
L’ENVERS DE L’AFFAIRE · DOSSIER DOCUMENTAIRE
Landru : les disparitions de Gambais et le procès
CRIMES IMPOSSIBLESFrance · Paris · Vernouillet · Gambais · Versailles
Disparitions : 1915–1919 · Procès : novembre 1921
Condamné à mort en 1921 ; exécuté le 25 février 1922
Gambais, 1919. Des familles cherchent des femmes parties avec un homme qui promettait le mariage. Les noms changent, mais les descriptions se ressemblent. Derrière plusieurs identités, la police retrouve Henri Désiré Landru, déjà poursuivi pour escroquerie. L’enquête rapproche des lettres, des dépenses, des trajets et des objets appartenant aux disparues. Aucun corps complet identifiable ne vient donner une réponse simple aux proches. À Versailles, en 1921, onze morts sont pourtant au cœur du procès. Pour comprendre cette affaire, il faut laisser de côté les bons mots attribués à l’accusé et suivre la construction du dossier : ce que les familles signalent, ce que les enquêteurs saisissent et ce que le jury retient.
L’affaire en 30 secondes
- Les victimes
- Dix femmes et André Cuchet, le fils de Jeanne Cuchet, dans le dossier jugé.
- Le cœur de l’enquête
- Relier les disparitions, les identités d’emprunt et les traces financières.
- Le verdict
- Condamnation à mort le 30 novembre 1921, après un procès à Versailles.
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1. Une promesse imprimée dans les journaux
Pendant la Première Guerre mondiale, les annonces matrimoniales offrent à Landru un moyen de rencontrer des femmes. Il se présente sous différents noms, avec une situation avantageuse et le désir de se remarier. Cette façade rassurante masque un homme déjà condamné pour des escroqueries. La promesse porte sur une existence commune ; l’intérêt réel du prétendant se dirige vers les économies, les meubles et les possibilités de disposer des biens de ses correspondantes. [1]
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2. Des noms différents, une même personne
Frémyet, Dupont ou Guillet : les identités d’emprunt séparent les relations et brouillent les recherches. Pour les policiers, identifier Landru ne suffit donc pas. Il faut rattacher chaque pseudonyme à des rencontres, à une adresse et à des documents. [3]
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3. Vernouillet avant Gambais
La villa de Gambais concentre la mémoire de l’affaire, mais une partie des disparitions se rattache auparavant à Vernouillet. Les deux communes se trouvent alors en Seine-et-Oise. Landru y loue des maisons ; il n’est pas le propriétaire d’un vaste domaine. L’enquête devra reconstituer les déplacements entre Paris et ces résidences, puis déterminer ce qui advient après la dernière rencontre attestée. [4]
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4. Onze personnes derrière un nom célèbre
Le dossier porte sur dix femmes et sur André Cuchet, disparu avec sa mère Jeanne. Parmi les autres victimes figurent notamment Anna Collomb, Célestine Buisson, Andrée Babelay et Marie-Thérèse Marchadier. Rappeler leurs noms change la lecture de l’affaire : il s’agit de vies interrompues, de proches sans réponse et de patrimoines dispersés, bien avant de devenir le procès d’un personnage fameux. [3] [4]
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5. Les familles rapprochent les absences
La recherche d’Anna Collomb et celle de Célestine Buisson font apparaître des ressemblances. Des courriers parviennent au maire de Gambais, qui met les proches en relation. Ce rapprochement est décisif : deux inquiétudes jusque-là séparées peuvent désormais être comparées. Le travail commence ainsi par l’obstination de personnes qui refusent de considérer le silence d’une proche comme une explication. [1]
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6. Paris, le 12 avril 1919
Une reconnaissance à Paris et les renseignements obtenus auprès d’un commerçant permettent de retrouver l’homme recherché. Landru est arrêté le 12 avril 1919, rue de Rochechouart, où il vit avec Fernande Segret. L’arrestation ne résout pourtant pas les disparitions : elle rend possibles les interrogatoires et les saisies nécessaires pour examiner son activité durant plusieurs années. [4]
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7. Le carnet devient une pièce à charge
Les écrits conservés par Landru renseignent ses rendez-vous, ses achats et ses dépenses. Un carnet ne décrit pas nécessairement un crime ; son intérêt apparaît lorsqu’une date ou un achat recoupe un témoignage indépendant. C’est l’assemblage des éléments, davantage que l’existence d’un cahier secret, qui donne sa force à l’accusation. [1]
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8. Les trajets et les biens laissés derrière soi
Les billets de chemin de fer, notamment la différence entre aller simple et aller-retour, entrent dans les débats. Les recherches portent aussi sur les vêtements, les meubles et les papiers des femmes disparues. Des biens se retrouvent dans l’environnement de Landru alors que leurs propriétaires restent introuvables. La question financière rejoint la question chronologique : qui disposait de ces objets, à partir de quand et en vertu de quelle autorisation ? [3]
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9. Ce que les perquisitions établissent
Les recherches dans les résidences livrent des objets et des fragments osseux examinés comme restes humains. Il serait néanmoins trompeur de prétendre que l’enquête retrouve onze corps identifiés ou qu’elle observe chaque meurtre. Elle travaille sur des vestiges, des absences durables et des correspondances entre pièces. L’expression souvent employée de procès sans cadavres ne signifie donc pas absence de toute constatation matérielle. [1] [3]
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10. Versailles transforme l’enquête en débat public
Le procès s’ouvre le 7 novembre 1921 devant la cour d’assises de Seine-et-Oise. Landru est défendu par Vincent de Moro-Giafferi. Les photographies et les coupures de presse réunies par l’avocat général Raoul Robert Godefroy, aujourd’hui conservées dans la collection Zoummeroff, montrent la place occupée par l’audience. [2]
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11. Un aveu ne vient pas clore le dossier
La défense insiste sur l’absence de corps identifiés et conteste le passage des escroqueries à la certitude des assassinats. Landru nie les meurtres. Les débats opposent donc deux lectures des mêmes traces : une série de fraudes selon la défense, un ensemble de disparitions criminelles organisées selon l’accusation. Les bons mots attribués à Landru renseignent sa postérité, sans constituer des preuves. [2] [4]
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12. La condamnation et la mémoire du procès
Le 30 novembre 1921, Landru est condamné à mort. Il est exécuté à Versailles le 25 février 1922. Cette issue ne fournit pas aux familles un récit détaillé de chaque mort. Un siècle plus tard, l’ouverture des archives permet de retrouver les pièces derrière le personnage, ses surnoms et les adaptations de fiction. Lire ces documents oblige à distinguer le verdict, les observations de l’enquête et les anecdotes ajoutées au fil des décennies. [5] [6]
Ce qui est établi, ce qui reste incertain
Documenté
Landru utilise des identités d’emprunt et entretient des relations avec plusieurs femmes ensuite portées disparues. Son dossier comprend onze victimes. L’accusation s’appuie notamment sur des écrits, des objets, des déplacements et des constatations dans les maisons. Le procès de 1921 se termine par une condamnation à mort, exécutée en février 1922.
Incertain ou non établi
Les circonstances exactes de chaque mise à mort ne sont pas entièrement reconstituées. Les centaines de correspondantes répertoriées ne constituent pas autant de victimes d’homicide. Les dialogues célèbres et les confidences rapportées après coup demandent une vérification distincte ; ils ne remplacent ni les pièces ni les conclusions judiciaires.
Les dates clés
- 1914 — Landru fuit une nouvelle condamnation pour escroquerie.
- 1915–1919 — Disparitions rattachées aux résidences de Vernouillet puis de Gambais.
- 1918–1919 — Les démarches des proches permettent de rapprocher plusieurs absences.
- 12 avril 1919 — Arrestation à Paris ; perquisitions et instruction.
- 7 novembre 1921 — Ouverture du procès à Versailles.
- 30 novembre 1921 — Condamnation à mort.
- 25 février 1922 — Exécution à Versailles.
Les lieux de l’affaire
Paris concentre les rencontres, les démarches commerciales et l’arrestation. Vernouillet puis Gambais sont les lieux des résidences louées. Versailles accueille le procès et l’exécution.
Ce qui rend cette affaire singulière
L’affaire montre comment une enquête peut progresser en reliant des traces ordinaires : courrier, billet de train, dépense, meuble ou adresse de livraison. Chacune paraît limitée lorsqu’elle est isolée. Leur confrontation permet de tester la cohérence d’un récit. La question essentielle n’est donc pas seulement ce qui manque, mais ce que les éléments conservés permettent réellement de démontrer ensemble.
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Sources et méthode
Synthèse documentaire originale. Le ministère de la Justice fournit les principaux repères ; les notices d’archives permettent de situer les documents conservés. Les synthèses bibliographiques servent au recoupement. Les pièces numérisées ne sont pas présentées comme ayant toutes été examinées. Aucun dialogue reconstitué ni détail de mise à mort n’est ajouté.
- Ministère de la Justice — Le procès de Landru
- Criminocorpus — Recueil de documents originaux du procès, collection Philippe Zoummeroff
- Wikipédia — Henri Désiré Landru : chronologie et références bibliographiques
- Wikipédia anglophone — Henri Désiré Landru : enquête et victimes
- Archives départementales des Yvelines — Le procès Landru
- Le Parisien — Les archives de l’affaire accessibles au public, 3 avril 2022