Le vieux village des Angles sur une colline boisée, avec des maisons en pierre et un clocher sous un ciel bleu.
Le vieux village des Angles, dans le Gard. Photographie de contexte géographique pour le dossier Évelyne Boucher ; elle ne représente pas les faits de l’affaire.Photo : Vi..Cult... / Wikimedia Commons · retouche ThomasPusch · Source · CC BY-SA 3.0. Photographie redimensionnée et convertie en WebP, sans recadrage ni modification du contenu.

L’ENVERS DE L’AFFAIRE · DOSSIER DOCUMENTAIRE

Évelyne Boucher, l’ADN et l’enquête

CRIMES IMPOSSIBLES

Villeneuve-lès-Avignon · Les Angles · Avignon · Nîmes · Lyon

Crime : décembre 1987 · identification : juin 2006 · procès : 2008–2009

Perpétuité confirmée en appel en 2009 · condamné décédé en détention en 2023

Villeneuve-lès-Avignon, décembre 1987. Évelyne Boucher, lycéenne de 16 ans, disparaît près de chez elle. Des chasseurs découvrent son corps aux Angles. L’enquête conserve une trace biologique, mais il faut attendre juin 2006 pour que sa comparaison avec un fichier génétique conduise à Robert Greiner, ancien pompier d’Avignon. Condamné à perpétuité en 2008, puis en appel en 2009, il continue de nier le meurtre et meurt en détention en janvier 2023. L’affaire montre comment un indice peut désigner un homme près de dix-neuf ans après les faits, sans que tous les détails du crime soient éclaircis par des aveux.

L’affaire en 30 secondes

La disparition
Une lycéenne de 16 ans disparaît en décembre 1987 ; son corps est retrouvé dans le Gard.
La justice
Robert Greiner est condamné à perpétuité en 2008 et en appel en 2009. Il meurt en prison en 2023.
La question restante
Comment la trace conservée depuis 1987 a-t-elle permis une identification aussi tardive ?

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1. Une adolescente ne rentre pas

Évelyne vit à Villeneuve-lès-Avignon et est scolarisée à Avignon. En décembre 1987, elle ne rejoint pas son domicile après avoir quitté une amie. Sa famille donne l’alerte. Les récits de presse situent la disparition au début de la deuxième semaine de décembre, avec des divergences d’un jour selon les archives. [1] [3] [11]

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2. La découverte aux Angles

Des chasseurs retrouvent le corps de l’adolescente dans un secteur isolé des Angles, commune voisine. Les constatations établissent un crime ; la procédure portera sur un viol et un meurtre. Des prélèvements biologiques sont recueillis. Ils deviendront déterminants bien plus tard, alors que les premières recherches ne permettent pas d’identifier l’auteur. [8] [12]

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3. La famille maintient l’affaire ouverte

Gisèle Cronier, la mère d’Évelyne, et ses proches poursuivent leurs démarches pendant les années sans réponse. Des appels publics et des émissions consacrées aux affaires non résolues donnent une nouvelle visibilité au dossier. À Nîmes, le juge d’instruction Christian Lernoud explore les pistes disponibles. Cette continuité importe : la future identification s’appuie sur une enquête et des pièces qui n’ont pas été abandonnées. [3]

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4. Un profil sans identité

Les analyses permettent d’isoler un profil génétique au cours des années 1990. Mais disposer d’une empreinte ne fournit pas automatiquement un nom. Il faut un élément de comparaison. Les investigations s’étendent à différents suspects et à des personnes de l’entourage ; une campagne de prélèvements menée en 2002 ne résout pas le crime. La trace reste exploitable, tandis que son détenteur demeure inconnu des enquêteurs chargés du dossier. [1] [3]

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5. Ce que change le fichier national

Créé par la loi du 17 juin 1998, le FNAEG centralise notamment les profils issus de traces inconnues et ceux de personnes identifiées dans des procédures pénales. Il rend possibles des rapprochements entre enquêtes éloignées dans le temps. La Gendarmerie précise qu’un rapprochement doit être validé par un expert. Ce mécanisme identifie une origine biologique ; il reste ensuite à expliquer les circonstances dans lesquelles la trace a été déposée. [4] [5]

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6. Une altercation au pont du Gard

En 2003, Robert Greiner est impliqué dans une bagarre sur le parking du pont du Gard. Cette affaire de violences entraîne une condamnation et un prélèvement destiné au fichier génétique. Elle n’a, à l’origine, aucun lien apparent avec Évelyne. C’est pourtant ce passage par une autre procédure qui fournit l’élément de comparaison manquant. L’avancée tient à la rencontre de deux dossiers, et non à une dénonciation tardive. [6] [3]

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7. Le rapprochement de juin 2006

En juin 2006, la concordance entre le profil de Greiner et la trace du dossier Boucher entraîne son arrestation puis sa mise en examen. Près de dix-neuf ans ont passé depuis le crime. Cet ancien pompier d’Avignon apparaît désormais au centre des investigations. Le résultat génétique change l’échelle de l’enquête : les policiers peuvent confronter un homme identifié aux éléments matériels, aux lieux et aux déclarations déjà recueillies. [1] [12]

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8. Une preuve contestée

Greiner nie avoir tué Évelyne. Dès l’instruction, son avocat Patrick Gontard demande une contre-expertise et interroge les conditions des analyses. La conservation des prélèvements devient ainsi un sujet judiciaire, avec leur origine et leur interprétation. La défense conteste le passage d’une concordance biologique à une accusation de meurtre. [2]

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9. Le procès de Nîmes

Le procès s’ouvre le 7 avril 2008 devant la cour d’assises du Gard. Greiner admet que le profil identifié est le sien, tout en rejetant sa participation au crime. Il avance différentes explications pour tenter de dissocier cette trace du meurtre, dont l’hypothèse d’une manipulation. Les questions de l’accusation portent sur leur cohérence. Cette évolution de sa position ne constitue pas un aveu des faits pour lesquels il est jugé. [7]

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10. La première perpétuité

Le 10 avril 2008, la cour d’assises du Gard condamne Robert Greiner à la réclusion criminelle à perpétuité pour le viol et le meurtre d’Évelyne Boucher. Le verdict suit les réquisitions du ministère public. Sa mère, sa sœur et son beau-père assistent à cette issue attendue depuis vingt ans. L’accusé proteste et son avocat annonce un appel : la première décision ne met donc pas immédiatement fin au débat judiciaire. [8]

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11. L’appel puis la demande de révision

La cour d’assises du Rhône examine à nouveau l’affaire en 2009. La défense continue de contester le meurtre ; la peine de perpétuité est confirmée. Bien plus tard, Greiner cherche encore à faire reprendre le dossier. En mars 2021, la commission d’instruction de la cour de révision rejette sa requête. Cette décision laisse subsister la condamnation. Une demande de révision ne signifie pas, à elle seule, qu’une erreur judiciaire a été reconnue. [9] [10]

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12. Le décès en détention

Robert Greiner meurt le 9 janvier 2023, à 70 ans, alors qu’il est toujours détenu. Son avocat confirme le décès à RMC et indique qu’une demande d’aménagement de peine était en cours. Il faut distinguer cette demande d’une remise en liberté effective, qui n’a pas eu lieu. Les deux condamnations restent le résultat judiciaire de l’affaire ; le décès ferme la possibilité d’un récit ultérieur du crime livré par le condamné. [11] [12]

Ce qui est établi, ce qui reste incertain

Établi

Le rapprochement génétique conduit à Greiner en 2006. Deux cours d’assises le condamnent à perpétuité, en 2008 puis en 2009. Une requête en révision est rejetée en 2021. Son décès survient en détention en janvier 2023. [10] [12]

Incertain ou contesté

Il continue de nier le meurtre. Les sources ne permettent pas de reconstituer chaque étape de la rencontre et du passage à l’acte. Cette limite du récit documentaire ne modifie pas le résultat des procès. Les archives divergent aussi sur le jour exact de la disparition. [2] [9] [11]

Les dates clés

  1. Décembre 1987 Disparition d’Évelyne Boucher et découverte de son corps aux Angles. [8]
  2. Années 1990 Exploitation génétique des prélèvements conservés. [3]
  3. 2003 puis juin 2006 Une affaire de violences fournit le profil qui permet le rapprochement. [6] [1]
  4. 10 avril 2008 Première condamnation à perpétuité, à Nîmes. [8]
  5. 2009 puis mars 2021 Perpétuité confirmée en appel ; une requête en révision est ensuite rejetée. [10]
  6. 9 janvier 2023 Robert Greiner meurt alors qu’il exécute sa peine. [11]

Les lieux de l’affaire

  • Villeneuve-lès-Avignon et Les Angles — Le lieu de vie d’Évelyne et la commune où son corps est découvert. [12]
  • Le pont du Gard — Le parking où survient l’altercation à l’origine d’une autre procédure. [6]
  • Nîmes et Lyon — Les villes des deux procès d’assises. [8] [10]

Ce qui rend cette affaire singulière

Le temps n’a pas effacé toute possibilité d’identification. Une trace ancienne, des analyses devenues plus performantes et un nouveau profil de comparaison finissent par se rejoindre. L’affaire illustre le rôle de la conservation des pièces autant que celui du fichier. Elle montre aussi pourquoi une preuve scientifique doit rester discutée au procès : le résultat d’un laboratoire prend son sens judiciaire avec l’ensemble du dossier. [4] [5] [7]

Sources et méthode

Les articles d’instruction et d’audience sont rapprochés des informations sur la révision et le décès. Les sources officielles expliquent le fichier génétique. Les archives divergent entre les 7, 8 et 9 décembre pour la disparition ou la découverte : le mois est retenu lorsque le jour ne peut être établi de manière suffisamment sûre. Vérification documentaire : 1er octobre 2026.

  1. La Dépêche, identification génétique et premières investigations, 22 juin 2006
  2. Le Parisien, contestation des résultats et instruction, 8 juillet 2006
  3. Objectif Gard / Objectif Sud, le combat de la famille et du juge, rétrospective
  4. Gendarmerie nationale, création du FNAEG et conservation des prélèvements biologiques
  5. CNIL, présentation du Fichier national des empreintes génétiques
  6. Le Monde, ouverture du procès et origine du prélèvement, 8 avril 2008
  7. La Dépêche / AFP, débats du premier procès, 7 avril 2008
  8. La Dépêche / AFP, condamnation à perpétuité, 10 avril 2008
  9. Le Dauphiné libéré, débats du procès en appel, 1er octobre 2009
  10. Le Dauphiné libéré, rejet de la requête en révision, 31 mars 2021
  11. RMC Crime, décès de Robert Greiner en détention, 16 janvier 2023
  12. Objectif Gard / Objectif Sud, décès et rappel des deux condamnations, 15 janvier 2023