La plage de Berck et la mer, avec une embarcation traditionnelle et une clôture de bois au premier plan.
La plage de Berck en hiver, photographiée le 4 mars 2024. Vue de contexte géographique, postérieure aux faits ; elle ne documente pas leur emplacement exact.Photo : René Hourdry / Wikimedia Commons · Source · CC0 1.0. Photographie redimensionnée et convertie en WebP, sans recadrage ni modification du contenu ; licence conservée.

L’ENVERS DE L’AFFAIRE · DOSSIER DOCUMENTAIRE

Fabienne Kabou, le meurtre d’Adélaïde à Berck et les deux procès

CRIMES IMPOSSIBLES

Saint-Mandé · Paris · Berck-sur-Mer · Saint-Omer · Douai

Novembre 2013 · premier procès en juin 2016 · appel en septembre 2017

Assassinat · quinze ans de réclusion en appel en 2017 · altération du discernement retenue

Berck-sur-Mer, 20 novembre 2013. Des pêcheurs découvrent une petite fille morte sur la plage. Aucune disparition signalée ne permet immédiatement de la nommer. L’enquête reconstitue un voyage depuis la région parisienne et conduit à Fabienne Kabou, arrêtée le 29 novembre. Elle reconnaît avoir laissé sa fille Adélaïde, quinze mois, à la marée montante. Condamnée pour assassinat à vingt ans de réclusion en juin 2016, elle reçoit quinze ans en appel à Douai le 15 septembre 2017, avec une injonction de soins. Les deux procès portent sur une question centrale : comment apprécier sa responsabilité et ses troubles psychiques, sans perdre de vue l’enfant dont la vie s’est arrêtée sur cette plage ?

L’affaire en 30 secondes

Les faits
Adélaïde, quinze mois, est laissée sur la plage à marée montante. Son corps est découvert le 20 novembre 2013.
La justice
Vingt ans de réclusion en juin 2016, puis quinze ans en appel le 15 septembre 2017, avec huit ans de suivi socio-judiciaire.
La question restante
Les actes sont reconnus ; l’évaluation de l’état mental et des raisons du geste nourrit les débats des deux procès.

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1. Une enfant sans identité sur la plage

Au matin du 20 novembre, des pêcheurs de crevettes découvrent le corps d’une fillette à Berck. Aucun signalement de disparition ne correspond immédiatement à cette enfant. L’enquête commence donc par une recherche d’identité et de trajet. Les policiers cherchent qui l’a conduite au littoral. [1] [13]

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2. Le registre d’hôtel, un indice décisif

Des témoignages font apparaître une femme arrivée avec une enfant et repartie seule. L’hôtelier a inscrit un nom proche de Kabou dans son registre. Les policiers exploitent ce renseignement et les images de vidéosurveillance. La diffusion d’un appel à témoins rend l’affaire publique, mais le reportage contemporain du JDD souligne le rôle décisif du patronyme laissé à l’hôtel. [1] [3]

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3. Reconstituer le voyage du 19 novembre

Fabienne Kabou quitte Saint-Mandé avec Adélaïde, rejoint la gare du Nord puis le littoral par train et bus. Elle séjourne à Berck avant de repartir seule le lendemain. Les billets, les images et les témoignages permettent de retracer les déplacements. L’interprétation des préparatifs devient un enjeu judiciaire. [4] [2]

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4. L’arrestation et les aveux

Le 29 novembre 2013, les policiers interpellent Fabienne Kabou à Saint-Mandé. Après des dénégations initiales, elle reconnaît avoir abandonné sa fille sur la plage alors que la mer montait. L’enfant peut enfin être identifiée : Adélaïde, également appelée Ada. L’instruction porte désormais sur les circonstances et les motifs du crime. [3] [13]

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5. Une naissance restée hors de l’état civil

L’enquête révèle qu’Adélaïde n’a pas été déclarée à l’état civil. Son père, Michel Lafon, vit avec elle et sa mère, mais ignore cette absence de déclaration. Il croit ensuite au récit d’un départ de l’enfant chez sa grand-mère au Sénégal. Ces éléments éclairent l’absence d’alerte initiale ; ils ne signifient pas qu’Adélaïde n’a ni vie familiale ni proches attachés à elle. [9] [6]

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6. L’instruction confronte préparation et explications

Fabienne Kabou invoque des forces qui l’auraient guidée et décrit une contrainte intérieure. Les enquêteurs relèvent aussi des préparatifs, dont la consultation des horaires de transport et des marées. L’ordonnance de renvoi, annoncée en juillet 2015, retient la qualification d’assassinat. La question de la préméditation se noue avec celle de son état psychique, sans que ses croyances déclarées soient prises pour des faits. [3] [9]

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7. Saint-Omer, le premier procès

Le procès s’ouvre le 20 juin 2016 devant les assises du Pas-de-Calais. La cour entend l’accusée sur sa vie, sa relation avec sa fille et le voyage à Berck. Les débats portent aussi sur les troubles décrits par les experts. Sa capacité à s’exprimer avec précision ne permet pas de trancher à elle seule la question du discernement au moment du crime. [4] [5]

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8. Adélaïde retrouve une présence à l’audience

Le 22 juin, une courte vidéo tournée avant les faits est projetée aux jurés. Elle montre Adélaïde vivante et rappelle sa place dans le quotidien de ses parents. Son père témoigne de ses promenades avec elle et de son incompréhension. Cet instant déplace l’attention, longtemps concentrée sur l’accusée, vers l’enfant et ce que sa disparition représente pour ses proches. [6]

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9. Les expertises ne se résument pas à une étiquette

Des psychiatres décrivent un fonctionnement délirant ; les débats interrogent son effet sur le discernement. La défense demande que la maladie soit prise en compte. L’accusation insiste sur la préparation des faits et conteste les justifications invoquées. Symptômes rapportés, opinions des parties et décision judiciaire restent distincts. [5] [10]

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10. Vingt ans de réclusion en juin 2016

Le 24 juin, Fabienne Kabou est déclarée coupable d’assassinat et condamnée à vingt ans de réclusion. RTL rapporte que la cour retient l’altération du discernement et ordonne un suivi avec injonction de soins. L’avocat général avait requis dix-huit ans. La défense conteste la sévérité de la peine ; un appel est annoncé le 1er juillet. [7] [8]

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11. À Douai, un nouvel examen

Le second procès commence le 8 septembre 2017 devant les assises du Nord. La défense, portée par Fabienne Roy-Nansion et Frank Berton, insiste sur les troubles psychiques. Les experts ne décrivent pas tous le même fonctionnement, même si l’altération du discernement est retenue dans leurs conclusions rapportées. Le père d’Adélaïde revient comme témoin, sans renouveler sa constitution de partie civile. [9] [10]

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12. Quinze ans en appel, avec des soins

Le 15 septembre 2017, la peine est ramenée à quinze ans de réclusion, assortie de huit ans de suivi socio-judiciaire avec injonction de soins. L’avocate générale avait demandé dix-huit ans. La cour retient l’altération du discernement, tout en prononçant une condamnation. Les sources ne décrivent donc ni acquittement ni irresponsabilité pénale totale. Ce verdict est le dernier repère judiciaire documenté ici. [11] [12]

Ce qui est établi, ce qui reste incertain

Établi

Adélaïde est morte noyée après avoir été laissée par sa mère sur la plage. Fabienne Kabou reconnaît les actes et est condamnée pour assassinat. La peine passe de vingt à quinze ans entre les deux procès. L’altération du discernement et la nécessité de soins sont prises en compte. [7] [11] [12]

Incertain ou non établi

Les motivations intimes ne se confondent pas avec le trajet matériel reconstitué. Les experts ont discuté la nature des troubles ; aucune force surnaturelle n’est un fait démontré. Les informations publiques consultées ne permettent pas de fixer la situation pénitentiaire actuelle ni une date de libération. [5] [10]

Les dates clés

  1. 19 novembre 2013 Voyage de Saint-Mandé à Berck avec Adélaïde. [4]
  2. Nuit du 19 au 20 novembre L’enfant est laissée sur la plage à marée montante. [7] [9]
  3. 20 novembre 2013 Découverte du corps par des pêcheurs. [1]
  4. 29 novembre 2013 Interpellation de Fabienne Kabou et identification de l’enfant. [3]
  5. Juillet 2015 Renvoi devant les assises pour assassinat. [3]
  6. 20–24 juin 2016 Premier procès à Saint-Omer ; peine de vingt ans. [4] [7]
  7. 1er juillet 2016 Appel de la condamnation. [8]
  8. 8–15 septembre 2017 Procès à Douai ; peine ramenée à quinze ans. [9] [12]

Les lieux de l’affaire

  • Saint-Mandé — Lieu de vie de la mère et de l’enfant, puis de l’interpellation. L’enquête y reconstitue la vie familiale. [2] [9]
  • Paris, gare du Nord — Les images de vidéosurveillance participent à la reconstitution de l’aller et du retour. [2]
  • Berck-sur-Mer — La plage est le lieu de l’abandon et de la découverte. La photographie, réalisée en 2024, montre le littoral sans désigner l’emplacement précis des faits. [1] [3]
  • Saint-Omer et Douai — Le premier procès se tient dans le Pas-de-Calais, puis l’appel dans le Nord. Les deux villes correspondent à deux décisions successives. [7] [12]

Ce qui rend cette affaire singulière

Le dossier commence par une enfant non identifiée et se poursuit par deux procès centrés sur la responsabilité de sa mère. Il montre les limites d’une lecture fondée sur l’apparence, l’aisance verbale ou le caractère déroutant d’une accusée. La peine et les soins sont discutés ensemble, sans effacer la culpabilité retenue. L’enjeu documentaire est de conserver la place d’Adélaïde tout en restituant les désaccords des professionnels qui ont tenté de comprendre le geste. [5] [6] [10] [11]

Sources et méthode

La reconstitution repose sur des reportages d’enquête et des comptes rendus des deux procès. Le rôle du nom inscrit à l’hôtel est distingué de celui des caméras et de l’appel à témoins. La nuit des faits est séparée de la découverte du 20 novembre. Certaines publications anciennes présentent des hypothèses psychiatriques ensuite discutées : le dossier privilégie les débats de 2016–2017 et attribue les avis aux intervenants. L’altération du discernement est rapportée dès le verdict de 2016 ; la réduction de peine intervient en appel. Les expertises et les arrêts complets ne sont pas reproduits ici. Aucune actualité pénitentiaire non vérifiée n’est ajoutée. Vérification documentaire : 30 septembre 2026.

  1. Le JDD, Stéphane Joahny — La « petite princesse de Berck » s’appelait Adélaïde, 1er décembre 2013
  2. Le Parisien — Le récit de Fabienne Kabou devant le juge, 18 septembre 2014
  3. Le Parisien — Renvoi de Fabienne Kabou devant les assises pour assassinat, 10 juillet 2015
  4. Le Monde — Ouverture du procès à Saint-Omer, 20 juin 2016
  5. RTL — Le débat sur les troubles psychiques au premier procès, juin 2016
  6. RTL — Une vidéo d’Adélaïde présentée aux jurés, juin 2016
  7. RTL — Fabienne Kabou condamnée à vingt ans de réclusion, 24 juin 2016
  8. Le Monde — Fabienne Kabou fait appel, 1er juillet 2016
  9. Le Parisien, Pascale Égré — Ouverture du procès en appel à Douai, 8 septembre 2017
  10. La Dépêche du Midi / AFP — Peine plus clémente en appel, 15 septembre 2017
  11. RTL — Quinze ans de réclusion et huit ans de suivi socio-judiciaire en appel, 15 septembre 2017
  12. Le Parisien — Le verdict du procès en appel, 15 septembre 2017
  13. RTL — Le profil psychiatrique au cœur des deux procès, retour documentaire