
L’ENVERS DE L’AFFAIRE · DOSSIER DOCUMENTAIRE
Fritz Haarmann, les meurtres de Hanovre
CRIMES IMPOSSIBLESHanovre · Leine · Göttingen
1918–1926 · état des archives précisé en 2024
Haarmann condamné pour 24 meurtres, exécuté en 1925 · Grans rejugé en 1926
Hanovre, juin 1924. Des découvertes dans la Leine et l’arrestation de Fritz Haarmann font converger les recherches sur plusieurs jeunes hommes disparus. Des vêtements reconnus, des témoignages et des aveux alimentent une instruction qui aboutit à sa condamnation pour 24 meurtres le 19 décembre 1924. Il est exécuté le 15 avril 1925. Le cas de Hans Grans connaît un autre parcours : sa condamnation à mort est remplacée, après un nouveau procès en 1926, par douze ans de réclusion. Restent les questions sur les alertes négligées, la fiabilité des déclarations et les lacunes des archives.
L’affaire en 30 secondes
- Les faits
- En 1924, découvertes dans la Leine et recherches au domicile de Haarmann rapprochent plusieurs disparitions.
- La justice
- Haarmann est condamné pour 24 meurtres. Hans Grans obtient un nouveau procès et une peine de douze ans.
- La question restante
- Les défaillances de l’enquête initiale et la conservation incomplète du dossier limitent encore certaines conclusions.
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1. Des disparitions dans l’après-guerre
Entre 1918 et 1924, des adolescents et de jeunes hommes disparaissent à Hanovre. La gare et ses alentours sont des lieux de passage, de recherche de travail et d’hébergement provisoire. Haarmann fréquente ce milieu et commerce notamment des vêtements d’occasion. Ils n’autorisent pourtant pas à réduire les victimes à des inconnus sans attaches : plusieurs familles cherchent leur proche et sollicitent les autorités. [1] [2]
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2. Un homme connu de la police
Haarmann entretient des relations avec la police et lui fournit des renseignements. Cette position compte dans l’histoire de l’affaire, car elle peut nourrir une apparence d’autorité auprès de ceux qui le rencontrent. Elle ne signifie pas que tous les agents connaissent ses crimes. Theodor Lessing, qui suit le procès, critique précisément la manière dont cette proximité et les habitudes de l’enquête ont pu détourner l’attention de certaines alertes. [1] [3]
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3. Les découvertes de la Leine
Au printemps 1924, des restes humains sont découverts dans la Leine. Les recherches s’élargissent et donnent une dimension collective à des disparitions jusque-là examinées séparément. Il faut alors distinguer trois opérations : constater des décès, déterminer combien de personnes sont concernées et rendre leur identité aux victimes. [1] [2]
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4. L’arrestation du 22 juin
Le 22 juin 1924, une altercation impliquant Haarmann et Kurt Fromm attire l’attention de la police dans le secteur de la gare. L’arrestation conduit à des recherches dans son logement de la Rote Reihe. Les policiers trouvent notamment des vêtements et des objets dont l’origine doit être établie. [1] [2] [3]
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5. Reconnaître des effets personnels
La reconnaissance de vêtements par des proches devient un élément important. Le cas de Robert Witzel illustre le chemin que suit une identification : un objet peut relier un disparu, un domicile et des personnes qui l’ont eu entre les mains. Il ne raconte cependant pas à lui seul le déroulement d’un meurtre. [1] [2]
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6. Des aveux à contrôler
Haarmann fait des déclarations sur de nombreux meurtres, mais leurs variations et leurs conditions de recueil posent problème. Lessing met en cause les pratiques policières dans son récit du procès. Des recherches historiques ultérieures reviennent aussi sur les violences d’interrogatoire. Ces critiques ne permettent pas d’effacer les preuves matérielles ; elles imposent de ne pas traiter chaque phrase rapportée comme une vérité indépendante, stable et spontanée. [1] [4]
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7. L’expertise de Göttingen
Le psychiatre Ernst Schultze examine Haarmann à Göttingen pendant l’été 1924. Son avis conclut à la responsabilité pénale de l’accusé. Les archives conservent des traces de ces entretiens, notamment un protocole couvrant la période du 18 août au 25 septembre. [2] [5]
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8. Le procès de décembre
Le procès se tient à Hanovre du 4 au 19 décembre 1924. Haarmann répond de 27 meurtres ; Hans Grans comparaît également pour son implication alléguée dans certains faits. Les débats abordent les identifications, les déclarations des accusés et leurs relations. Lessing publie dès 1925 un récit très critique des audiences. Ce témoignage proche des événements est précieux, mais son engagement et ses interprétations doivent rester visibles dans la manière de l’utiliser. [1] [2]
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9. Vingt-quatre meurtres retenus
Le 19 décembre, Haarmann est déclaré coupable de 24 meurtres et condamné à mort. Trois des 27 accusations ne sont pas retenues faute de preuves suffisantes. Cet écart est essentiel : le tribunal ne valide pas indistinctement tout ce qui figure dans l’accusation. Le bilan judiciaire est donc de 24 crimes établis contre lui. Il ne résout pas nécessairement chaque disparition évoquée dans l’enquête et ne doit pas être remplacé par un chiffre plus élevé emprunté à une légende. [1] [2]
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10. Le sort distinct de Hans Grans
Le même jugement condamne Grans à mort pour incitation dans un meurtre et à douze ans de réclusion pour sa participation à un autre. Une lettre de Haarmann revenant sur sa mise en cause contribue à la remise en discussion du verdict. Au nouveau procès, le 12 janvier 1926, Grans reçoit une peine de douze ans. Il ne s’agit donc ni du maintien de la condamnation capitale ni d’un acquittement général : son issue pénale doit être racontée séparément de celle de Haarmann. [1] [2] [4]
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11. L’exécution et la mémoire des victimes
Haarmann accepte le jugement prononcé contre lui. L’examen de la peine par les autorités n’aboutit pas à une mesure de grâce et il est exécuté à Hanovre le 15 avril 1925. Les victimes identifiées sont commémorées au cimetière de Stöcken, où une sépulture collective rappelle leurs noms. [1] [2] [3]
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12. Les lacunes du dossier conservé
En décembre 2024, les archives de Basse-Saxe précisent que les dossiers originaux du parquet et du tribunal ne se trouvent pas dans les fonds où ils seraient attendus. Des pièces médicales conservées à Göttingen offrent une documentation de remplacement, nécessairement partielle. Cette absence localisée ne signifie pas que toute trace a disparu partout. Elle explique pourquoi une synthèse actuelle doit préciser quel document elle utilise, et ne pas annoncer une reconstitution exhaustive de l’instruction. [5]
Ce qui est établi, ce qui reste incertain
Les dates clés
- 1918–1924 Période des meurtres examinés dans l’affaire. [2]
- Printemps 1924 Découvertes dans la Leine. [2]
- 22 juin 1924 Arrestation et recherches au domicile de Haarmann. [2] [3]
- Été 1924 Expertise psychiatrique à Göttingen. [2] [5]
- 4–19 décembre 1924 Procès et condamnation pour 24 meurtres. [1] [2]
- 15 avril 1925 Exécution de Haarmann à Hanovre. [3]
- 12 janvier 1926 Nouveau verdict de douze ans contre Grans. [4]
- Décembre 2024 Publication d’un état des archives conservées. [5]
Les lieux de l’affaire
La gare de Hanovre appartient aux parcours des victimes et de Haarmann. La Rote Reihe est liée à son logement ; la Leine aux découvertes. Göttingen accueille l’expertise. Le cimetière de Stöcken conserve une mémoire collective des victimes. La photographie de la vieille ville situe la rivière sans désigner un emplacement de découverte précis. [1] [2] [5]
Ce qui rend cette affaire singulière
L’affaire oblige à tenir ensemble les preuves des meurtres, les critiques du travail policier et les trajectoires judiciaires différentes des deux accusés. La proximité de Haarmann avec des agents interroge l’évaluation des alertes. Le livre de Lessing et les pièces médicales survivantes rendent ce débat accessible, tout en montrant qu’un document conservé ne représente jamais automatiquement la totalité d’une enquête. [1] [2] [5]
Sources et méthode
La notice archivistique et le livre contemporain de Theodor Lessing sont confrontés à NDR, à la presse historique de synthèse et à l’état des fonds publié en 2024. Lessing est cité comme observateur critique, sans reprendre son vocabulaire stigmatisant ni transformer ses interprétations en décisions judiciaires. Les descriptions graphiques sont écartées. Les anciennes notices peuvent contenir des informations patrimoniales dépassées : l’état récent des fonds prévaut. Le premier jugement de Grans et son second procès sont distingués ; l’absence de certains dossiers n’est pas généralisée à toutes les archives. Vérification documentaire : 30 septembre 2026.
- Theodor Lessing — Haarmann. Die Geschichte eines Werwolfs, 1925 ; texte du domaine public, Project Gutenberg
- Niedersächsisches Landesarchiv / Arcinsys — notice sur l’affaire Haarmann, sa procédure et les documents conservés
- NDR — Fritz Haarmann : histoire de l’affaire, mise à jour du 15 avril 2025
- taz — Fritz, du bist doch der Beste : enquête historique, interrogatoires et second procès de Grans
- Niedersächsisches Landesarchiv — Aus den Magazinen des Landesarchivs, décembre 2024 : lacunes judiciaires et archives médicales Haarmann