
L’ENVERS DE L’AFFAIRE · DOSSIER DOCUMENTAIRE
Fiona : l’affaire Cécile Bourgeon
CRIMES IMPOSSIBLESClermont-Ferrand et Aydat, Puy-de-Dôme ; Riom ; Le Puy-en-Velay ; Lyon
Faits en mai 2013 ; procès de 2016 à 2020 ; pourvoi non admis en février 2022
Vingt ans pour Cécile Bourgeon, dix-huit ans pour Berkane Makhlouf ; condamnation de Bourgeon définitive en 2022
Clermont-Ferrand, 12 mai 2013. Cécile Bourgeon signale que sa fille Fiona, cinq ans, a disparu au parc Montjuzet pendant qu’elle s’assoupissait. Des recherches commencent et l’appel à retrouver l’enfant prend une ampleur nationale. Quatre mois plus tard, cette version s’effondre : Bourgeon et son compagnon Berkane Makhlouf reconnaissent que Fiona est morte et qu’ils ont dissimulé son décès. Les fouilles ne retrouvent pas son corps. Les procès doivent alors déterminer la responsabilité de chacun à partir de déclarations contradictoires et des éléments de l’enquête. En décembre 2020, les assises du Rhône prononcent vingt ans de réclusion pour la mère et dix-huit ans pour Makhlouf. Le dernier recours de Bourgeon échoue en février 2022.
L’affaire en 30 secondes
- Le récit initial
- L’enlèvement annoncé au parc Montjuzet était une mise en scène.
- L’enquête
- Le décès et la dissimulation sont reconnus, mais les accusés se renvoient la responsabilité des violences.
- La décision
- En 2020, vingt ans de réclusion pour Bourgeon et dix-huit ans pour Makhlouf ; le recours de Bourgeon échoue en 2022.
01 / 12
1. 12 mai 2013 : l’alerte au parc Montjuzet
En fin d’après-midi, Cécile Bourgeon se rend au commissariat de Clermont-Ferrand. Elle raconte être venue au parc avec ses deux filles et s’être brièvement endormie. À son réveil, dit-elle, Fiona n’était plus là. Les policiers partent de ce récit pour organiser les recherches. [1] [2]
02 / 12
2. Les recherches et les appels publics
Les enquêteurs cherchent des témoins et une trace de l’enfant. Une information judiciaire pour enlèvement est ouverte. Le portrait de Fiona circule ; des rassemblements expriment l’espoir de la retrouver. Bourgeon et Makhlouf participent aux appels publics. Pendant ces semaines, les proches et les personnes mobilisées ignorent que le point de départ donné aux policiers masque déjà un décès. [1] [3]
03 / 12
3. Septembre 2013 : le scénario s’effondre
Le 24 septembre, les enquêteurs interpellent Bourgeon et Makhlouf à Perpignan, où ils se sont installés pendant l’été. Leurs auditions font tomber la version du parc. Ils reconnaissent que Fiona est morte au domicile et affirment avoir enterré son corps près du lac d’Aydat. [1] [3]
04 / 12
4. Les recherches autour du lac d’Aydat
Les indications des deux mis en cause conduisent les enquêteurs dans un secteur boisé près d’Aydat, au sud-ouest de Clermont-Ferrand. Les fouilles se succèdent, notamment à l’automne 2013 puis en mai 2014. Aucun corps n’est retrouvé. Bourgeon et Makhlouf ne permettent pas de localiser précisément le lieu annoncé. [4] [6]
05 / 12
5. Distinguer les aveux des accusations réciproques
Reconnaître la mort de Fiona et avoir menti sur sa disparition ne revient pas à reconnaître les mêmes gestes. Bourgeon accuse Makhlouf de violences ; il conteste sa version et la met lui-même en cause. Les magistrats doivent confronter ces récits aux témoignages sur le quotidien de l’enfant et aux autres éléments réunis. L’absence de corps empêche une autopsie et laisse des limites à la reconstitution précise des circonstances du décès. [2] [3] [4]
06 / 12
6. Novembre 2016 : deux peines différentes
Le premier procès s’ouvre à Riom le 14 novembre 2016. Le 25 novembre, Makhlouf est condamné à vingt ans de réclusion pour les violences mortelles. Bourgeon est acquittée de ce volet criminel, mais reçoit cinq ans d’emprisonnement pour des délits, dont la non-assistance et la dénonciation mensongère. Le ministère public fait appel. [5] [8]
07 / 12
7. Octobre 2017 : un appel interrompu
Un deuxième procès commence au Puy-en-Velay en octobre 2017. Il ne va pas à son terme. Un conflit entre avocats, autour d’une accusation de subornation de témoin, provoque le départ des défenseurs puis le renvoi des audiences. L’incident explique pourquoi l’affaire compte quatre ouvertures de procès, mais seulement trois verdicts d’assises. [3] [6]
08 / 12
8. Février 2018 : vingt ans pour chacun
Les débats reprennent devant les assises de la Haute-Loire. Le 11 février 2018, les deux accusés sont condamnés à vingt ans de réclusion pour coups mortels aggravés et délits connexes. Leur défense se pourvoit en cassation. Elle critique notamment la manière dont une demande de renvoi a été rejetée au cours du procès. [6] [7]
09 / 12
9. 2019 : le motif précis de l’annulation
Le 20 février 2019, la Cour de cassation annule l’arrêt. Elle retient que la cour d’assises n’a pas motivé son refus de renvoyer l’affaire à une audience ultérieure. La cassation s’étend aux deux accusés, les faits étant indivisibles, et le dossier est envoyé devant les assises du Rhône. Un nouveau procès devra juger les faits. [7]
10 / 12
10. Décembre 2020 : reprendre le dossier à Lyon
Après plusieurs reports, le quatrième procès s’ouvre à Lyon le 1er décembre 2020. Bourgeon, libérée en 2019 après avoir effectué la peine prononcée en première instance, comparaît libre. Les audiences reviennent sur les versions successives et sur la place de chacun dans les violences. Le ministère public requiert trente ans de réclusion contre les deux accusés. Les avocats discutent la preuve des gestes et la qualification de participation ou de complicité. [6] [8] [9]
11 / 12
11. 16 décembre 2020 : les réponses des jurés
La cour et les jurés retiennent des violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner. Ils déclarent les deux accusés coupables et prononcent vingt ans de réclusion pour Bourgeon, dix-huit ans pour Makhlouf. Bourgeon est également reconnue coupable de la dénonciation mensongère de l’enlèvement. Elle repart en détention. [8] [9]
12 / 12
12. 2022 : la condamnation de Bourgeon devient définitive
Le 16 février 2022, la Cour de cassation n’admet pas le pourvoi de Cécile Bourgeon, aucun moyen ne permettant son admission. Sa condamnation devient définitive. Le long parcours des procès se clôt ainsi pour elle, sans que le corps de Fiona ait été retrouvé. Les sources examinées ne documentent pas de découverte ultérieure. [10]
Ce qui est établi, ce qui reste incertain
Documenté
La disparition annoncée au parc était fictive. Fiona est morte, et Bourgeon comme Makhlouf ont été condamnés en décembre 2020 pour les violences mortelles. Les peines sont de vingt et dix-huit ans de réclusion. Le pourvoi de Bourgeon n’a pas été admis en février 2022, rendant sa condamnation définitive.
Incertain ou non établi
Le corps n’a pas été retrouvé dans les sources consultées. Le lieu précis de sa dissimulation et la succession complète des gestes ne peuvent donc pas être décrits comme une scène matériellement reconstituée. Les versions données en audition restent distinctes des faits retenus par les jurés. L’annulation de 2019 ne doit pas être confondue avec un acquittement.
Les dates clés
- 12 mai 2013 — Bourgeon signale une disparition au parc Montjuzet.
- 24 septembre 2013 — Interpellations à Perpignan ; le décès est ensuite reconnu en garde à vue.
- 2013–2014 — Recherches infructueuses autour d’Aydat.
- 25 novembre 2016 — Cinq ans pour Bourgeon, vingt ans pour Makhlouf en première instance.
- Octobre 2017 — Premier procès en appel interrompu.
- 11 février 2018 — Vingt ans de réclusion pour chacun en appel.
- 20 février 2019 — Cassation et renvoi devant les assises du Rhône.
- 16 décembre 2020 — Vingt ans pour Bourgeon et dix-huit ans pour Makhlouf.
- 16 février 2022 — Pourvoi de Bourgeon non admis ; condamnation définitive.
Les lieux de l’affaire
Clermont-Ferrand est le lieu du domicile et du signalement initial. Montjuzet apparaît dans le récit mensonger de l’enlèvement. Les alentours d’Aydat sont fouillés sur les indications du couple. Riom, Le Puy-en-Velay et Lyon accueillent les procès successifs. La photographie montre Clermont-Ferrand depuis Montjuzet, un mois avant le signalement ; elle ne documente pas les faits.
Ce qui rend cette affaire singulière
L’affaire comporte deux basculements distincts : l’abandon de la fausse disparition en 2013, puis l’examen de responsabilités que les accusés se renvoient. Sa durée s’explique aussi par un procès interrompu et une annulation de procédure. Les décisions successives ne sont pas interchangeables : seul leur ordre permet de comprendre pourquoi l’acquittement partiel initial ne décrit plus la situation judiciaire finale.
Sources et méthode
Le récit privilégie les étapes de l’enquête et les décisions, sans description des violences. L’arrêt de cassation de 2019 a été consulté directement. Les comptes rendus du verdict de 2020 et du pourvoi de 2022 fixent les qualifications et les peines. Vérification documentaire : 24 septembre 2026.
- Chronologie de l’enquête avant le premier procès — Le Parisien, novembre 2016
- Communiqué des parties civiles L’Enfant Bleu et La Voix de l’Enfant, 4 octobre 2017
- Les dix ans de l’affaire — 20 Minutes, 12 mai 2023
- Les recherches du corps examinées au procès — TF1 Info, 23 novembre 2016
- Le premier verdict — RTL, 25 novembre 2016
- Chronologie des audiences et des renvois — Le Progrès, 26 novembre 2020
- Arrêt du 20 février 2019, pourvoi 18-81.969 — Cour de cassation, Légifrance
- Le verdict et les précédentes décisions — Le Progrès, 16 décembre 2020
- Les questions posées aux jurés et leurs réponses — Le Progrès, 16 décembre 2020
- Le rejet du dernier pourvoi de Bourgeon — Le Parisien, 16 février 2022