Champ cultivé devant la lisière automnale de la forêt de Rambouillet, aux Bréviaires.
Lisière de la forêt de Rambouillet vue depuis la route forestière de Corbet, aux Bréviaires, le 25 octobre 2025. Vue du massif, postérieure aux faits ; le lieu précis de découverte du corps n’est pas représenté.Photo : Rémih / Wikimedia Commons — CC BY-SA 4.0 · Source · CC BY-SA 4.0. Photographie conservée en entier, redimensionnée et convertie en WebP ; même licence, sans ajout ni reconstitution.

L’ENVERS DE L’AFFAIRE · DOSSIER DOCUMENTAIRE

Joseph Doucé, l’assassinat du pasteur

CRIMES IMPOSSIBLES

Paris · forêt de Rambouillet

1990–2007

Assassinat non élucidé · non-lieu en 2007

Paris, 19 juillet 1990. Joseph Doucé quitte son domicile avec deux hommes qui se présentent comme des policiers, selon son compagnon Guy Bondar. Il ne revient pas. Son corps est retrouvé en octobre dans le massif de Rambouillet. La découverte transforme une disparition inquiétante en affaire criminelle et place sous les projecteurs les Renseignements généraux, qui surveillent le pasteur. Plusieurs procédures examinent leurs méthodes, sans identifier les auteurs du meurtre. Un non-lieu clôt l’instruction en 2007. Qui vient chercher Doucé ce soir-là, et dans quel but ? La réponse reste inconnue.

L’affaire en 30 secondes

La disparition
Le 19 juillet 1990, Doucé suit des hommes se présentant comme des policiers ; son corps est retrouvé trois mois plus tard.
La justice
Des procédures distinctes portent sur la surveillance. L’instruction criminelle s’achève par un non-lieu en octobre 2007.
La question restante
L’identité des ravisseurs, le lieu de la mort et le mobile ne sont pas judiciairement établis.

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1. Le départ du 19 juillet 1990

Au domicile parisien, Guy Bondar assiste au départ de son compagnon. Son récit constitue le point de départ de l’enquête : deux visiteurs invoquent une qualité policière et laissent entendre que l’absence sera brève. Ce témoignage ne permet cependant pas de vérifier leur identité professionnelle. L’enlèvement commence ainsi par une apparence d’autorité, sans arrestation officiellement retrouvée dans les services interrogés ensuite. [1] [4]

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2. Un pasteur à la trajectoire singulière

Né en Belgique en 1945, Joseph Doucé se convertit au protestantisme baptiste avant de devenir pasteur. Son travail associe accompagnement religieux et intérêt pour la psychologie. En 1976, il ouvre à Paris le Centre du Christ libérateur. Le lieu accueille notamment des personnes homosexuelles et transgenres qui cherchent une écoute ou un soutien spirituel. [2] [3]

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3. Un centre, des publications et des controverses

Le Centre du Christ libérateur s’installe rue Clairaut. Son bulletin ILIA et les éditions Lumière et Justice accompagnent ses activités. Mais l’action de Doucé suscite aussi de fortes contestations : ses positions sur la pédophilie et les réunions qu’il organise sur ce sujet provoquent des ruptures avec des associations. Ces controverses sont documentées. Elles ne prouvent ni l’existence d’un réseau criminel dirigé par lui, ni le mobile de son assassinat. [2] [3] [4]

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4. Une absence sans garde à vue retrouvée

Après la disparition, Bondar cherche à savoir dans quel service Doucé pourrait être retenu. L’avocate du pasteur entreprend également des vérifications. Aucun lieu de garde à vue n’est identifié. La brigade criminelle est saisie et le récit du départ devient celui d’un enlèvement possible. [1] [5]

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5. Pourquoi les Renseignements généraux apparaissent

Doucé fait effectivement l’objet d’une surveillance par une équipe des RG parisiens. L’inspecteur Jean-Marc Dufourg intervient dans ce dispositif. La librairie Autres Cultures, ouverte par Doucé et Bondar, se trouve au centre des investigations. Des soupçons de liens avec un réseau pédophile motivent la surveillance, sans que cette accusation soit établie. [4] [5] [11]

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6. Des policiers entendus, une identification limitée

Dès l’été 1990, des inspecteurs sont entendus et confrontés à Guy Bondar. Une distinction compte : reconnaître un homme aperçu auparavant ne revient pas à reconnaître l’un des visiteurs du 19 juillet. Bondar identifie Dufourg comme un homme venu à leur porte lors d’un incident antérieur. Les confrontations n’apportent pas la preuve qu’il enlève Doucé. L’enquête se concentre sur les horaires, les rapports de surveillance et les explications données par les agents. [1] [5]

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7. La découverte dans le massif de Rambouillet

En octobre 1990, un promeneur découvre un corps dans un sous-bois du secteur de Bullion, en forêt de Rambouillet. L’identification établit qu’il s’agit de Joseph Doucé. Rien ne permet de déduire de cette découverte, à elle seule, où le pasteur est retenu après son départ de Paris. [6] [7] [12]

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8. Ce que les expertises peuvent établir

L’état du corps complique les constatations initiales. En novembre 1990, les causes du décès restent discutées dans les comptes rendus de l’enquête. Une expertise rapportée par Le Monde en juillet 1992 avance ensuite l’hypothèse d’une strangulation. Il faut conserver cette progression et sa prudence : la médecine légale contribue à comprendre la mort, mais elle ne désigne pas un auteur et ne reconstitue pas tout le trajet entre Paris et la forêt. [7] [8]

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9. L’enquête administrative ne résout pas le crime

À l’automne 1990, les méthodes du groupe de surveillance provoquent une crise policière et politique. Trois agents sont renvoyés devant un conseil de discipline. Dufourg est révoqué en 1991 dans une autre affaire, liée à un tir contre la porte d’un informateur. Cette sanction administrative ne constitue pas une condamnation pour l’enlèvement ou la mort du pasteur. [6] [11] [1]

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10. Le procès distinct des écoutes et des rapports

Le 24 février 1998, le tribunal correctionnel de Paris relaxe l’ancien préfet de police Pierre Verbrugghe et l’ancien directeur des RG parisiens Claude Bardon dans le dossier des écoutes. Dufourg reçoit huit mois de prison avec sursis pour faux et usage de faux, à propos de rapports antidatés. Ce procès porte sur des pratiques de surveillance et des écrits. Il ne juge pas les auteurs de l’assassinat. [9] [13]

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11. La relaxe de Dufourg en décembre 1998

Le 16 décembre 1998, la cour d’appel de Paris relaxe Jean-Marc Dufourg dans cette procédure. La condamnation de première instance ne peut donc pas être présentée comme son issue définitive. Ni les soupçons entourant la surveillance ni les controverses médiatiques ne remplacent la démonstration d’une responsabilité dans la mort de Doucé. [10]

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12. Le non-lieu de 2007 et les questions restantes

Le 24 octobre 2007, le juge Marc Trévidic signe une ordonnance de non-lieu dans l’instruction criminelle. Aucun auteur du meurtre n’est renvoyé devant une cour d’assises. Des témoins et des journalistes évoquent notamment un interrogatoire violent qui tourne mal ; cela reste une hypothèse, pas une conclusion judiciaire. Les récits de dossiers compromettants ou de commanditaires puissants n’apportent pas davantage une solution démontrée. [1] [11] [12]

Ce qui est établi, ce qui reste incertain

Documenté

Doucé disparaît le 19 juillet 1990 alors qu’il est surveillé par les RG. Son corps est identifié après une découverte en forêt de Rambouillet en octobre. Le procès de la surveillance se distingue de l’enquête criminelle. Dufourg est relaxé en appel en décembre 1998 ; un non-lieu intervient dans l’instruction du meurtre en 2007.

Incertain ou non établi

L’identité et la qualité réelle des hommes venus le chercher restent inconnues. Le déroulement exact de sa captivité et le mobile ne sont pas établis. Un interrogatoire qui dégénère est une piste évoquée, sans preuve permettant d’attribuer le meurtre.

Les dates clés

  1. 1976 — Création du Centre du Christ libérateur à Paris.
  2. 19 juillet 1990 — Disparition après la venue de deux hommes, selon Bondar.
  3. Été 1990 — Auditions d’agents des Renseignements généraux.
  4. Octobre 1990 — Découverte du corps dans le massif de Rambouillet.
  5. Juillet 1992 — Publication des conclusions d’une nouvelle expertise.
  6. 24 février 1998 — Premier jugement sur les écoutes et les rapports.
  7. 16 décembre 1998 — Relaxe de Dufourg en appel.
  8. 24 octobre 2007 — Ordonnance de non-lieu dans l’instruction criminelle.

Les lieux de l’affaire

Le dix-septième arrondissement de Paris réunit le domicile, le centre et la librairie autour desquels s’organise la surveillance. Le secteur de Bullion, dans le massif de Rambouillet, correspond à la découverte du corps. La photographie d’ouverture montre une autre partie de ce massif, aux Bréviaires : elle situe le cadre forestier, sans prétendre montrer le lieu précis de la découverte.

Ce qui rend cette affaire singulière

Une surveillance policière ne protège pas Doucé de sa disparition et devient ensuite un objet d’enquête. Le dossier superpose donc trois niveaux : le crime, les pratiques d’un service et les controverses autour de la victime. Leur proximité explique le retentissement de l’affaire ; elle ne suffit pas à établir un lien causal entre chacun d’eux.

Sources et méthode

Les comptes rendus contemporains des enquêtes et des jugements priment sur les récits rétrospectifs. Les sources biographiques éclairent le centre et les publications, sans servir de preuves criminelles. Les articles divergent sur le jour exact de la découverte en octobre : seul le mois est retenu. La relaxe en appel de 1998 et le non-lieu de 2007 sont explicitement distingués. Aucun document judiciaire ultérieur modifiant cet état n’a été identifié dans les sources consultées. Vérification documentaire : 28 septembre 2026.

  1. Europe 1, 2019 — Le témoignage de Guy Bondar et le non-lieu de 2007
  2. LGBTQ Religious Archives Network, mars 2007 — Notice biographique de Joseph Doucé
  3. Mémoire des sexualités — Archives du Centre du Christ libérateur et d’ILIA
  4. Le Monde, 31 août 1990 — Les pistes examinées après la disparition
  5. Le Monde, 2 août 1990 — Trois inspecteurs des RG entendus
  6. Le Monde, 28 octobre 1990 — Identification et procédures disciplinaires
  7. Le Monde, 8 novembre 1990 — Limites des premières constatations médico-légales
  8. Le Monde, 11 juillet 1992 — L’expertise évoquant une strangulation
  9. Le Monde, 26 février 1998 — Jugement du 24 février sur la surveillance
  10. Le Monde, 18 décembre 1998 — Relaxe de Jean-Marc Dufourg en appel
  11. Le Monde, 10 août 2006 — Retour sur l’affaire et les RG
  12. Le Parisien, 21 juillet 2023 — La découverte à Bullion et le crime non élucidé
  13. Le Monde, 15 janvier 1998 — Le procès des écoutes et ses limites