Panorama des immeubles de Katmandou dans la brume, vu depuis Kirtipur en 2015.
Vue de Katmandou depuis Kirtipur, au Népal, photographiée le 30 novembre 2015. Illustration géographique postérieure aux faits de l’affaire Charles Sobhraj.Photo : jafsegal / Wikimedia Commons · Source · CC BY 2.0. Image entière conservée, redimensionnée et convertie en WebP ; aucun recadrage ni filtre. Licence de la source conservée.

L’ENVERS DE L’AFFAIRE · DOSSIER DOCUMENTAIRE

Charles Sobhraj : les crimes du Serpent et sa traque

CRIMES IMPOSSIBLES

Thaïlande · Inde · Népal · France

1975–2022

Deux condamnations au Népal · libéré en 2022

Katmandou, septembre 2003. Un journaliste reconnaît dans la capitale népalaise un homme dont le nom traverse depuis longtemps les récits criminels asiatiques : Charles Sobhraj. Le Français est revenu dans un pays où deux touristes ont été tués en 1975. Son arrestation réactive des dossiers anciens et des archives conservées loin du Népal. Pour comprendre ce retour devant la justice, il faut remonter à Bangkok, aux voyageurs disparus et au travail obstiné d’un diplomate néerlandais. La traque ne suit pas une ligne droite : elle passe par plusieurs pays, une longue détention en Inde et des décennies d’attente. Derrière le surnom de « Serpent », deux condamnations népalaises concernent des victimes nommées : Connie Jo Bronzich et Laurent Carrière.

L’affaire en 30 secondes

Les victimes jugées au Népal
Connie Jo Bronzich et Laurent Carrière, tués en 1975.
Le fil de l’enquête
Voyageurs identifiés, témoignages et documents conservés par Herman Knippenberg.
L’issue
Condamnations en 2004 et 2014 ; libération en décembre 2022.

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1. La route des voyageurs

Dans les années 1970, de jeunes Occidentaux parcourent l’Asie avec des itinéraires ouverts et des contacts noués en chemin. Sobhraj se présente notamment comme négociant en pierres précieuses. Les enquêtes décrivent un rapprochement avec les voyageurs, suivi d’intoxications, de vols et, dans plusieurs dossiers, de meurtres. L’accueil et l’aide apparente peuvent créer une dépendance. [1] [2]

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2. Deux disparitions prennent un nom

À Bangkok, le diplomate néerlandais Herman Knippenberg reçoit au début de 1976 une demande concernant deux compatriotes dont les proches n’ont plus de nouvelles. Henk Bintanja et Cornelia, dite Cocky, Hemker sont identifiés parmi des personnes retrouvées mortes en Thaïlande. Des données dentaires transmises depuis les Pays-Bas contribuent à cette identification. Le travail consulaire change alors de nature : il ne s’agit plus seulement de retrouver deux voyageurs, mais de comprendre leur mort. [3]

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3. Les témoins et les passeports

Knippenberg suit les derniers contacts du couple. Dans son témoignage à la télévision néerlandaise, il raconte avoir reçu des informations sur des passeports vus chez un marchand de pierres. Des voisins français décrivent ensuite des voyageurs malades dans l’entourage de Sobhraj. Le dossier prend forme par le rapprochement de récits et de documents. Le diplomate ne travaille pas seul : ses collègues et les témoins fournissent des éléments qu’il rassemble et transmet aux autorités. [2] [3]

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4. Une traque dispersée entre les pays

Le dossier se heurte au déplacement des suspects et à des investigations réparties entre plusieurs États. Knippenberg décrit des démarches répétées auprès de la police thaïlandaise et la difficulté à obtenir une intervention durable. L’affaire pose une difficulté concrète : des identités, des témoins et des documents existent, mais leur rapprochement dépend d’institutions séparées par les frontières. [2] [4]

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5. L’arrestation en Inde

Arrêté à New Delhi en 1976, Sobhraj demeure détenu en Inde jusqu’en 1997, à l’exception de sa brève cavale de 1986. Cette longue période occupe souvent tout le récit de sa carrière criminelle. Elle ne correspond pourtant pas à un procès unique portant sur l’ensemble des touristes morts en Asie. Les procédures indiennes et népalaises doivent rester distinctes. [5] [6]

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6. Une évasion qui nourrit le surnom

En 1986, Sobhraj s’évade de la prison de Tihar après avoir fait absorber des sédatifs à des gardiens. Il est repris et retourne en détention. L’épisode renforce sa réputation d’homme capable de contourner les dispositifs de surveillance. Certains récits prêtent à cette fuite un calcul destiné à éviter une poursuite ailleurs ; cette intention ne doit pas être affirmée sans réserve. [1] [6]

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7. La liberté de 1997 et les archives restantes

En 1997, il quitte l’Inde et revient en France. Les sollicitations de journalistes et de producteurs accompagnent sa notoriété. Pendant ce temps, les pièces rassemblées sur les crimes ne disparaissent pas. Knippenberg conserve son dossier au fil de ses déplacements, jusque dans sa retraite en Nouvelle-Zélande. [4] [7]

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8. Un journaliste le reconnaît

En septembre 2003, Joseph Nathan, du Himalayan Times, repère Sobhraj à Katmandou. Il racontera avoir observé l’homme et vérifié son identité avant que le journal ne signale sa présence. La police l’arrête dans la capitale. Le motif de son retour au Népal demeure sujet à interprétations : affaires, recherche de publicité ou sentiment d’impunité sont des explications avancées, pas des certitudes. Le fait décisif est plus simple : il se trouve désormais à portée des autorités népalaises. [8] [9]

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9. Connie Jo Bronzich, le premier verdict

En 2004, la justice népalaise condamne Sobhraj pour le meurtre de Connie Jo Bronzich, Américaine tuée en 1975. Il conteste les accusations et soutient n’avoir pas séjourné au Népal à cette époque. Cette défense rend particulièrement importants les documents anciens sur les identités et les déplacements. Knippenberg raconte avoir remis des pièces aux services internationaux pour transmission au Népal. [3] [6] [9]

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10. Laurent Carrière, une seconde procédure

Le meurtre de Laurent Carrière, voyageur canadien tué en 1975, conduit à une nouvelle condamnation à la perpétuité en septembre 2014, devant le tribunal de Bhaktapur. La presse népalaise rapporte ensuite le maintien de ce verdict en appel. Les deux victimes sont souvent réunies dans les rétrospectives, mais leurs condamnations ne sont pas prononcées la même année. [6] [10]

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11. La décision de décembre 2022

Le 21 décembre 2022, la Cour suprême du Népal ordonne sa remise en liberté. Sobhraj a 78 ans, présente des problèmes de santé et a purgé environ dix-neuf ans d’une peine de vingt ans, soit près de 95 %. La décision impose également son départ du pays. Elle concerne les conditions et la durée d’exécution de la peine. La comprendre comme une réhabilitation ou comme l’annulation des condamnations serait un contresens : la sortie de prison n’efface pas les verdicts antérieurs. [11]

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12. Un retour en France sans effacement des crimes

Libéré le 23 décembre, Sobhraj quitte le Népal et arrive en France le 24. Il continue de contester sa culpabilité, notamment devant les journalistes qui l’approchent durant le trajet. Les récits de fuite, les entretiens et les adaptations ont donné au « Serpent » une existence médiatique durable. Le bilan judiciaire népalais reste, lui, attaché aux meurtres de Bronzich et de Carrière et aux décisions prises à leur sujet. [12] [7]

Ce qui est établi, ce qui reste incertain

Documenté

Deux condamnations népalaises portent sur les meurtres de Connie Jo Bronzich et Laurent Carrière, commis en 1975. Sobhraj est libéré et expulsé en décembre 2022 après une longue détention. Cette libération n’est pas un acquittement.

Incertain ou non établi

Le total des crimes qui lui sont attribués dépasse les affaires jugées au Népal. Il ne faut pas transformer ce total de soupçons en bilan judiciaire. Les raisons exactes de son retour à Katmandou en 2003 ne sont pas établies ici.

Les dates clés

  1. 1975 — Meurtres des deux voyageurs néerlandais en Thaïlande et de Bronzich et Carrière au Népal.
  2. 1976 — Enquête de Knippenberg ; arrestation de Sobhraj en Inde.
  3. 1986–1997 — Évasion, recapture puis fin de la détention indienne.
  4. 2003–2004 — Arrestation au Népal et condamnation pour le meurtre de Bronzich.
  5. Septembre 2014 — Condamnation pour le meurtre de Carrière.
  6. 21–24 décembre 2022 — Décision de libération, expulsion et retour en France.

Les lieux de l’affaire

Bangkok est le point de départ du travail de Knippenberg. New Delhi marque la longue détention indienne. Katmandou et Bhaktapur sont les centres des procédures népalaises. La vue de Katmandou depuis Kirtipur illustre ce cadre géographique, sans représenter un lieu précis des crimes.

Ce qui rend cette affaire singulière

L’enquête franchit des frontières et des décennies grâce à la conservation de documents. Elle montre aussi la distance entre une réputation criminelle mondiale et des jugements portant sur des faits précis. Les archives permettent de suivre cette différence sans réduire les victimes au surnom de leur meurtrier.

Sources et méthode

Les reportages népalais et les dépêches judiciaires sont recoupés avec les entretiens de Knippenberg. Ses souvenirs sont attribués et distingués des verdicts. Les adaptations de fiction ne servent pas de preuves. Les sources divergent sur le jour précis du second verdict : le mois de septembre 2014 est retenu. Le récit de la remise en liberté s’arrête au retour en France de décembre 2022.

  1. AFP, récit d’Atish Patel après le retour en France, 6 janvier 2023
  2. NOS, entretien avec Herman Knippenberg, 23 février 2021
  3. EenVandaag / AVROTROS, témoignage de Knippenberg, 1er avril 2021
  4. RTL Pays-Bas, le diplomate et les archives de l’enquête, 2021
  5. Reuters, remise en liberté au Népal, 23 décembre 2022
  6. Sky News, seconde condamnation népalaise, 19 septembre 2014
  7. Le Monde, la notoriété et son exploitation médiatique, 5 février 2023
  8. AFP / Journal de Montréal, témoignage de Joseph Nathan, 23 décembre 2022
  9. AFP, sortie de prison de Charles Sobhraj, décembre 2022
  10. Republica, maintien en appel du verdict concernant Laurent Carrière
  11. The Kathmandu Post, décision de la Cour suprême, 21 décembre 2022
  12. Reuters, retour en France, 24 décembre 2022