Façade de béton du palais de justice d’Évry, éclairée de nuit.
Le palais de justice d’Évry, photographié le 17 janvier 2011. Les assises de l’Essonne y examinent l’affaire Andruet ; cette vue se situe entre les procès de 2003 et de 2014.Photo : tongeron91 / Wikimedia Commons · Source · CC BY-SA 2.0. Photographie redimensionnée et convertie en WebP, conservée en entier et sous la même licence.

L’ENVERS DE L’AFFAIRE · DOSSIER DOCUMENTAIRE

Gilles Andruet, le meurtre du champion

CRIMES IMPOSSIBLES

Saulx-les-Chartreux · Paris · Évry · Créteil

1995–2014 · Suivi documentaire jusqu’en 2026

Acquittements de Joseph Liany en 2006 et de Sacha Rhoul en 2014

Saulx-les-Chartreux, 22 août 1995. Le corps de Gilles Andruet est découvert au bord de l’Yvette. Ce champion de France d’échecs de trente-sept ans vient de recevoir une importante somme d’argent. L’enquête suit ses relations de casino, une procuration bancaire et des traces génétiques. Joseph Liany est condamné en 2003, puis acquitté en appel en 2006. Sacha Rhoul, d’abord condamné en son absence, est acquitté à son tour le 30 janvier 2014. Une condamnation pour recel concerne Franck Liany, mais aucun auteur du meurtre n’est définitivement condamné dans les décisions retrouvées. La question demeure : qui tue Gilles Andruet, et avec quelles participations ?

L’affaire en 30 secondes

Les faits
Le champion est retrouvé mort le 22 août 1995 ; une importante somme disparaît de son compte.
La justice
Deux hommes sont successivement acquittés du meurtre. La condamnation de Franck Liany concerne le recel.
La question restante
Aucun verdict connu ne permet de désigner définitivement un auteur du meurtre.

01 / 12

1. Un corps au bord de l’Yvette

Le 22 août 1995, Gilles Andruet est découvert mort à Saulx-les-Chartreux, dans l’Essonne. Le corps est enveloppé dans une alèse, près de l’Yvette. L’enquête situe le crime dans la nuit précédente. Ce lieu marque la découverte, pas nécessairement le lieu des faits. Aucun témoin direct disponible ne livre d’emblée une version complète, confirmée et incontestée de sa mort. [2] [3]

02 / 12

2. Un parcours d’échecs, puis le monde des casinos

Gilles Andruet remporte le championnat de France en 1988 à Val-Thorens, comme le confirme le palmarès fédéral. Son père, Jean-Claude Andruet, est connu dans le sport automobile. Gilles possède sa propre carrière : Le Parisien rappelle son titre de maître international obtenu en 1982. Dans les années suivantes, il fréquente les casinos, notamment celui d’Enghien. Cette activité explique certaines rencontres utiles à l’enquête. [1] [2]

03 / 12

3. Un chèque de 398 000 francs

En août 1995, Andruet dispose d’un chèque de 398 000 francs provenant de la vente d’un bien familial. Sa situation bancaire complique l’encaissement. Il se rapproche de Joseph Liany, une connaissance du casino, et de son fils Franck. Le 10 août, l’argent est déposé sur un compte ouvert à Paris. Franck bénéficie d’une procuration. [3] [5]

04 / 12

4. Les retraits déplacent le centre de l’enquête

Dans les jours qui suivent la découverte du corps, le compte est vidé de l’essentiel de son solde. Les enquêteurs s’intéressent aux opérations et à ceux qui en profitent. C’est toute la difficulté du dossier : une trace bancaire peut documenter un enrichissement ou un recel tout en laissant inconnues les circonstances de l’homicide. [3] [8]

05 / 12

5. Des déclarations difficiles à confronter

L’accusation s’appuie aussi sur des propos attribués à Loïc Simon. Selon les récits d’audience, celui-ci affirme avoir participé à des actes liés au crime avec d’autres personnes. Mais il meurt en 1996 et ne peut être interrogé devant les jurés des procès suivants. Ses paroles parviennent donc au tribunal à travers des déclarations antérieures ou des intermédiaires. [6] [8]

06 / 12

6. Une trace génétique ne désigne pas un seul homme

Une analyse de cheveux recueillis sur les éléments du dossier rapproche l’enquête de Joseph Liany et de son neveu Sacha Rhoul. Les comptes rendus décrivent une comparaison d’ADN mitochondrial, commune à leur lignée maternelle, et non une identification individuelle capable de les départager. Le résultat resserre donc un groupe de possibilités sans résoudre la question de l’auteur. [3] [8]

07 / 12

7. Le premier procès met à l’épreuve un dossier ancien

En novembre 2003, la cour d’assises de l’Essonne examine une affaire vieille de huit ans. Joseph et Franck Liany comparaissent, mais les rôles qui leur sont reprochés diffèrent. La défense critique la solidité des déclarations et l’enchaînement retenu par l’accusation. Un témoin est agressé à l’approche de son audition, épisode rapporté par les journalistes judiciaires. Ce climat ne permet pas d’attribuer l’agression à une personne sans preuve ; il souligne la difficulté de recueillir sereinement les témoignages. [2] [4]

08 / 12

8. Deux condamnations pour des faits différents

Le 14 novembre 2003, Joseph Liany est condamné à quinze ans de réclusion pour sa participation au meurtre. Franck reçoit sept ans pour recel du produit du meurtre. La distinction est centrale : les deux condamnations ne désignent pas deux auteurs de l’homicide. Joseph fait appel. Le premier verdict ne peut donc être présenté comme le point final du dossier. [2] [4] [5]

09 / 12

9. L’appel acquitte Joseph Liany

Le 17 mars 2006, à Créteil, le procès en appel aboutit à l’acquittement de Joseph Liany. La condamnation de 2003 ne constitue dès lors plus son statut judiciaire pour le meurtre. Le rapprochement génétique ne suffit pas à individualiser un auteur, et le dossier ne permet pas de surmonter le doute. Cet acquittement laisse entière la mort de Gilles, mais interdit de traiter Joseph comme un meurtrier définitivement reconnu. La piste de son neveu demeure alors au centre de la suite procédurale. [5] [7] [8]

10 / 12

10. Sacha Rhoul est recherché puis extradé

Sacha Rhoul fait l’objet, en 2006, d’une condamnation à quinze ans prononcée en son absence. Il se trouve au Maroc. Jean-Claude Andruet réclame son retour en France afin qu’un procès puisse se tenir en sa présence. L’extradition intervient en mars 2010. [7] [9]

11 / 12

11. Le procès de 2014 ne lève pas les doutes

En janvier 2014, Sacha Rhoul comparaît devant les assises de l’Essonne. Le procès revient sur la circulation de l’argent, les déclarations attribuées aux protagonistes et la portée des indices. Le ministère public conclut que les preuves ne permettent pas de fixer avec certitude son rôle. Il requiert l’acquittement. Ce choix n’explique pas autrement le meurtre : il signifie que l’accusation ne peut demander aux jurés de combler les lacunes du dossier par une supposition sur l’identité du responsable. [6] [7]

12 / 12

12. Un acquittement et un meurtre sans auteur condamné

Le 30 janvier 2014, Sacha Rhoul est acquitté. La condamnation prononcée en son absence ne peut plus être employée pour le désigner comme le meurtrier. En 2016, Jean-Claude Andruet exprime encore dans la presse sa douleur et son sentiment d’impunité. Les recherches effectuées pour ce dossier ne retrouvent aucune décision ultérieure renversant les deux acquittements. La condamnation de Franck pour recel demeure distincte. Une affaire peut donc comporter une sanction pénale sans que l’identité de l’auteur du meurtre soit judiciairement établie. [6] [7] [8]

Ce qui est établi, ce qui reste incertain

Établi

Le titre national de 1988, le meurtre de 1995, la circulation de l’argent et les décisions successives sont documentés. Joseph Liany est acquitté en appel en 2006 ; Sacha Rhoul l’est en 2014. Franck Liany est condamné pour recel, pas pour le meurtre. [1] [2] [5] [7]

Incertain ou non établi

Les décisions retrouvées ne désignent pas définitivement l’auteur du meurtre. Le rôle exact des personnes évoquées dans les récits, l’enchaînement des faits et leur lieu précis ne doivent pas être déduits d’un indice génétique non individualisant ou de propos impossibles à confronter directement. [6] [8]

Les dates clés

  1. 1988 Gilles Andruet devient champion de France d’échecs à Val-Thorens. [1]
  2. 10 août 1995 Dépôt du chèque de 398 000 francs sur un compte parisien. [3] [5]
  3. 22 août 1995 Découverte du corps près de l’Yvette. [2]
  4. 14 novembre 2003 Condamnations de Joseph et Franck Liany, pour des infractions différentes. [4] [5]
  5. 17 mars 2006 Joseph Liany est acquitté en appel. [5]
  6. Mars 2010 Extradition de Sacha Rhoul depuis le Maroc. [7]
  7. 30 janvier 2014 Acquittement de Sacha Rhoul. [7]

Les lieux de l’affaire

Saulx-les-Chartreux est le lieu de découverte. Enghien situe les rencontres de casino et Paris le compte bancaire. Bonneuil-sur-Marne apparaît dans le scénario de l’accusation autour du logement de Joseph Liany ; ce scénario ne constitue pas une localisation définitivement jugée du meurtre. Évry et Créteil accueillent les principaux procès. [2] [3] [6]

Ce qui rend cette affaire singulière

L’affaire révèle l’écart entre trois questions : qui profite de l’argent, à quelle famille une trace peut correspondre, et qui commet le meurtre. Les réponses ne se confondent pas. Les verdicts successifs obligent aussi à relire les archives à partir de leur date : une personne présentée comme condamnée dans un article de 2003 ou de 2006 peut ensuite être acquittée. [3] [5] [7]

Sources et méthode

Le palmarès de la Fédération française des échecs fixe le titre sportif. Les comptes rendus contemporains sont comparés à la rétrospective de 2016. Les acquittements priment sur les qualifications des anciens titres de presse. Le montant est conservé en francs, les conversions publiées étant discordantes. Les liens familiaux sont ceux de Joseph, de son fils Franck et de son neveu Sacha. Les pièces scientifiques et les arrêts intégraux ne sont pas consultables dans ce corpus ; aucune nouvelle décision modifiant les acquittements n’a été retrouvée. Vérification documentaire : 29 septembre 2026.

  1. Fédération française des échecs — Palmarès officiel des championnats de France (PDF)
  2. Le Parisien, Olivier Bureau, 13 mars 2006 — Le procès Andruet rejoué en appel
  3. La Dépêche, 14 mars 2006 — Compte rendu de l’ouverture du procès en appel
  4. Le Monde, Frédéric Chambon, 15 novembre 2003 — Joseph Liany condamné à quinze ans de prison
  5. Le Parisien, 27 janvier 2014 — Une procédure judiciaire à rallonges
  6. Le Parisien, 31 janvier 2014 — Meurtre du génie des échecs : l’accusé acquitté
  7. Le Parisien / AFP, 30 janvier 2014 — Acquittement de Sacha Rhoul
  8. Le Parisien, 19 juillet 2016 — Le meurtre du champion d’échecs reste impuni
  9. Le Monde, 16 novembre 2009 — Le père de Gilles Andruet réclame une extradition