Portail de la cour d’appel de Versailles photographié en 2012.
Entrée de la cour d’appel de Versailles, photographiée le 24 juillet 2012. Vue de contexte judiciaire, postérieure aux faits.Photo : Mickael Denet (Strologoff) / Wikimedia Commons · Source · CC BY-SA 3.0. Photographie conservée en entier, redimensionnée et convertie en WebP ; même licence, sans ajout ni reconstitution.

L’ENVERS DE L’AFFAIRE · DOSSIER DOCUMENTAIRE

Eugène Weidmann, les meurtres de 1937

CRIMES IMPOSSIBLES

Paris · La Celle-Saint-Cloud · Sologne · Fontainebleau · Versailles

Six meurtres en 1937 · Procès et exécution en 1939

Condamné à mort le 31 mars 1939 ; exécuté le 17 juin 1939 à Versailles.

La Celle-Saint-Cloud, 8 décembre 1937. L’arrestation d’Eugène Weidmann conduit les policiers de la villa La Voulzie à une série de six meurtres commis depuis juillet. Les aveux et les découvertes matérielles débouchent sur le procès de Versailles et une condamnation à mort. Son exécution, le 17 juin 1939, est la dernière organisée en public en France. Reste à comprendre comment cette histoire de vols et de faux rendez-vous devient aussi un tournant dans la mise en scène de la justice.

L’affaire en 30 secondes

Les faits
Six personnes tuées entre juillet et novembre 1937.
La justice
Condamnation à mort de Weidmann ; peines distinctes pour les autres accusés.
Le tournant
Son exécution précède la fin des mises à mort publiques en France.

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1. Paris en 1937 : le décor d’un projet criminel

L’Exposition internationale attire à Paris des visiteurs français et étrangers. Eugène Weidmann, venu d’Allemagne, s’installe dans la région parisienne au printemps 1937. Il retrouve Roger Million et Jean Blanc, connus au cours de son parcours carcéral. Leur projet associe enlèvements, demandes de rançon et vols. [1][2]

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2. La Voulzie et les identités empruntées

La villa La Voulzie, à La Celle-Saint-Cloud, devient le point d’ancrage du groupe. Weidmann se présente sous différents noms selon ses interlocuteurs. Il peut ainsi jouer le visiteur étranger, le client ou l’intermédiaire proposant un travail. Roger Million participe à plusieurs opérations ; Jean Blanc et Colette Tricot apparaissent aussi dans le dossier. [1][2]

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3. Juillet : la disparition de Jean de Koven

Le 23 juillet 1937, Jean de Koven, danseuse américaine en voyage en France, disparaît après avoir rencontré Weidmann. Elle est tuée à La Voulzie et son argent est dérobé. Des demandes de rançon entretiennent ensuite auprès de ses proches la perspective d’une libération. Les enquêteurs travaillent donc d’abord sur une disparition et un chantage, alors que la victime est déjà morte. Son corps ne sera retrouvé qu’après l’arrestation de décembre. [1]

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4. Septembre : un chauffeur pris au piège

Joseph Couffy accepte une course pour un homme qui se présente comme un voyageur. En septembre, le trajet conduit le chauffeur vers la Sologne, dans le secteur de Nouan-le-Fuzelier. Weidmann le tue et emporte sa voiture ainsi que de l’argent. La découverte du corps ouvre une enquête distincte. Le véhicule, transformé et dissimulé, reliera plus tard ce meurtre au lieu où vit le suspect. [1][3]

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5. Octobre : une offre d’emploi et une promesse d’affaires

Jeanine Keller répond à une proposition de travail. Le déplacement organisé par Weidmann et Million la conduit en forêt de Fontainebleau, où elle est tuée. Dans le même mois, Roger Leblond, lié au monde du spectacle, rencontre les deux hommes autour d’un projet présenté comme une affaire à financer. Il est à son tour assassiné et dépouillé. Les prétextes changent, mais les rendez-vous construisent une confiance qui facilite les déplacements vers des lieux isolés. [1][2]

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6. Novembre : Frommer puis Lesobre

Fritz Frommer, une connaissance allemande de Weidmann, compte parmi les deux dernières victimes. Son corps est dissimulé à La Voulzie. Raymond Lesobre, agent immobilier, est tué à la fin de novembre pendant une visite. L’enquête sur cette dernière mort permet aux policiers de remonter vers le suspect. [1][2]

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7. 8 décembre 1937 : l’interpellation

Les policiers retrouvent Weidmann à La Voulzie le 8 décembre 1937. L’arrestation est violente : il ouvre le feu et blesse deux inspecteurs avant d’être maîtrisé. Elle prolonge les vérifications menées après le meurtre de Lesobre. [1][2]

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8. Des aveux confrontés aux découvertes

Dès le lendemain, les déclarations de Weidmann orientent les recherches vers plusieurs victimes. À La Voulzie, les corps de Jean de Koven et de Fritz Frommer sont retrouvés ; ailleurs, ses indications éclairent les autres scènes. La voiture de Couffy constitue également un lien matériel. L’enquête doit confronter ses versions aux lieux, aux objets et aux témoignages. [1][2]

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9. Mars 1939 : le procès de Versailles

Weidmann, Million, Blanc et Tricot comparaissent devant les assises de Seine-et-Oise, à Versailles. Le procès attire journalistes et public. Vincent de Moro-Giafferi rejoint les avocats de Weidmann, dont Roger Planty, Jean Raoult et Renée Jardin. La défense discute les responsabilités individuelles et combat la peine de mort. Les proches des victimes sont représentés, mais leurs interventions reçoivent moins d’attention que les plaidoiries et la personnalité de l’accusé principal. [2][4]

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10. 31 mars : quatre accusés, des issues différentes

Le 31 mars 1939, Weidmann et Million sont condamnés à mort. Jean Blanc reçoit vingt mois de prison et Colette Tricot est acquittée. Ces décisions interdisent de présenter tous les membres du groupe comme condamnés pour les mêmes actes. Les recours et la grâce présidentielle deviennent les dernières étapes pour les deux condamnés à mort. Le 16 juin, Albert Lebrun commue la peine de Million en détention à perpétuité ; la grâce de Weidmann est refusée. [2][4][5]

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11. 17 juin 1939 : la dernière exécution publique

Weidmann est exécuté devant la prison Saint-Pierre de Versailles le 17 juin 1939. La foule, les photographes et les images tournées malgré les restrictions font de cette exécution un événement public. Les récits de presse dénoncent ou alimentent le spectacle. Cet épisode restera dans l’histoire comme la dernière exécution publique en France. Il ne marque pourtant ni la fin de la guillotine ni l’abolition de la peine capitale. [4][5][6]

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12. 24 juin : la peine de mort passe derrière les murs

Une semaine après l’exécution, le décret du 24 juin 1939 prévoit que les mises à mort se déroulent à l’intérieur des établissements pénitentiaires, devant un cercle limité de personnes. Le ministère de la Justice replace cette mesure dans un mouvement ancien d’éloignement du public. L’affaire accélère donc la disparition du spectacle de l’espace public. L’abolition française intervient seulement en 1981 : le secret de l’exécution et sa suppression sont deux étapes distinctes. [6][7]

Ce qui est établi, ce qui reste incertain

Documenté

Les six victimes sont identifiées : Jean de Koven, Joseph Couffy, Jeanine Keller, Roger Leblond, Fritz Frommer et Raymond Lesobre. L’arrestation, les découvertes et les verdicts sont documentés. Weidmann est exécuté ; la peine de Million est commuée. Le décret de juin 1939 change le lieu et la publicité des exécutions.

Incertain ou non établi

Les explications intimes du meurtrier et certains dialogues reproduits par la presse ne constituent pas des faits indépendamment vérifiés. Les détails de la répartition des gestes font débat à l’audience. Les portraits romancés, la fascination pour son apparence et les récits sur la foule doivent être distingués du dossier judiciaire.

Les dates clés

  1. Juillet 1937 — Disparition et meurtre de Jean de Koven.
  2. Septembre–novembre 1937 — Cinq autres homicides.
  3. 8–9 décembre 1937 — Arrestation, aveux et premières découvertes.
  4. Mars 1939 — Procès aux assises de Seine-et-Oise.
  5. 31 mars 1939 — Verdict contre les quatre accusés.
  6. 16–17 juin 1939 — Grâce de Million puis exécution de Weidmann.
  7. 24 juin 1939 — Décret mettant fin aux exécutions publiques.

Les lieux de l’affaire

Paris fournit les rencontres et les prétextes ; La Voulzie, à La Celle-Saint-Cloud, abrite le suspect et deux corps. Les autres scènes conduisent notamment vers la Sologne et Fontainebleau. Versailles rassemble le procès et l’exécution. La photographie montre la cour d’appel en 2012, comme contexte judiciaire contemporain, sans représenter une audience de 1939.

Ce qui rend cette affaire singulière

Le dossier associe une série de crimes de prédation à une transformation de la justice pénale. Les moyens employés restent concrets : faux noms, offres d’emploi, déplacements et vols. Sa mémoire publique se concentre pourtant sur le condamné et son exécution. Revenir aux six noms et aux différences entre les verdicts permet de restituer ce que cette célébrité tend à effacer.

Sources et méthode

La presse de 1937–1939 est confrontée aux travaux sur le procès et à l’histoire publiée par le ministère de la Justice. Les dialogues reconstitués et le vocabulaire sensationnaliste des journaux ne sont pas repris comme des preuves. Certaines rétrospectives comportent des coquilles de dates ; l’arrestation de décembre 1937 et l’exécution de juin 1939 sont recoupées. Le dossier ne prétend pas reposer sur une consultation intégrale des archives d’assises. Vérification documentaire : 28 septembre 2026.

  1. Détective, no 540, 1939 — enquête rétrospective et chronologie, exemplaire numérisé par Criminocorpus
  2. Actu-Juridique — Les grands procès des Yvelines : l’affaire Weidmann, 23 décembre 2024
  3. Criminocorpus — L’assassinat du chauffeur à Nouan-le-Fuzelier, complainte de 1937 et notice
  4. RetroNews / BnF — 17 juin 1939 : la dernière exécution publique en France, 26 août 2020
  5. Le Dauphiné libéré — Qui ont été les derniers exécutés en France ?, 9 octobre 2021
  6. Ministère de la Justice — Cahiers d’études pénitentiaires et criminologiques no 57, histoire de la peine de mort
  7. Ministère de la Justice — La peine de mort, une histoire pénitentiaire, 2021