Palais de justice de Douai, au bord de la Scarpe.
Palais de justice de Douai, photographié le 16 août 2012. Vue du bâtiment postérieure aux faits et au procès d’Alexandra Lange.Photo : Ville de Douai / Damien Langlet / Wikimedia Commons · Source · CC BY-SA 4.0. Image entière conservée, redimensionnée et convertie en WebP ; aucun recadrage ni filtre. Licence de la source conservée.

L’ENVERS DE L’AFFAIRE · DOSSIER DOCUMENTAIRE

Alexandra Lange : le procès et l’acquittement

CRIMES IMPOSSIBLES

France · Nord · Douai · Cour d’assises du Nord

Faits : nuit du 18 au 19 juin 2009 · Procès : 21–23 mars 2012

Acquittée du meurtre pour légitime défense le 23 mars 2012

Douai, dans la nuit du 18 au 19 juin 2009. Au cours d’une agression dans la cuisine du domicile, Alexandra Lange porte un coup de couteau à son mari, qui tente de l’étrangler. L’homme meurt. La mère de quatre enfants se retrouve poursuivie pour meurtre, après des années de violences conjugales qu’elle va raconter aux enquêteurs et aux juges. En mars 2012, l’avocat général lui-même demande son acquittement. Pourquoi la justice reconnaît-elle ici la légitime défense ? La réponse tient aux circonstances immédiates du geste, aux témoignages sur la vie familiale et à un procès qui examine aussi les occasions de protection manquées avant cette nuit.

L’affaire en 30 secondes

Les protagonistes
Alexandra Lange, mère de quatre enfants, est poursuivie après la mort de son mari Marcelino Guillemin, en juin 2009 à Douai.
La défense
Le geste intervient pendant une tentative d’étranglement. L’avocat général demande l’acquittement pour légitime défense.
La décision
Acquittée du meurtre le 23 mars 2012, elle est toutefois condamnée à un mois avec sursis pour modification de la scène.

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1. Une adolescente, puis une vie familiale

Alexandra Lange rencontre son futur mari alors qu’elle est lycéenne. Elle quitte le domicile maternel, interrompt ses études et fonde une famille. Quatre enfants naissent de cette union. Aux audiences, ce parcours permet de comprendre comment sa vie s’est progressivement resserrée autour du foyer. Les comptes rendus emploient aussi son nom marital, Alexandra Guillemin. [1] [2]

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2. L’isolement derrière les violences

Les récits recueillis décrivent des violences physiques, sexuelles et psychologiques répétées. Alexandra Lange explique la peur des représailles et les difficultés à partir avec ses enfants. Dans un entretien après le procès, elle raconte avoir cherché un hébergement sans trouver de place durable. [2] [3]

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3. Une demande d’aide avant les faits

À la barre, Alexandra Lange indique avoir voulu porter plainte huit jours avant la mort de son mari. Sa démarche aboutit à une main courante. Les comptes rendus du procès rapportent qu’un policier reconnaît un dysfonctionnement dans le traitement de cette alerte. Cet épisode devient l’un des points centraux de l’audience : la question n’est plus seulement de savoir pourquoi elle est restée, mais quelle réponse lui a été donnée lorsqu’elle a demandé de l’aide. [3] [1]

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4. La nuit du 18 au 19 juin 2009

Dans la cuisine du logement de Douai, son mari s’en prend à elle et tente de l’étrangler. Alexandra Lange saisit un couteau à proximité et lui porte un coup mortel. Elle ne nie pas ce geste. Le danger est ici décrit comme une agression en cours, et non comme la crainte abstraite d’une violence à venir : cette contemporanéité sera décisive dans le raisonnement judiciaire. [4] [5]

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5. Une modification qui complique la lecture

Après la mort, un couteau est placé dans la main du mari pour renforcer l’apparence d’une menace armée. Le père d’Alexandra, Marc Lange, est poursuivi avec elle pour modification de la scène. Cette intervention impose de distinguer l’agression initiale de ce qui a été ajouté ensuite. [4]

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6. L’attente du procès

Alexandra Lange passe dix-sept mois en détention provisoire, puis comparaît libre devant la cour d’assises du Nord. Près de trois années séparent l’homicide de son jugement. Dans son entretien de mars 2012, elle évoque cette attente et la séparation d’avec ses enfants. [2]

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7. Les proches décrivent le foyer

Le procès s’ouvre le 21 mars 2012. Les témoignages replacent l’accusée dans son histoire familiale et décrivent des violences dépassant le couple. Un fils du mari né d’une précédente union témoigne de coups infligés à Alexandra et aux enfants. Ces paroles ne remplacent pas la reconstitution du geste, mais elles éclairent le danger auquel elle dit avoir été exposée. [3] [6]

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8. Comprendre la difficulté à partir

Les expertises présentées à l’audience décrivent une personne effacée, dominée et très préoccupée par ses enfants. La défense, assurée par Nathalie Tomasini et Janine Bonaggiunta, met en avant l’emprise. Cette notion aide à expliquer les comportements et les silences ; elle ne constitue pas automatiquement une autorisation de tuer. Dans ce dossier, elle accompagne l’examen d’une agression précise à laquelle l’accusée affirme avoir dû répondre pour survivre. [3] [7]

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9. Les critères de la légitime défense

L’article 122-5 du code pénal exige une attaque injustifiée, une riposte nécessaire dans le même temps et l’absence de disproportion avec sa gravité. Une personne peut ainsi reconnaître un geste mortel tout en étant acquittée si ces conditions sont réunies. La proportion s’apprécie au regard du danger, pas par la seule identité des armes. À Douai, l’étranglement en cours est au centre de l’examen de la nécessité du coup porté. [8] [5]

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10. L’avocat général demande l’acquittement

Le 23 mars, Luc Frémiot, représentant du ministère public, requiert l’acquittement. Son réquisitoire insiste sur le danger subi et sur les réponses insuffisantes apportées auparavant. Un avocat général peut demander cette issue lorsqu’il estime qu’elle découle des faits et du droit ; sa fonction ne l’oblige pas à réclamer une condamnation. La cour et les jurés restent ceux qui décident. En 2026, Frémiot explique encore son analyse par le caractère immédiat et grave de l’attaque. [5] [7]

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11. Un acquittement et une condamnation distincte

Le 23 mars 2012, la cour d’assises du Nord acquitte Alexandra Lange du meurtre en retenant la légitime défense. La décision ne signifie pas qu’elle n’a pas porté le coup : elle reconnaît sa justification dans les circonstances examinées. Pour la modification de la scène, elle reçoit un mois de prison avec sursis ; son père, six mois avec sursis. [4]

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12. Reconstruire après les audiences

Après le verdict, Alexandra Lange explique vouloir retrouver ses enfants, un logement et une autonomie professionnelle. L’issue pénale ne règle pas instantanément ces démarches. Le documentaire de Christophe Widemann, réalisé en 2012, conserve un témoignage du procès ; d’autres récits ont ensuite diffusé son histoire. Il ne découle du verdict aucune présomption générale de légitime défense dans un couple violent. [2] [6] [8]

Ce qui est établi, ce qui reste incertain

Documenté

L’homicide de juin 2009 et l’acquittement du 23 mars 2012 sont documentés. La cour a reconnu la légitime défense pour le geste mortel. La condamnation pour modification de la scène est distincte. Les témoignages et les expertises exposés au procès ont décrit des violences conjugales répétées.

Incertain ou non établi

Le détail des échanges privés précédant l’agression varie selon les récits : aucun dialogue n’est reconstitué ici. Les critiques visant la prise en charge des alertes ne doivent pas être transformées en condamnations individuelles de policiers qui ne sont pas établies par ces sources.

Les dates clés

  1. Avant juin 2009 — Vie conjugale violente et démarches de recherche d’aide rapportées au procès.
  2. 18–19 juin 2009 — Agression et coup mortel au domicile de Douai.
  3. Avant le jugement — Dix-sept mois de détention provisoire, puis comparution libre.
  4. 21 mars 2012 — Ouverture des débats aux assises du Nord.
  5. 23 mars 2012 — Réquisitions d’acquittement, puis décision fondée sur la légitime défense.
  6. 2012 — Entretiens et documentaire rendent l’affaire accessible au public.
  7. 2026 — Luc Frémiot revient sur son raisonnement ; il ne s’agit pas d’un nouveau procès.

Les lieux de l’affaire

Douai concentre les faits et leur jugement : le domicile est le lieu de l’agression ; le palais de justice accueille la cour d’assises du Nord. Les démarches d’hébergement évoquées par Alexandra Lange dépassaient ce cadre local.

Ce qui rend cette affaire singulière

L’affaire montre qu’un réquisitoire peut soutenir la défense lorsqu’une cause de justification est établie. Elle rend aussi visible la différence entre comprendre l’emprise et démontrer la légitime défense : la première éclaire le parcours, la seconde dépend des conditions de l’agression et de la riposte. Enfin, l’acquittement pour l’homicide coexiste avec une condamnation pour les actes commis ensuite sur la scène, chaque fait recevant sa propre réponse judiciaire.

Sources et méthode

Fiche rédigée pour L’envers de l’affaire à partir des comptes rendus contemporains, d’entretiens attribués à Alexandra Lange et à Luc Frémiot, et du code pénal. Vérification le 23 septembre 2026. La date du verdict, le 23 mars 2012, est recoupée ; un entretien paru ensuite comporte une date discordante. Aucun dialogue privé ni détail de procédure absent des sources n’est inventé.

  1. Le Monde, Pascale Robert-Diard — compte rendu du procès, 24 mars 2012
  2. Grazia — entretien avec Alexandra Lange après le verdict, 30 mars 2012
  3. L’Est Républicain — témoignages et expertises à l’ouverture du procès, 21 mars 2012
  4. Le Parisien — acquittement et condamnations pour modification de la scène, 27 mars 2012
  5. RTL — entretien avec Luc Frémiot sur la légitime défense, 2 juillet 2026
  6. FIGRA — Le Procès d’Alexandra Lange, Christophe Widemann, documentaire de 2012, sélection 2013
  7. Le Journal du dimanche — entretien avec Luc Frémiot, 22 septembre 2018
  8. Légifrance — code pénal, article 122-5 : conditions de la légitime défense