Maisons mitoyennes en briques et façades blanches le long de Westbourne Park Road, à Notting Hill, avec des voitures et des passants.
Westbourne Park Road, dans le quartier de Notting Hill à Londres, en septembre 2008. Vue de contexte. Photographie contemporaine de contexte dans le quartier de Notting Hill. Elle ne représente ni le 10 Rillington Place, ni son emplacement actuel, ni la maison historique disparue.Photo : Fernando Losada Rodríguez / Wikimedia Commons · Source · CC BY-SA 4.0. Photographie redimensionnée et convertie en WebP, sans recadrage ni modification du contenu.

L’ENVERS DE L’AFFAIRE · DOSSIER DOCUMENTAIRE

John Christie, les meurtres de Rillington

CRIMES IMPOSSIBLES

Notting Hill · Old Bailey · Londres, Angleterre

Crimes de 1943 à 1953 · pardon Evans en 1966 · arrêt Westlake en 2004

Christie condamné et exécuté en 1953 · Timothy Evans innocenté et pardonné à titre posthume

Notting Hill, Londres, mars 1953. Des corps sont découverts au 10 Rillington Place, où vit jusqu’alors John Christie. Les fouilles révèlent une série de meurtres et rouvrent une autre histoire : celle de Timothy Evans, exécuté en 1950 après un procès où Christie témoigne contre lui. Christie est condamné pour le meurtre de son épouse Ethel, puis exécuté en juillet 1953. Evans reçoit un pardon posthume en 1966 ; son innocence est réaffirmée en justice en 2004. Une question traverse ce dossier : comment l’enquête et le procès ont-ils pu laisser le meurtrier dans le rôle du témoin crédible ?

L’affaire en 30 secondes

La découverte
En mars 1953, six corps sont retrouvés dans la maison et son jardin.
La justice
Christie est condamné pour le meurtre d’Ethel ; Evans reçoit un pardon en 1966.
La question restante
Comment les déclarations et les indices ont-ils été évalués lors du procès Evans ?

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1. Une maison, deux dossiers

Au 10 Rillington Place, les logements superposés placent les Christie et les Evans sous le même toit. John et Ethel occupent le rez-de-chaussée ; Timothy, Beryl et leur fille Geraldine vivent au-dessus. Elle devient aussi le point de rencontre de deux procédures : celle qui condamne le voisin, puis celle qui révèle les crimes du témoin. [1] [2]

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2. Ruth Fuerst et Muriel Eady

Ruth Fuerst est tuée en 1943 et Muriel Eady en 1944. Leurs restes sont retrouvés dans le jardin lors des recherches de 1953. Ces découvertes repoussent de plusieurs années le début de la série connue. Elles montrent surtout que, lorsque la police intervient pour la famille Evans en 1949, des victimes antérieures se trouvent déjà dans les dépendances de l’immeuble, sans que l’affaire soit élucidée. [2] [3]

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3. Beryl et Geraldine disparaissent

À la fin de 1949, Beryl Evans et sa fille Geraldine sont retrouvées mortes dans une dépendance de la maison. Timothy a quitté Londres et s’est présenté à la police au pays de Galles. Il livre plusieurs versions des faits, puis accuse Christie. Les enquêteurs doivent établir qui a tué la mère et l’enfant, mais aussi à quel moment les corps ont été cachés. [1] [4]

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4. Des aveux fragiles

Timothy Evans revient sur les aveux utilisés contre lui. La contradiction ne peut être résolue par leur seule existence : il faut les comparer aux éléments matériels. Des ouvriers ont travaillé dans la dépendance où les corps sont découverts. Leurs déclarations mettent en difficulté la chronologie attribuée à Evans. Elles ne sont pourtant pas présentées au jury. Ce défaut de transmission sera expressément relevé dans le jugement de 2004. [1] [4]

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5. Le procès et l’exécution d’Evans

Le 13 janvier 1950, Evans est reconnu coupable du meurtre de Geraldine. Le chef relatif à Beryl n’est pas jugé, même si sa mort occupe une place importante dans les débats. Christie est le principal témoin de l’accusation. Après le rejet de son appel, Evans est exécuté le 9 mars. [1] [5]

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6. Ce que les témoignages auraient changé

Le débat parlementaire de juillet 1953 revient sur les ouvriers, les travaux et les déplacements du bois derrière lequel les corps sont cachés. Des députés demandent pourquoi ces renseignements n’ont pas été exploités au procès. Elle documente cependant une contestation précise : la version retenue contre Evans aurait dû être confrontée à des observations indépendantes. [4]

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7. La mort d’Ethel Christie

Ethel Christie est tuée en décembre 1952. Son corps reste dissimulé sous le plancher du logement. Au printemps suivant, sa découverte donne à l’enquête une victime directement liée à l’occupant recherché. Les récits que Christie livre ensuite sur les circonstances de sa mort sont ses propres déclarations, et non une explication admise sans contrôle. Le procès de juin portera précisément sur ce meurtre. [2] [6] [7]

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8. Trois femmes, puis la découverte

Au début de 1953, Kathleen Maloney, Rita Nelson et Hectorina MacLennan sont tuées. Leurs corps sont cachés dans une alcôve du logement. En mars, après le départ de Christie, un autre occupant découvre cette cache. La police examine alors la maison et le jardin : avec Ethel, Ruth Fuerst et Muriel Eady, six victimes sont retrouvées. Ce total concerne les découvertes de 1953, pas six condamnations prononcées lors du procès. [2] [6]

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9. Christie devient l’accusé

Arrêté le 31 mars 1953, Christie doit répondre des découvertes de Rillington Place. Lors des audiences préliminaires d’avril, ses déclarations sont lues et les témoins entendus avant le renvoi aux assises. Le compte rendu de l’époque montre un homme invoquant des souvenirs incomplets et proposant des versions qui déplacent la responsabilité. Ces affirmations renseignent sa défense ; elles ne permettent pas de reconstituer ses intentions avec certitude. [2] [7]

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10. Le verdict de 1953

En juin, Christie est jugé à l’Old Bailey pour le meurtre d’Ethel. Sa défense cherche à faire reconnaître une irresponsabilité liée à son état mental. Le jury le déclare coupable et il est condamné à mort. Il est exécuté à Pentonville le 15 juillet 1953. La procédure est terminée pour lui, mais sa condamnation rend impossible de traiter le dossier Evans comme une affaire sans rapport avec les crimes désormais établis. [3] [8] [2]

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11. Deux enquêtes et un pardon

L’enquête Scott Henderson, ouverte en juillet 1953, ne retient pas d’erreur judiciaire dans la condamnation d’Evans. La controverse persiste. Une nouvelle enquête, conduite par le juge Brabin en 1965–1966, juge plus probable qu’Evans n’ait pas tué sa fille. Le 18 octobre 1966, le ministre Roy Jenkins annonce un pardon posthume. Le rapport conserve une conclusion différente concernant Beryl, tout en reconnaissant l’impossibilité d’établir toute la vérité avec certitude. [5] [8]

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12. L’innocence et la procédure de 2004

Le 17 novembre 2004, dans l’affaire Westlake, la High Court réaffirme l’innocence d’Evans concernant sa femme et sa fille. Elle rejette toutefois le recours contre le refus de la commission de révision de saisir la cour d’appel. Le pardon a déjà restauré sa réputation, estime-t-elle. Ce jugement n’annule donc pas formellement la condamnation de 1950. La reconnaissance de l’erreur et la décision procédurale doivent être lues ensemble. [1] [9]

Ce qui est établi, ce qui reste incertain

Établi

Christie est condamné pour avoir tué Ethel. Six corps sont découverts en 1953. Evans est exécuté pour le seul meurtre de Geraldine, puis pardonné ; le jugement de 2004 reconnaît son innocence. [1] [5] [8]

Incertain ou contesté

Les déclarations de Christie ne fixent pas à elles seules toutes les circonstances des meurtres. Les évaluations successives du dossier Evans diffèrent. Leurs limites ne justifient ni d’inventer des victimes supplémentaires ni de rétablir une culpabilité écartée. [5] [7]

Les dates clés

  1. 1943–1944 Meurtres de Ruth Fuerst et Muriel Eady. [2]
  2. 1949 Beryl et Geraldine Evans sont retrouvées mortes. [1]
  3. 13 janvier · 9 mars 1950 Condamnation, puis exécution de Timothy Evans. [1]
  4. Mars–juillet 1953 Découvertes à Rillington Place, arrestation, procès et exécution de Christie. [2] [8]
  5. 18 octobre 1966 Annonce du pardon posthume accordé à Evans. [5]
  6. 17 novembre 2004 Arrêt Westlake : innocence réaffirmée, recours procédural rejeté. [1] [9]

Les lieux de l’affaire

  • Notting Hill — Le 10 Rillington Place concentre les logements, les découvertes et les recherches. La photographie d’ouverture montre un autre secteur du quartier. [1] [6]
  • Old Bailey — Le tribunal londonien accueille les procès Evans et Christie, trois ans l’un après l’autre. [2] [3]
  • Pentonville — La prison est associée aux deux exécutions. La proximité des destins ne signifie pas identité des responsabilités. [2] [3]
  • Westminster — Les débats parlementaires rendent publics les désaccords sur l’enquête et, en 1966, le pardon. [4] [5]

Ce qui rend cette affaire singulière

Un homme appelé à soutenir l’accusation se révèle être un meurtrier en série. L’affaire oblige ainsi à relire les aveux d’Evans, les témoignages qui manquent au procès et la confiance placée en Christie. Elle laisse aussi une trace institutionnelle particulière : la réhabilitation morale et publique d’Evans ne se confond pas avec l’effacement formel de son verdict. En 2025, la Law Commission reprend ce cas dans sa réflexion sur les recours après décès. [1] [9]

Sources et méthode

Les débats parlementaires et le jugement Westlake fixent la portée des décisions. Les comptes rendus contemporains sont confrontés à ces documents : leurs erreurs sur les dates ou sur les accusations contre Evans ne sont pas reprises. Les aveux de Christie restent attribués à leur auteur. Les films et les scènes reconstituées ne servent pas de preuves. Vérification documentaire : 1er octobre 2026.

  1. High Court, Westlake v Criminal Cases Review Commission, 17 novembre 2004 — transcription du jugement
  2. Crime + Investigation, John Christie — repères historiques recoupés
  3. TIME, Foreign News: In a Strange Country, 6 juillet 1953 — compte rendu du procès
  4. Hansard, Evans Case: Report of Inquiry, 29 juillet 1953
  5. Hansard, Timothy John Evans: Free Pardon, 18 octobre 1966
  6. Le Monde, découverte des corps à Notting Hill, 27 mars 1953 — état provisoire de l’enquête
  7. Jean Wetz, Le Monde, audiences préliminaires de John Christie, 24 avril 1953
  8. Hansard, Timothy John Evans: Murder Charge Inquiry, 6 juillet 1953
  9. Law Commission, Criminal Appeals — Consultation Paper, 2025, discussion des recours posthumes