Place des Terreaux et façades du centre de Belley, dans l’Ain.
Place des Terreaux à Belley, dans l’Ain, 10 juillet 2013. Photographie de contexte géographique. Vue postérieure aux faits ; aucun emplacement précis de crime n’est représenté.Photo : Torsade de Pointes / Wikimedia Commons · Source · CC0 1.0 — domaine public. Photographie conservée en entier, redimensionnée et convertie en WebP ; même licence, sans ajout ni reconstitution.

L’ENVERS DE L’AFFAIRE · DOSSIER DOCUMENTAIRE

Joseph Vacher, le tueur itinérant

CRIMES IMPOSSIBLES

Sud-Est de la France · Champis · Bénonces · Belley · Lyon · Bourg-en-Bresse

Crimes reconnus de 1894 à 1897 · Procès et exécution en 1898

Condamné à mort pour l’assassinat de Victor Portalier le 28 octobre 1898 ; exécuté le 31 décembre.

Champis, Ardèche, 4 août 1897. Une agression entraîne l’arrestation de Joseph Vacher. Son signalement conduit le juge Émile Fourquet à le rapprocher de meurtres commis dans plusieurs départements. Vacher en reconnaît onze. Il est pourtant jugé pour un seul assassinat, celui de Victor Portalier, puis condamné à mort et exécuté en 1898. L’ampleur exacte de ses crimes et la controverse sur sa responsabilité mentale restent deux questions distinctes du verdict.

L’affaire en 30 secondes

Les faits
Une série de crimes dispersés et onze meurtres reconnus.
La justice
Un procès pour le seul assassinat de Victor Portalier.
La question restante
Le nombre total des crimes attribuables et les limites de l’expertise historique.

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1. 1895 : le crime de Bénonces reste sans réponse

Le 31 août 1895, Victor Portalier est tué à Bénonces, dans l’Ain. Les recherches font apparaître le passage d’un homme dont le visage et l’attitude frappent plusieurs habitants. Un signalement circule, mais l’instruction n’identifie pas immédiatement le suspect. Il explique aussi pourquoi l’enquête se concentre à Belley, puis pourquoi le procès se tient devant les assises de l’Ain. [1][2]

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2. Des crimes dispersés sur les routes

Entre 1894 et 1897, Vacher parcourt une vaste partie de la France, particulièrement le Sud-Est. Les crimes qu’il reconnaîtra concernent des personnes rencontrées dans les campagnes, parmi lesquelles Eugénie Delhomme, en Isère, et la veuve Morand, en Savoie. Les victimes ne forment pas un cercle de proches. Les distances et le caractère intermittent des passages compliquent les rapprochements. [1][3]

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3. Des enquêtes locales et de fausses accusations

Les magistrats travaillent d’abord sur des affaires séparées. Dans certaines communes, la rumeur désigne des habitants et détourne les recherches. Le cas d’Eugène Grenier, injustement mis en cause dans le dossier d’Étaules, illustre ces conséquences. Les archives racontent ainsi deux violences : celle des crimes et celle des accusations sans preuve suffisante. [1][3]

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4. Fourquet organise le rapprochement des dossiers

Nommé à Belley en 1897, le juge Émile Fourquet reprend l’affaire Portalier. Il compare lieux, dates, signalements et constatations sur plusieurs crimes, puis fait circuler une recherche auprès des parquets. Son travail repose sur des tableaux, des correspondances et des interrogatoires. [1][2]

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5. 4 août 1897 : l’arrestation à Champis

L’arrestation survient à Champis, en Ardèche, après une agression contre Marie Plantier. Son mari intervient et l’agresseur est remis aux gendarmes. Vacher est d’abord détenu dans le ressort de Tournon. Son signalement attire ensuite l’attention dans le cadre des recherches de Fourquet. [1][2][3]

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6. Octobre 1897 : onze meurtres reconnus

Transféré à Belley, Vacher nie d’abord les crimes qui lui sont opposés. Fourquet confronte ses déplacements aux témoignages. En octobre 1897, l’inculpé reconnaît plusieurs meurtres, puis en admet onze. Il accompagne ces aveux d’explications destinées à contester sa responsabilité. Le nombre des crimes avoués, celui des crimes supposés et celui des crimes finalement jugés doivent dès lors être tenus séparés. [1][2]

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7. Vérifier un itinéraire, pas seulement une confession

Les aveux orientent les recherches, mais le dossier rassemble aussi reconnaissances, renseignements sur les étapes et constatations médicales. Fourquet reconstitue les passages de Vacher en sollicitant des autorités et des témoins éloignés. Dans ses mémoires, il décrit cette circulation d’informations comme une part essentielle du travail. Le livre permet de suivre la méthode, tout en exigeant une réserve : publié en 1931, il donne le récit rétrospectif du juge et défend aussi son propre rôle. [1][2]

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8. Les internements antérieurs entrent dans le débat

En 1893, Vacher tire sur une femme qui refuse de l’épouser, puis retourne l’arme contre lui. Après cet épisode, il passe par des établissements psychiatriques à Dole et à Saint-Robert, en Isère, avant sa sortie le 1er avril 1894. Ces antécédents occupent une place majeure dans l’instruction des meurtres. Ils posent une question précise : dans quel état se trouve-t-il lorsqu’il commet les actes poursuivis ? [2][4]

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9. Les médecins examinent la responsabilité pénale

Alexandre Lacassagne, Auguste Pierret et Fleury Rebatel examinent Vacher, notamment pendant ses transferts à Lyon. Leur travail intervient dans le cadre de l’article 64 du Code pénal, qui écarte la responsabilité en cas de démence au moment des faits. La thèse d’une irresponsabilité totale n’est pas retenue pour le procès. Des désaccords et des nuances subsistent dans le monde médical. Le jugement ne doit donc pas être transformé en diagnostic contemporain que les archives permettraient de poser à distance. [1][3][4]

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10. Trois jours d’assises pour le meurtre de Portalier

Le procès se déroule du 26 au 28 octobre 1898 à Bourg-en-Bresse. Vacher est jugé pour l’assassinat de Victor Portalier, et non pour onze meurtres réunis dans une même accusation. Son avocat, maître Charbonnier, soutient la question de l’irresponsabilité. Les témoignages et les débats médicaux occupent l’audience. Le 28 octobre, la cour d’assises le condamne à mort. [1][2][3]

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11. 31 décembre 1898 : l’exécution à Bourg-en-Bresse

Le pourvoi en cassation et le recours en grâce n’empêchent pas l’exécution. Joseph Vacher est guillotiné à Bourg-en-Bresse le 31 décembre 1898, à 29 ans. Sa mort met fin à sa procédure personnelle, sans produire de verdict supplémentaire pour chacun des autres crimes reconnus ou soupçonnés. La controverse médicale ne s’éteint pas avec lui. [1][3][8]

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12. Les archives dépassent le personnage du cinéma

Les pièces conservées dans l’Ain et le fonds Lacassagne à Lyon permettent de revenir aux écrits, aux expertises et à la construction publique de l’affaire. Des complaintes diffusent déjà son histoire à l’époque. En 1976, Le Juge et l’Assassin de Bertrand Tavernier s’en inspire avec des personnages renommés. Le film constitue une œuvre de fiction, pas un compte rendu d’audience. Les recherches historiques s’attachent à distinguer cette postérité, les souvenirs des acteurs et les traces contemporaines. [2][5][6][7]

Ce qui est établi, ce qui reste incertain

Documenté

Les aveux portant sur onze meurtres, le procès d’octobre 1898 pour l’assassinat de Portalier et l’exécution de décembre sont documentés. Les internements antérieurs et les expertises appartiennent au dossier. La culpabilité retenue au procès ne doit pas être confondue avec un jugement sur chaque crime évoqué par la suite.

Incertain ou non établi

Les totaux de plusieurs dizaines de victimes reposent sur des attributions de solidité variable. Ils ne peuvent être présentés comme autant de condamnations. Les catégories psychiatriques de l’époque et les récits rétrospectifs ne suffisent pas à établir aujourd’hui un diagnostic assuré. L’interprétation du juge doit être confrontée aux autres pièces.

Les dates clés

  1. 1893–1894 — Hospitalisations psychiatriques, puis sortie de Saint-Robert.
  2. 31 août 1895 — Assassinat de Victor Portalier à Bénonces.
  3. 4 août 1897 — Arrestation à Champis.
  4. Octobre 1897 — Aveux de plusieurs crimes devant Fourquet.
  5. 1897–1898 — Expertises et transferts entre Belley et Lyon.
  6. 26–28 octobre 1898 — Procès devant les assises de l’Ain et condamnation à mort.
  7. 31 décembre 1898 — Exécution à Bourg-en-Bresse.
  8. 1931 — Publication des mémoires de Fourquet.

Les lieux de l’affaire

Champis est le lieu de l’arrestation ; Bénonces, celui du meurtre jugé. Belley rassemble l’instruction de Fourquet et une partie de la détention. La prison Saint-Paul de Lyon accueille les examens médicaux ; Bourg-en-Bresse, le procès puis l’exécution. La photographie de la place des Terreaux à Belley situe la ville en 2013 et ne représente pas le tribunal de 1897.

Ce qui rend cette affaire singulière

L’itinérance oblige la justice à rapprocher des affaires qui dépassent ses ressorts locaux. Le dossier montre la valeur des signalements et des échanges entre magistrats, mais aussi les ravages de la rumeur sur des personnes innocentes. Il constitue enfin un observatoire de la responsabilité pénale : les crimes reconnus, les conclusions médicales et la décision de condamner n’appartiennent pas au même registre de preuve.

Sources et méthode

Les mémoires numérisés de Fourquet sont utilisés comme une source d’acteur, avec leur recul chronologique et leur subjectivité. Les notices de Criminocorpus fondées sur les archives de l’Ain, les collections lyonnaises et le texte historique du Code pénal permettent les recoupements. Les surnoms, les chiffres de victimes supposées et les représentations de fiction ne sont pas traités comme des preuves. Aucun diagnostic actuel n’est plaqué sur le dossier. Vérification documentaire : 28 septembre 2026.

  1. Émile Fourquet — Vacher, le plus grand criminel des temps modernes par son juge d’instruction, 1931 ; exemplaire numérisé de l’ENAP
  2. Criminocorpus / HUGO — palais de justice de Belley, notices Fourquet et Vacher fondées sur les archives de l’Ain
  3. Bibliothèque municipale de Lyon, Numelyo — Un tueur en série d’autrefois, parcours documentaire
  4. Légifrance — article 64 de l’ancien Code pénal, texte applicable en 1898
  5. Criminocorpus — Le tueur de bergers, collection des complaintes criminelles
  6. Bibliothèque nationale de France, CCFr — Recueil sur l’affaire Vacher, manuscrit 5283, fonds Lacassagne à Lyon
  7. Criminocorpus / CNRS — les complaintes de l’affaire Vacher, présentation des recherches de Marc Renneville, 10 juin 2021
  8. Criminocorpus / HUGO — maison d’arrêt de Bourg-en-Bresse et parcours carcéral de Vacher