
L’ENVERS DE L’AFFAIRE · DOSSIER DOCUMENTAIRE
Jacques Mesrine : la traque et la mort porte de Clignancourt
CRIMES IMPOSSIBLESParis · porte de Clignancourt
1978–1979 · procédure close en 2006
Tué le 2 novembre 1979 · non-lieu devenu définitif
Paris, 2 novembre 1979. Une BMW quitte la rue Belliard et gagne la porte de Clignancourt. Jacques Mesrine est au volant ; sa compagne, Sylvia Jeanjacquot, l’accompagne. Les policiers qui surveillent le fugitif mettent leur dispositif en mouvement. Un camion se place devant la voiture. Quelques instants plus tard, Mesrine est mort et sa compagne grièvement blessée. Les images marquent la fin de sa dernière cavale, mais ouvrent une autre affaire : celle des conditions de l’intervention. Après les braquages, les enlèvements et la traque, la justice devra examiner les tirs policiers. Un non-lieu clôturera la procédure, sans faire disparaître le désaccord entre la famille et les participants à l’opération.
L’affaire en 30 secondes
- La cavale
- Mesrine s’évade de la Santé le 8 mai 1978.
- L’intervention
- Il est tué par la police le 2 novembre 1979 ; Sylvia Jeanjacquot est blessée.
- La procédure
- Non-lieu en 2004, confirmé en 2005 ; pourvois irrecevables en 2006.
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1. L’évasion de la Santé
Le 8 mai 1978, Jacques Mesrine s’évade de la prison de la Santé avec François Besse. Condamné l’année précédente à vingt ans de réclusion, il retrouve la clandestinité après plusieurs arrestations et évasions. Cette fuite lance la dernière phase de sa vie. La recherche ne porte pas sur une silhouette inconnue : les policiers connaissent son parcours et sa capacité à se déplacer sous différentes apparences. [1] [2]
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2. Les victimes derrière la figure du fugitif
La cavale s’accompagne de nouveaux crimes. Le 21 juin 1979, l’entrepreneur Henri Lelièvre est enlevé dans la Sarthe ; une rançon est exigée pour sa libération. Mesrine reconnaît ensuite cet enlèvement dans un texte adressé au Monde. Ses justifications appartiennent à sa propre mise en scène. Le fait central reste la contrainte exercée sur une victime et ses proches. [2] [3]
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3. L’agression de Jacques Tillier
En septembre 1979, Jacques Tillier, journaliste à Minute, est très grièvement agressé après un rendez-vous avec Mesrine. Il survit et livre son récit. L’épisode expose la violence qui accompagne les rapports du fugitif à la presse : l’attention des médias ne protège pas ceux qu’il désigne comme adversaires. Les articles contemporains, puis le procès d’un complice, permettent de suivre ce dossier au-delà des versions par lesquelles Mesrine cherche à contrôler sa réputation. [4] [5]
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4. La fabrication d’un personnage public
Entretiens, textes envoyés aux rédactions, photographies : Mesrine intervient dans le récit de sa propre cavale. Il se présente en rebelle et entend imposer son interprétation des violences. Le surnom d’« ennemi public numéro un » exprime une notoriété et une priorité policière ; il n’est pas une catégorie pénale qui résumerait toute son histoire. [3] [6]
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5. La piste conduit rue Belliard
À la fin d’octobre 1979, la police repère le logement utilisé par Mesrine rue Belliard, dans le 18e arrondissement de Paris. La surveillance réunit notamment la brigade de recherche et d’intervention de Robert Broussard et l’Office central pour la répression du banditisme. Retrouver sa cache ne résout pas encore la question de l’interpellation. Les policiers doivent choisir un moment et un lieu, en tenant compte du comportement attendu du fugitif et des personnes présentes. [2] [7]
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6. La sortie du 2 novembre
Le 2 novembre, Mesrine sort avec Sylvia Jeanjacquot et prend le volant d’une BMW. Le dispositif policier suit son déplacement vers la porte de Clignancourt. Un camion transportant des hommes armés se place devant sa voiture. Cette préparation est au cœur des interrogations ultérieures : le caractère organisé de l’opération est connu, tandis que son objectif exact et les possibilités d’arrêter Mesrine vivant seront discutés. [2] [7]
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7. Quelques secondes et deux victimes des tirs
Vers 15 h 15, les policiers ouvrent le feu. Mesrine meurt dans sa voiture ; Sylvia Jeanjacquot est grièvement blessée. Les journalistes arrivent et les images de la scène circulent rapidement. Elles attestent l’issue de l’intervention, sans résoudre par elles-mêmes la succession précise des gestes et des paroles avant les tirs. Les blessures de sa compagne et les conditions du tir deviennent, elles aussi, des éléments de la procédure à venir. [8] [9]
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8. La justification policière
La direction de la police judiciaire défend immédiatement une opération rendue nécessaire par la dangerosité de Mesrine. Dans la version retenue par l’instruction, les policiers se sont annoncés et ont interprété un mouvement du fugitif comme une tentative d’atteindre une arme. Des armes et des grenades sont retrouvées. Leur présence éclaire le risque, mais ne dispense pas d’examiner ce qui s’est passé au moment du tir. [10] [11]
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9. La famille conteste l’intervention
La famille de Mesrine et Sylvia Jeanjacquot contestent les circonstances de sa mort. Elles soutiennent que le dispositif ne lui laissait aucune chance d’être arrêté vivant et dénoncent un assassinat. Cette qualification appartient à leur plainte ; elle n’est pas une conclusion judiciaire. Le désaccord concerne notamment les sommations, le mouvement attribué à Mesrine et l’intention des policiers. [11] [12]
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10. Une enquête prolongée pendant des années
La procédure se prolonge bien après 1979, avec des reprises d’investigations, des auditions de policiers et l’examen de documents anciens. Des images tournées à l’époque sont également versées au débat. Le 14 octobre 2004, le juge d’instruction Baudouin Thouvenot rend une ordonnance de non-lieu. Vingt-cinq ans se sont écoulés entre les tirs et cette décision, sans accord des parties sur leur interprétation. [11] [13]
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11. Le non-lieu confirmé
Le 1er décembre 2005, la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Paris confirme le non-lieu. Elle estime notamment que les éléments ne caractérisent pas un plan d’assassinat et retient une intervention proportionnée au danger dans les circonstances examinées. Cette décision ferme la voie d’un renvoi des policiers devant une juridiction de jugement. Les parties civiles la contestent encore : la dernière étape porte alors sur la possibilité juridique de faire examiner leurs pourvois. [14]
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12. Ce que décide exactement la Cour de cassation
Le 4 octobre 2006, la chambre criminelle déclare les pourvois irrecevables. L’arrêt applique les règles qui limitaient alors les recours des seules parties civiles, en l’absence de pourvoi du ministère public. Il ne s’agit pas d’un nouveau procès des faits ni d’un acquittement prononcé après une audience criminelle. Le non-lieu devient définitif. La date du 6 octobre parfois citée correspond à l’annonce relayée par la presse, tandis que l’arrêt lui-même porte bien la date du 4. [14] [15]
Ce qui est établi, ce qui reste incertain
Documenté
Mesrine est tué par les policiers le 2 novembre 1979 et Sylvia Jeanjacquot est blessée. Le non-lieu d’octobre 2004 est confirmé en appel. L’irrecevabilité des pourvois, prononcée le 4 octobre 2006, laisse cette décision définitive.
Incertain ou non établi
Les récits des protagonistes divergent sur les sommations et les derniers gestes. La thèse d’un assassinat planifié n’a pas été retenue par la justice. Le dossier ne doit pas être présenté comme ayant donné lieu à un procès puis à un acquittement des policiers.
Les dates clés
- 8 mai 1978 — Évasion de la prison de la Santé avec François Besse.
- 21 juin 1979 — Enlèvement d’Henri Lelièvre.
- Septembre 1979 — Agression du journaliste Jacques Tillier.
- 2 novembre 1979 — Mort de Mesrine porte de Clignancourt.
- 14 octobre 2004 — Ordonnance de non-lieu.
- 1er décembre 2005 — Confirmation en appel.
- 4 octobre 2006 — Pourvois déclarés irrecevables.
Les lieux de l’affaire
La dernière surveillance se concentre autour de la rue Belliard et de la porte de Clignancourt, dans le nord de Paris. La prison de la Santé marque le départ de la cavale de 1978. La photographie du boulevard Ornano montre le quartier en 2026, sans prétendre restituer la scène de 1979.
Ce qui rend cette affaire singulière
Cette affaire comprend deux récits judiciaires distincts : les crimes commis pendant une cavale, puis l’examen de la force employée pour y mettre fin. Les confondre ferait disparaître soit les victimes de Mesrine, soit les questions posées par sa mort. Les archives permettent de les suivre ensemble sans les assimiler.
Sources et méthode
Les archives contemporaines sont confrontées aux récits rétrospectifs et à l’arrêt publié sur Légifrance. Les affirmations policières et celles des parties civiles restent attribuées. La décision de 2006 est décrite selon son dispositif d’irrecevabilité, et non comme un jugement des faits. Aucune scène dialoguée ou pensée intérieure n’est reconstituée.
- Le Monde, fin de cavale porte de Clignancourt, 28 juillet 2006
- Le Parisien, reconstitution de la dernière opération, 22 juillet 2016
- Le Monde, Mesrine revendique l’enlèvement d’Henri Lelièvre, 17 septembre 1979
- Le Monde, le témoignage de Jacques Tillier, 12 septembre 1979
- Le Monde, procès d’un complice devant les assises, 13 février 1982
- Larousse, Journal de l’année 1980, faits divers
- Le Point, retour sur la traque et les contestations, 2 novembre 2019
- INA, archives du 2 novembre 1979
- Le Monde, constatations après les tirs, 5 novembre 1979
- Le Monde, conférence de presse de la police judiciaire, 5 novembre 1979
- Le Monde, motifs du non-lieu, 2 novembre 2004
- Le Monde, contestation du non-lieu en appel, 12 octobre 2005
- Le Monde, vingt-cinq ans d’enquête, 3 novembre 2004
- Cour de cassation, chambre criminelle, 4 octobre 2006, pourvoi 06-81.137
- Le Monde, annonce de la clôture définitive, 7 octobre 2006