
L’ENVERS DE L’AFFAIRE · DOSSIER DOCUMENTAIRE
Florence Rey et Audry Maupin : la fusillade de 1994
CRIMES IMPOSSIBLESParis · porte de Pantin · Nation · bois de Vincennes
4 octobre 1994 · procès en 1998
Florence Rey condamnée à 20 ans · libérée en 2009
Paris, 4 octobre 1994, vers 21 h 25. À la préfourrière de la porte de Pantin, Florence Rey et Audry Maupin attaquent deux policiers pour leur prendre leurs armes. Ils quittent les lieux dans un taxi dont ils retiennent le conducteur et le passager. Quelques minutes plus tard, place de la Nation, des tirs éclatent. La fuite se poursuit vers le bois de Vincennes, avec un nouvel otage et une seconde confrontation meurtrière. Trois policiers et un chauffeur de taxi sont tués ; Maupin succombe à ses blessures. Rey est arrêtée. Quatre ans après cette soirée, les assises doivent démêler les gestes, les tirs et les responsabilités individuelles derrière l’image d’un couple devenu célèbre en quelques heures.
L’affaire en 30 secondes
- Le bilan
- Trois policiers et le chauffeur de taxi Amadou Diallo tués ; Maupin meurt aussi.
- L’enjeu du procès
- Distinguer les tirs, la participation et les qualifications pénales.
- L’issue
- Rey condamnée à vingt ans en 1998, libérée le 2 mai 2009.
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1. Un couple, un projet de braquage
Florence Rey a 19 ans et Audry Maupin 23 ans. Ils vivent dans un squat à Nanterre, sans eau ni électricité. À l’audience, Rey explique avoir voulu accompagner son compagnon et décrit leur désarroi matériel. Elle présente son engagement dans l’opération comme lié à leur relation. Ce récit éclaire sa défense, mais ne démontre pas qu’elle aurait été privée de toute volonté : ses décisions et ses gestes doivent être examinés séparément. [1] [2]
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2. Prendre les armes des policiers
Le couple arrive armé à la préfourrière de la porte de Pantin. Les deux policiers de garde sont menacés, désarmés et aspergés de gaz lacrymogène. Le but immédiat est de s’emparer de leurs revolvers. Ce premier vol précède les fusillades ; il ne se confond pas avec elles. L’enquête s’intéressera aussi à la préparation, à l’achat des fusils et à la présence supposée d’un troisième homme, dont l’identification restera discutée au procès. [3] [4]
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3. Amadou Diallo et son passager
Pour quitter les lieux, Rey et Maupin s’emparent d’un taxi conduit par Amadou Diallo. Le docteur Georges Monnier, déjà à bord, est également retenu sous la menace. Ils se retrouvent dans une fuite qu’ils n’ont pas choisie. Arrivé place de la Nation, le taxi heurte un véhicule de police. Cette collision déclenche la confrontation suivante. [3] [5]
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4. Les morts de la place de la Nation
Les tirs place de la Nation tuent les policiers Laurent Gérard et Thierry Maymard ainsi qu’Amadou Diallo. D’autres personnes sont blessées. Le passager du taxi parvient à se mettre à l’abri. Cette scène publique laisse de nombreux témoins, mais tous n’ont pas vu la même portion des événements. Au procès, la multiplicité des regards ne produira pas un récit parfaitement uniforme : positions, distances et succession des détonations compliquent l’attribution de chaque geste. [3] [6]
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5. La fuite dans une Renault 5
Le couple abandonne le taxi et contraint Jacky Bensimon à conduire sa Renault 5 vers le bois de Vincennes. Un motard se lance à sa poursuite et essuie des tirs. Bensimon témoignera de la menace des armes, des ordres reçus et du comportement de ses deux passagers. Son récit sera confronté aux dépositions policières. [6] [7]
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6. La dernière confrontation
Sur le plateau de Gravelle, une nouvelle fusillade oppose le couple aux policiers. Le motard Guy Jacob est mortellement atteint. Audry Maupin est blessé et succombe ensuite ; Florence Rey abandonne son arme et se rend. La séquence active a duré environ vingt-cinq minutes. Le bilan habituellement résumé par « cinq morts » comprend donc les quatre victimes tuées pendant la fuite et Maupin lui-même. [3] [5]
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7. Reconstituer sans le principal tireur
Maupin mort, l’instruction ne peut recueillir son récit des faits. Elle s’appuie sur les survivants, les armes, les constatations et la reconstitution des déplacements. Le procès de Florence Rey s’ouvre le 17 septembre 1998. Les expertises attribuent les projectiles mortels à Maupin, mais cela n’épuise pas la question de la responsabilité de sa compagne. Une participation active peut être appréciée au-delà de la seule origine du projectile qui a provoqué le décès. [8] [9]
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8. Les contradictions sur le rôle de Rey
Rey reconnaît avoir tiré pendant la fuite, mais conteste plusieurs affirmations concernant le bois de Vincennes. Des policiers décrivent des tirs depuis l’arrière de la Renault 5 ; Jacky Bensimon rapporte des menaces et des encouragements à tirer qu’elle nie. L’audience confronte ces versions aux traces matérielles. [7] [8]
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9. Les familles devant la cour
Les proches des victimes viennent rappeler des vies que le récit centré sur le couple pourrait effacer. Les témoignages portent sur la perte, l’annonce des décès et les conséquences durables de cette soirée. Les parties civiles demandent des réponses sur les actes, mais aussi sur leur absence apparente de proportion avec le projet initial. Les explications de Rey ne dissipent pas cette incompréhension. [10]
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10. Le cas distinct d’Abdelhakim Dekhar
Abdelhakim Dekhar comparaît avec Florence Rey. L’achat par lui d’un fusil utilisé dans l’affaire est établi, mais il conteste avoir participé au braquage de la préfourrière. La cour le condamne à quatre ans d’emprisonnement pour association de malfaiteurs et l’acquitte du vol à main armée. Le surnom de « troisième homme » ne suffit donc pas à décrire le jugement. La responsabilité retenue contre lui ne doit pas être assimilée à celle du couple dans les fusillades. [9] [11]
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11. Vingt ans, avec des qualifications distinctes
Le 30 septembre 1998, les assises de Paris condamnent Florence Rey à vingt ans de réclusion, alors que trente ans étaient requis. Elle est reconnue complice des trois meurtres de la place de la Nation et coauteure du meurtre de Guy Jacob. Le verdict distingue ainsi les séquences et les formes de participation. Il ne dit pas qu’elle aurait personnellement tiré tous les coups mortels ; il ne la réduit pas davantage à une simple spectatrice entraînée dans la fuite. [5] [9]
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12. La peine et la sortie de prison
Florence Rey est libérée le 2 mai 2009, après près de quinze années de détention. L’administration pénitentiaire confirme sa sortie, rendue publique en juin. Les comptes rendus évoquent les réductions de peine et les études poursuivies en prison. Cette libération intervient dans le cadre de l’exécution de sa condamnation ; elle ne constitue pas une remise en cause du verdict. La fiche s’arrête à ces éléments documentés, sans spéculer sur sa vie privée ultérieure. [12] [13]
Ce qui est établi, ce qui reste incertain
Documenté
Les faits ont tué Laurent Gérard, Thierry Maymard, Guy Jacob et Amadou Diallo. Maupin a également perdu la vie. Rey a été condamnée à vingt ans de réclusion en 1998. Le verdict distingue complicité à Nation et coaction pour le meurtre de Guy Jacob.
Incertain ou non établi
Les témoignages ne concordent pas sur tous les tirs et toutes les paroles. Le mobile ne se résume pas à une explication certaine par l’amour, la révolte ou le cinéma. Dekhar a été acquitté du braquage de la préfourrière : sa participation ne peut être affirmée comme un fait jugé.
Les dates clés
- 4 octobre 1994, vers 21 h 25 — Attaque de la préfourrière.
- Quelques minutes plus tard — Trois morts place de la Nation, puis fuite vers Vincennes.
- Fin de la poursuite — Guy Jacob est tué ; Maupin est mortellement blessé, Rey arrêtée.
- 17 septembre 1998 — Ouverture du procès à Paris.
- 30 septembre 1998 — Vingt ans de réclusion pour Rey ; quatre ans de prison pour Dekhar.
- 2 mai 2009 — Libération de Florence Rey.
Les lieux de l’affaire
Le trajet relie trois lieux : la porte de Pantin, où les armes sont volées ; la place de la Nation, où le taxi rencontre les policiers ; le plateau de Gravelle, dans le bois de Vincennes, où la poursuite s’achève. La photographie montre Nation en 2017, après les faits.
Ce qui rend cette affaire singulière
L’affaire concentre plusieurs scènes criminelles en moins d’une demi-heure. Le procès doit ensuite décomposer ce que l’émotion publique a réuni sous un seul nom de couple : préparation, prises d’otages, tirs et assistance. La distinction entre résultat balistique et responsabilité pénale en constitue un point central.
Sources et méthode
Les comptes rendus de 1998 sont privilégiés pour les déclarations, les expertises rapportées et les qualifications du verdict. Les récits rétrospectifs servent au recoupement. Les paroles contestées restent attribuées. Les autres affaires impliquant Dekhar ne sont pas utilisées pour combler les incertitudes de 1994. Les légendes et archives sont distinguées des photographies des faits.
- Le Monde, déclarations de Florence Rey à l’ouverture du procès, 19 septembre 1998
- Le Parisien, portrait et éléments de personnalité, 17 septembre 1998
- Le Parisien, chronologie de la soirée, 17 septembre 1998
- Le Monde, présentation de l’affaire avant le procès, 18 septembre 1998
- AFP / L’Orient-Le Jour, les qualifications retenues au verdict, 2 octobre 1998
- RTL, retour documentaire sur l’affaire, 2016
- Le Monde, les témoins du bois de Vincennes, 23 septembre 1998
- INA, archive télévisée du procès et des déclarations de Rey
- Le Monde, compte rendu du verdict, 2 octobre 1998
- Le Monde, les familles des victimes à l’audience, 24 septembre 1998
- Le Monde, rappel du rôle et de la condamnation de Dekhar, 21 novembre 2013
- Le Monde, confirmation de la libération, 25 juin 2009
- Le Journal du dimanche, libération et exécution de la peine, juin 2009