
L’ENVERS DE L’AFFAIRE · DOSSIER DOCUMENTAIRE
Christine Malèvre : les meurtres à l’hôpital
CRIMES IMPOSSIBLESHôpital François-Quesnay, Mantes-la-Jolie ; assises de Versailles puis Paris, France
Décès poursuivis de février 1997 à mai 1998 ; deux procès en 2003 ; libération en 2007
Douze ans de réclusion en appel pour six assassinats ; interdiction définitive d’exercer comme infirmière
Mantes-la-Jolie, mai 1998. Plusieurs décès dans le service de neurologie-pneumologie de l’hôpital François-Quesnay inquiètent les soignants. La direction suspend l’infirmière Christine Malèvre et saisit la justice. Ses premières déclarations, puis ses rétractations, placent bientôt l’affaire au centre du débat sur la fin de vie. Les audiences vont pourtant examiner une question plus précise : quels gestes a-t-elle accomplis, sur quels patients et avec quelle intention ? En 2003, deux procès retiennent six assassinats sur les sept poursuivis. La peine passe de dix à douze ans de réclusion en appel. Le dossier oblige à distinguer les soins destinés à soulager, les justifications de l’accusée et les faits que les jurés ont reconnus.
L’affaire en 30 secondes
- L’alerte
- Des décès suspects conduisent la direction hospitalière à suspendre l’infirmière et saisir la justice.
- Le dossier jugé
- Sept décès sont poursuivis ; six assassinats sont retenus aux deux procès.
- La décision d’appel
- Douze ans de réclusion et interdiction définitive d’exercer la profession d’infirmière.
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1. Un service confronté à des maladies graves
Christine Malèvre rejoint en 1995 le service de neurologie-pneumologie de l’hôpital François-Quesnay. Les équipes y prennent en charge des patients atteints de maladies graves. Sa compétence professionnelle est reconnue par plusieurs collègues. Dans ce contexte, un décès peut d’abord paraître compatible avec l’évolution d’une maladie. [2] [9]
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2. Mai 1998 : les soupçons se précisent
La mort de Jacques Gutton, le 3 mai 1998, cristallise les inquiétudes de soignants. D’autres décès récents sont examinés, notamment celui de Patrice Collin. Le 6 mai, la direction entend Malèvre et la suspend. La justice est saisie. [1] [2]
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3. Des déclarations qui changent au fil de l’enquête
Entendue durant l’été 1998, Malèvre évoque d’abord une trentaine de morts qu’elle aurait provoquées ou accélérées. Elle revient ensuite sur ce récit et réduit progressivement le nombre de cas reconnus. Au procès de janvier 2003, elle n’admet plus sa responsabilité que pour deux patients. Le chiffre initial ne constitue donc pas un bilan établi. Il faut le distinguer des décès poursuivis et de ceux qui donneront lieu à une condamnation. [3] [4]
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4. Reprendre les dossiers et les gestes
Les enquêteurs confrontent dossiers médicaux, témoignages et explications de l’infirmière. Une reconstitution en avril 1999 teste notamment son récit d’un incident avec une seringue électrique. Selon le juge d’instruction Richard Pallain, interrogé ensuite par RTL, le fonctionnement constaté contredit sa version. Cette vérification technique porte sur un épisode déterminé : elle prend son sens avec les autres éléments recueillis pour ce décès. [1]
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5. Le signal statistique et ses limites
Une étude relève une fréquence de décès plus élevée lorsque Malèvre est présente. Ce constat oriente les investigations, mais une différence statistique ne dit pas à elle seule ce qui est arrivé à chaque patient. Les audiences doivent examiner les pathologies, l’état de santé, les traitements et les témoignages disponibles. [3] [9]
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6. Le débat public ne remplace pas le dossier
L’affaire est rapidement associée à l’euthanasie. Malèvre intervient dans les médias puis publie un livre. Sa défense invoque la compassion et des demandes attribuées aux patients. Les familles et l’accusation contestent cette présentation. Les jurés n’ont pas à trancher un débat abstrait sur la fin de vie : ils doivent déterminer si les actes reprochés ont eu lieu, avec quelle intention, et si les justifications avancées correspondent aux faits. [2] [5]
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7. Sept décès sont renvoyés devant les assises
Au terme de l’instruction, sept assassinats sont soumis aux assises. Les faits examinés s’échelonnent entre février 1997 et mai 1998. La sélection des dossiers marque une différence avec les soupçons et les chiffres évoqués au début de l’affaire. L’audience peut retenir une responsabilité dans un cas et l’écarter dans un autre. [3] [6]
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8. Janvier 2003 : les audiences de Versailles
Le procès s’ouvre le 20 janvier devant les assises des Yvelines. Les médecins, les soignants et les proches sont entendus. Malèvre reconnaît avoir provoqué la mort d’Hubert Bruyelle et de Patrick Hauguel, en affirmant avoir répondu à leur demande. Elle conteste les autres assassinats. L’accusation reprend les dossiers un à un ; la défense insiste sur les incertitudes entourant les décès et sur la fragilité des premières déclarations. [4] [5] [6]
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9. 31 janvier : six assassinats retenus
La cour condamne Malèvre à dix ans de réclusion criminelle et lui interdit définitivement d’exercer sa profession. Elle est reconnue coupable de six assassinats sur sept. Pour la mort de Denise Le Maout, elle est acquittée. Cette décision partielle doit rester visible : la conviction des proches ou les accusations initiales ne remplacent pas le verdict. L’infirmière, qui avait comparu libre, est incarcérée après la décision. [6]
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10. Octobre 2003 : un nouveau procès à Paris
L’appel conduit à un nouvel examen devant les assises de Paris. L’accusée maintient qu’elle n’a aidé à mourir que deux patients. Le ministère public requiert une peine de quinze à dix-huit ans, tandis que les avocats demandent une sanction plus légère que lors du premier procès. Le débat demeure centré sur les gestes, l’intention et les responsabilités. [7] [8]
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11. Douze ans et une interdiction professionnelle
Le 15 octobre 2003, les assises d’appel prononcent douze ans de réclusion, deux ans de plus qu’à Versailles. Elles retiennent de nouveau six assassinats et maintiennent l’acquittement concernant Denise Le Maout. L’interdiction définitive d’exercer comme infirmière accompagne la peine. Le terme juridique d’assassinat signifie que la préméditation a été retenue ; il ne se confond pas avec une faute de soin ou un accident thérapeutique. [7] [8]
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12. Après les procès, distinguer peine et récit public
Malèvre est libérée en 2007. Cette sortie ne constitue pas une annulation de sa condamnation. L’histoire de l’affaire reste souvent racontée à travers des surnoms ou une opposition entre compassion et cruauté. Les décisions permettent un repère plus précis : six assassinats retenus, un acquittement et une interdiction professionnelle. [8] [10]
Ce qui est établi, ce qui reste incertain
Documenté
Deux cours d’assises ont retenu six assassinats. L’appel a porté la peine de dix à douze ans de réclusion en octobre 2003. L’acquittement dans le dossier Denise Le Maout a été maintenu. Une interdiction définitive d’exercer comme infirmière accompagne la condamnation. Malèvre a été libérée en 2007.
Incertain ou non établi
Le nombre de décès initialement évoqué dans les déclarations de Malèvre n’est pas un nombre de crimes démontrés. Les statistiques du service ne permettent pas d’attribuer indistinctement les morts à l’infirmière. Ses justifications et les analyses de sa personnalité doivent rester attribuées à leurs auteurs, sans diagnostic rétrospectif ajouté au dossier.
Les dates clés
- 1995 — Affectation de Christine Malèvre au service de neurologie-pneumologie.
- Février 1997–mai 1998 — Période des décès examinés aux assises.
- 6 mai 1998 — Suspension hospitalière et signalement à la justice.
- Juillet 1998 — Premières déclarations aux enquêteurs et mise en examen.
- 20 janvier 2003 — Ouverture du procès à Versailles.
- 31 janvier 2003 — Dix ans de réclusion pour six assassinats ; un acquittement.
- 15 octobre 2003 — Douze ans de réclusion en appel à Paris.
- 2007 — Libération de Christine Malèvre.
Les lieux de l’affaire
L’hôpital François-Quesnay se trouve à Mantes-la-Jolie, dans les Yvelines. Le premier procès se déroule à Versailles, puis l’appel à Paris. Cette géographie sépare le lieu des soins et des investigations des juridictions qui examinent l’affaire. La photographie de Mantes-la-Jolie donne un contexte urbain ; elle ne montre ni une chambre hospitalière ni un patient.
Ce qui rend cette affaire singulière
L’affaire interroge le passage d’une inquiétude interne à une enquête judiciaire. Elle montre aussi le risque de laisser une cause publique absorber l’examen de cas individuels. Les jurés ont dû distinguer ce qui relevait du discours de l’accusée, du fonctionnement hospitalier et des faits prouvés. L’acquittement partiel rappelle la nécessité de conserver cette lecture dossier par dossier.
Sources et méthode
Les comptes rendus de 2003 fixent les deux verdicts. Les témoignages rétrospectifs du juge et les archives éclairent les vérifications. Le débat sur la fin de vie est replacé dans son époque ; aucune règle médicale actuelle n’est déduite de cette affaire. Vérification documentaire : 23 septembre 2026.
- Le déroulement de l’enquête, avec le juge Richard Pallain — RTL
- Christine Malèvre, une infirmière seule face à ses juges — Larousse, Journal de l’année 2004
- L’infirmière sera jugée pour sept assassinats — Le Parisien, 26 mars 2002
- Christine Malèvre revient sur ses aveux — Le Monde / Reuters, 21 janvier 2003
- Le réquisitoire du premier procès — La Dépêche, 31 janvier 2003
- Dix ans de réclusion en première instance — Le Parisien, 1er février 2003
- Douze ans de réclusion en appel — Le Parisien, 16 octobre 2003
- Six assassinats retenus, un acquittement — La Dépêche, 16 octobre 2003
- Retour sur le procès — Le Monde, 25 août 2006
- Retour sur trois affaires, dont la libération de Malèvre — TF1 Info, 2014