traité comme l’œuvre d’un imitateur, à part des autres homicides. Yoon passe vingt ans en prison avant sa libération conditionnelle en 2009 ; son innocence sera reconnue en 2020. [7]
04 / 12
4. Une condamnation distincte en 1994
Lee Choon-jae, également transcrit Lee Chun-jae, purge déjà une peine de réclusion à perpétuité pour le viol et le meurtre de la sœur de son épouse en 1994. C’est cette condamnation qui explique sa détention lorsque son nom apparaît dans le dossier de Hwaseong. Elle est juridiquement distincte des crimes plus anciens. [4] [6]
05 / 12
5. Le tournant génétique de septembre 2019
Des pièces conservées sont adressées au service national de police scientifique. Le 18 septembre, la police annonce une concordance génétique avec un détenu ; les précisions du lendemain concernent plusieurs dossiers. Les progrès de l’analyse permettent de reprendre des prélèvements anciens. Cette identification n’est pas immédiatement la résolution de toutes les affaires : les enquêteurs doivent encore vérifier les autres rapprochements. [1] [3]
06 / 12
6. Des aveux plus larges que les premières traces
Au début d’octobre 2019, la police rapporte les aveux de Lee pour la série et d’autres crimes. Les premiers articles distinguent encore neuf meurtres et celui attribué à un imitateur. Les déclarations s’élargissent au cours des interrogatoires. Leur nombre ne peut être confondu avec celui des faits ensuite corroborés : une confession, même détaillée, demande un contrôle dossier par dossier. [4] [5]
07 / 12
7. Le huitième meurtre change d’auteur dans l’enquête
En novembre 2019, les policiers indiquent que la description donnée par Lee correspond de manière précise aux circonstances du crime de 1988. Ils concluent provisoirement à sa responsabilité. Yoon demande alors un nouveau procès à Suwon. Le réexamen ne concerne plus seulement un meurtrier resté inconnu : il remet en cause une condamnation maintenue pendant des décennies et la fiabilité des aveux initiaux. [5]
08 / 12
8. Le bilan policier de juillet 2020
Le 2 juillet 2020, la police clôt sa réinvestigation. Elle attribue à Lee les dix meurtres de Hwaseong et quatre autres homicides commis entre 1987 et 1991. Elle distingue aussi les nombreuses agressions qu’il reconnaît des faits qu’elle estime étayés. Le responsable de la police présente des excuses aux victimes des excès de l’enquête initiale. Ce bilan est une conclusion policière, pas quatorze nouvelles condamnations. [2]
09 / 12
9. La prescription empêche de nouvelles poursuites
Les délais applicables aux anciens meurtres ont expiré avant l’identification de Lee. La suppression de la prescription du meurtre en 2015 ne rouvre pas ces dossiers déjà prescrits, expliquent les comptes rendus de l’enquête. La police peut établir des rapprochements et recueillir des aveux sans pouvoir engager un nouveau procès contre lui pour ces faits. Sa peine pour le crime de 1994 demeure un dossier distinct. [2] [3]
10 / 12
10. Lee témoigne au procès en révision
Le 2 novembre 2020, Lee comparaît comme témoin devant le tribunal de Suwon. Il reconnaît les quatorze meurtres évoqués par l’enquête, dont celui imputé à Yoon, et lui présente des excuses. Il ne comparaît pas en qualité d’accusé pour une nouvelle série d’homicides. Cette position procédurale explique la scène : l’homme qui reconnaît les faits témoigne dans le procès de celui qui les avait niés. [6]
11 / 12
11. L’acquittement du 17 décembre 2020
Le tribunal de Suwon annule la condamnation de Yoon et le déclare non coupable. Il présente des excuses au nom de la justice pour les dommages causés par une décision fondée sur les fautes des services d’enquête. L’issue est différente d’une simple libération conditionnelle : Yoon avait quitté la prison en 2009, mais demeurait condamné. La révision efface cette condamnation pour le crime de 1988. [7]
12 / 12
12. La réparation se poursuit au-delà du procès
Une indemnisation de détention d’environ 2,5 milliards de wons est rapportée en 2021. Une procédure distincte aboutit en 2022 à des dommages pour Yoon et sa famille, auxquels l’État renonce à faire appel. En mai 2026, la famille de Hong Seong-rok, autre homme injustement mis en cause, obtient à son tour une réparation partielle en première instance et annonce un appel. Les conséquences des erreurs d’enquête restent donc actuelles. [8] [9] [10] [12]
Ce qui est établi, ce qui reste incertain
Ce qui est établi
Ce qui reste incertain
- Les aveux les plus larges de Lee ne sont pas tous corroborés par des éléments publiés. [2]
- Le dossier public ne restitue pas toutes les décisions et vérifications manquées lors de l’enquête initiale. [3] [5]
- Les réparations ne sont pas toutes définitivement fixées ; la famille de Hong annonce un appel en mai 2026. [12]
Les dates clés
Dix meurtres composent la série de Hwaseong. [11]
Yoon est condamné puis détenu avant sa libération conditionnelle. [7]
Les premières concordances ADN conduisent à Lee. [1]
La police publie son bilan et présente des excuses. [2]
Décisions d’indemnisation et de réparation concernant Yoon. [8] [9]
Réparation partielle accordée à la famille de Hong en première instance. [12]
Les lieux de l’affaire
Ce qui rend cette affaire singulière
Hwaseong réunit deux corrections tardives : l’identification de l’auteur par le réexamen des pièces et la reconnaissance de l’innocence d’un condamné. La prescription empêche un nouveau jugement de Lee, tandis que la révision rend possible celui de Yoon. Ces procédures produisent des effets différents. Retrouver un nom ne suffit pas à rendre les années perdues ni à clore les demandes de justice des familles. [1] [6] [7] [9]
Sources et méthode
Les dépêches de Yonhap sont lues dans leur ordre de publication : les premières distinguent neuf crimes et un supposé imitateur, alors que le bilan de 2020 retient les dix. Les aveux, les conclusions policières et les décisions judiciaires sont séparés. Les réparations sont suivies dans la presse coréenne ; les montants de procédures différentes ne sont pas additionnés. Les décisions intégrales et rapports scientifiques n’ont pas été consultés. Le développement récent retenu est la décision de première instance concernant Hong, rapportée en mai 2026 ; l’issue de l’appel annoncé n’a pas été retrouvée. Vérification documentaire : 3 octobre 2026.
- Yonhap, Police identify suspect in serial murder case from 1980s, 18 septembre 2019
- Yonhap, Police wrap up reinvestigation into nation’s worst serial murder case, 2 juillet 2020
- Yonhap, DNA analysis technology leads to finding suspect, 19 septembre 2019
- Yonhap, Suspect in Hwaseong serial murder case confesses to killings, 1er octobre 2019
- Yonhap, Police: Lee Chun-jae is behind eighth Hwaseong murder, 15 novembre 2019
- Yonhap, témoignage de Lee au procès en révision, 2 novembre 2020
- Yonhap, Man jailed for 20 years on wrongful murder conviction acquitted in retrial, 17 décembre 2020
- The Asia Business Daily, indemnisation de détention de Yoon Seong-yeo, 10 mars 2021
- The Asia Business Daily, renoncement de l’État à faire appel des dommages accordés à Yoon, 1er décembre 2022
- ChosunBiz, réparation accordée à la famille de Hong Seong-rok, 15 mai 2026
- Dong-A Ilbo, identification d’un suspect par comparaison ADN et dates de la série, 18 septembre 2019
- The Asia Business Daily, réparation partielle pour les enfants de Hong et appel annoncé, 15 mai 2026