
L’ENVERS DE L’AFFAIRE · DOSSIER DOCUMENTAIRE
Juliano Verbard, secte, crimes et évasion
CRIMES IMPOSSIBLESSaint-Paul · Sainte-Suzanne · Le Tampon · Saint-Denis, La Réunion
Faits : années 2000 · principaux procès : 2006–2012 · confusion de peines : 2013
Condamnations multiples · total ramené à trente-deux ans en 2013
Saint-Denis de La Réunion, 27 avril 2009. Un hélicoptère détourné permet à Juliano Verbard et à deux autres détenus de quitter la prison de Domenjod. Le fondateur du groupe Cœur douloureux et immaculé de Marie est déjà condamné pour des crimes sexuels sur des enfants et poursuivi dans une affaire d’enlèvement. Repris le 6 mai, il fait ensuite l’objet de plusieurs procès. En 2013, une confusion partielle ramène à trente-deux ans le total de peines rapporté par la presse. Derrière l’évasion spectaculaire demeure une question : comment un petit cercle de fidèles participe-t-il à des crimes, même après l’incarcération de son chef ?
L’affaire en 30 secondes
- Le groupe
- Des fidèles suivent un homme qui prétend recevoir des messages de la Vierge ; plusieurs participent aux crimes.
- La justice
- Crimes sexuels, enlèvement et évasion donnent lieu à des procès distincts et à des peines successives.
- La question restante
- Comment l’autorité du chef et les décisions des adeptes se renforcent-elles mutuellement ?
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1. Une autorité fondée sur des apparitions
Au début des années 2000, Verbard rassemble des fidèles à La Réunion en affirmant que la Vierge lui apparaît. Il adopte le surnom de Petit Lys d’Amour. À Savanna, dans le secteur de Saint-Paul, des réunions attirent des curieux autour d’un noyau plus restreint. Les apparitions revendiquées justifient son autorité auprès des fidèles. [1] [2]
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2. Un cercle spirituel qui se referme
Le groupe prend le nom de Cœur douloureux et immaculé de Marie. Verbard invoque aussi les références d’un mouvement australien, l’Ordre de Saint-Charbel. Aux audiences, certains accusés décrivent des décisions prises au nom de messages religieux et des autorités qu’ils disent reconnaître. Ces déclarations expriment leur version du fonctionnement collectif. [1] [3]
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3. Les premières plaintes
En août 2003, une mère met Verbard en cause pour des violences sexuelles sur ses deux enfants. L’affaire conduit à une détention provisoire. Des tentatives d’évasion précèdent une remise en liberté sous contrôle judiciaire, puis une période où il se soustrait aux recherches avec l’aide de fidèles. En octobre 2006, il est condamné en son absence à quinze ans de prison. [1] [2]
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4. Un enfant enlevé à deux reprises
En juillet 2007, un autre garçon est enlevé, puis libéré. Le 3 août, il subit un second rapt. Des adeptes lui attribuent une place d’élu dans leurs croyances. Les recherches mobilisent policiers, gendarmes et population. Le 5 août, l’enfant est retrouvé au Tampon lors d’une intervention qui permet aussi l’arrestation de Verbard. L’enquête se poursuit sur les responsabilités. [4] [5]
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5. Le retour devant les assises
En février 2008, la cour d’assises de Saint-Denis juge de nouveau Verbard pour les crimes sexuels de la première affaire et le condamne à quinze ans. La procédure concernant le rapt de 2007 suit son propre cours. À Domenjod, il purge une peine tandis que d’autres dossiers restent à juger. D’autres victimes sont également entendues dans des dossiers distincts. [1] [6] [9]
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6. L’évasion du 27 avril 2009
Trois complices détournent un hélicoptère et contraignent son équipage à rejoindre la prison de Domenjod. Verbard, Fabrice Michel et Alexin Michel quittent l’établissement à bord de l’appareil. L’opération montre que l’incarcération ne coupe pas les liens avec l’extérieur. Les enquêteurs recherchent les fugitifs et leurs soutiens. Le pilote et le mécanicien sont des victimes de cette opération. [6] [7] [12]
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7. La fin de la cavale au Moufia
Le 6 mai 2009, les gendarmes interviennent dans un immeuble du Moufia, à Saint-Denis. Les trois évadés et plusieurs complices sont interpellés. Imaz Press rapporte que les investigations téléphoniques contribuent à leur localisation. Le retour en détention laisse à instruire le rôle de chacun dans l’évasion et les moyens mis à sa disposition. [8]
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8. Une nouvelle condamnation en 2010
Le 30 avril 2010, les assises condamnent Verbard à dix-huit ans de réclusion pour des viols aggravés sur mineur dans une autre affaire. Fabrice Michel reçoit dix ans. Les deux accusés refusent de comparaître dans le box ; les débats se tiennent à huis clos. La cour accorde alors à Verbard une confusion avec la précédente peine de quinze ans. Les deux peines ne s’additionnent donc pas. [9]
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9. Le procès de l’enlèvement en 2011
Le 20 avril 2011, après un procès à huis clos, Verbard est condamné à neuf ans pour l’enlèvement et la séquestration de l’enfant retrouvé en 2007. Fabrice Michel reçoit la même peine. Verbard se présente comme complice plutôt que comme instigateur. Les décisions distinguent les rôles des autres accusés et comportent un acquittement. Les responsabilités sont appréciées individuellement. [10] [3]
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10. Les audiences de l’évasion
Le procès de Domenjod s’ouvre le 21 mai 2012. Le pilote de l’hélicoptère raconte à la barre les menaces et le traumatisme qu’il conserve. Les débats exposent les violences subies pendant la fuite. Verbard déclare n’avoir jamais eu les apparitions qu’il revendiquait et présente des excuses à ses anciens adeptes. Cette déclaration d’audience ne suffit pas à mesurer, à elle seule, la rupture de tous les liens d’emprise. [11] [12]
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11. Treize ans pour l’évasion et ses violences
Le 1er juin 2012, la cour d’assises prononce treize ans contre Verbard dans le procès de l’évasion, de la séquestration et du détournement d’aéronef. Fabrice Michel reçoit également treize ans et Alexin Michel dix ans. Les autres décisions vont de condamnations avec sursis à de longues peines fermes ; un accusé est acquitté. Les sanctions distinguent les actes de chacun. [13] [14]
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12. Ce que change la confusion de peines
En septembre 2013, la chambre de l’instruction accorde une confusion partielle. Selon les comptes rendus, le total concernant Verbard passe de quarante-deux à trente-deux ans. Cette décision porte sur l’exécution de peines prononcées dans plusieurs affaires ; elle ne constitue pas un acquittement. Les chiffres ne permettent pas de calculer seuls une date certaine de sortie. Le dossier présenté ici s’arrête à cette dernière décision d’exécution retrouvée dans les sources consultées. [15] [16]
Ce qui est établi, ce qui reste incertain
Établi
Les condamnations concernent plusieurs affaires : crimes sexuels sur mineurs, enlèvement et séquestration, puis évasion avec détournement d’hélicoptère. L’arrestation du 6 mai 2009 et les verdicts de 2010, 2011 et 2012 sont documentés. Une confusion partielle intervient en 2013. [8] [9] [10] [13] [15]
Incertain ou contesté
Les déclarations de repentir ne mesurent pas toutes les conséquences psychologiques du groupe. Les sources accessibles ne livrent pas le dossier pénitentiaire actuel ni une date certaine de libération. Elles ne justifient pas d’attribuer à chaque ancien fidèle l’ensemble des crimes. [11] [14] [16]
Les dates clés
- 2002 Les réunions publiques autour des apparitions revendiquées attirent l’attention. [1]
- 2003–2006 Première plainte, détention, cavale et condamnation en l’absence de Verbard. [1] [2]
- 5 août 2007 Un enfant enlevé est libéré au Tampon ; Verbard est arrêté. [4] [5]
- Février 2008 Quinze ans de réclusion au nouveau procès de la première affaire. [6]
- 27 avril–6 mai 2009 Évasion de Domenjod, puis arrestation au Moufia. [7] [8]
- 30 avril 2010 Dix-huit ans pour une autre affaire de viols aggravés sur mineur. [9]
- 20 avril 2011 Neuf ans pour l’enlèvement et la séquestration. [10]
- 1er juin 2012 Treize ans dans le procès de l’évasion. [13]
- Septembre 2013 Confusion partielle : total rapporté de trente-deux ans. [15] [16]
Les lieux de l’affaire
- Saint-Paul — Secteur des rassemblements et de certains soutiens du groupe. [1] [2]
- Sainte-Suzanne — Commune du premier enlèvement de l’enfant en juillet 2007. [5]
- Le Tampon — Commune où l’enfant est retrouvé et Verbard arrêté en août 2007. [4]
- Saint-Denis — Ville des procès, de la prison de Domenjod et de l’arrestation au Moufia en 2009. La photo montre un repère du centre-ville. [8] [13]
Ce qui rend cette affaire singulière
Le dossier associe une autorité religieuse revendiquée à un réseau capable d’agir pendant l’incarcération de son chef. L’évasion rend visible cette continuité, tandis que les procès examinent aussi ceux qui organisent, exécutent ou facilitent les actes. Mais l’obéissance invoquée par les accusés n’efface ni les victimes ni les différences entre leurs responsabilités. La succession des procédures impose enfin de distinguer chaque verdict du calcul ultérieur des peines. [3] [12] [14] [15]
Sources et méthode
Les comptes rendus contemporains de la presse réunionnaise sont recoupés avec la presse nationale. La synthèse associative de l’UNADFI sert au contexte et demeure une source engagée dans la lutte contre les dérives sectaires. Les dates des rapts sont retenues d’après les articles contemporains, certaines rétrospectives les confondant. Les décisions de 2008, 2010, 2011, 2012 et 2013 sont séparées. Les déclarations religieuses restent attribuées ; les victimes mineures ne sont pas nommées. Les arrêts intégraux et le dossier d’exécution actuel n’ont pas été consultés. Vérification documentaire : 1er octobre 2026.
- UNADFI, synthèse du procès de 2011 et histoire du groupe, publication du 22 août 2014
- Le Parisien, origine du groupe et première cavale, 6 août 2007
- Zinfos974, déclarations de Verbard et des coaccusés aux assises, 13 avril 2011
- Imaz Press, libération de l’enfant et arrestation de Verbard, 6 août 2007
- Imaz Press, présentation au parquet et chronologie des deux rapts, 7 août 2007
- Le Monde, évasion et rappel de la condamnation de février 2008, 27 avril 2009
- Le Journal du Dimanche, évasion de Domenjod, 27 avril 2009
- Imaz Press, arrestation au Moufia, 6 mai 2009
- Imaz Press, verdict de dix-huit ans et première confusion de peines, 30 avril 2010
- Le Parisien, verdict du procès de l’enlèvement, 21 avril 2011
- Linfo, déclarations de Verbard à ses anciens adeptes, 22 mai 2012
- Imaz Press, témoignage du pilote aux assises, 25 mai 2012
- Imaz Press, verdict du procès de l’évasion, 1er juin 2012
- Zinfos974, détail des condamnations et de l’acquittement, 1er juin 2012
- Linfo, confusion partielle accordée par la chambre de l’instruction, 24 septembre 2013
- Zinfos974, conséquences de la confusion partielle, 24 septembre 2013