
L’ENVERS DE L’AFFAIRE · DOSSIER DOCUMENTAIRE
Albert Spaggiari, le casse de Nice
CASSES & ARNAQUESNice · Alpes-Maritimes
1976–1989 · prolongement judiciaire en 2018
Perpétuité par contumace en 1979 · décédé en 1989
Nice, 19 juillet 1976. À la Société Générale du centre-ville, une porte bloquée conduit à la découverte d’une salle des coffres dévastée. Les voleurs sont entrés par un tunnel relié aux égouts pendant le week-end. Albert Spaggiari est arrêté à l’automne, puis s’évade du palais de justice avant son procès. Condamné par contumace à la perpétuité en 1979, il meurt en cavale en 1989. La justice a sanctionné le cambriolage, mais la répartition des rôles et le devenir de l’essentiel du butin restent entourés de récits contradictoires.
L’affaire en 30 secondes
- Le casse
- Plus de trois cents coffres visités en juillet 1976 ; un butin estimé autour de 46 millions de francs.
- La justice
- Spaggiari s’évade en 1977 et est condamné à la perpétuité en son absence le 6 novembre 1979.
- La question restante
- Le rôle exact de chacun et le parcours du butin ne sont pas entièrement établis.
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1. Le lundi où la banque ne peut plus ouvrir
Le 19 juillet 1976, les employés découvrent que l’accès à la salle des coffres est condamné de l’intérieur. Une fois le passage dégagé, le désordre révèle un cambriolage de grande ampleur. L’agence se trouve au cœur de Nice, dans l’immeuble de la Société Générale de l’avenue Jean-Médecin. Aucun employé n’a assisté à l’entrée des voleurs : l’enquête doit reconstituer une opération achevée avant la reprise de l’activité bancaire. [1] [2]
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2. Une arrivée par les sous-sols
Les constatations établissent que les cambrioleurs ont rejoint la banque depuis le réseau d’égouts, après le creusement d’un tunnel. La préparation a précédé de plusieurs semaines le week-end du vol. Ce cheminement explique comment la salle a été atteinte sans franchir les accès ordinaires de l’établissement. Les archives montrent une entreprise collective ; elles ne permettent pas de réduire tout le travail matériel au seul homme qui deviendra célèbre. [1] [3] [4]
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3. Un montant considérable, une estimation
Espèces, bijoux et valeurs ont été retirés de centaines de coffres. Le compte rendu du procès situe le préjudice autour de 46 millions de francs. D’autres récits donnent des nombres de coffres et des évaluations différents : les contenus privés ne formaient pas un inventaire public unique. Cette fiche retient donc un ordre de grandeur. [2] [3] [4]
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4. La formule qui recouvre les pertes
Une inscription laissée dans la salle associe l’opération à l’absence d’armes, de haine et de violence. Elle devient un élément durable de sa célébrité. Le cambriolage s’est déroulé dans une banque fermée, sans prise d’otages sur place. Cette différence avec un braquage ne supprime ni le vol ni les pertes des déposants. L’expression de « casse du siècle » appartient au récit médiatique, pas à une qualification judiciaire particulière. [1] [3] [4]
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5. Spaggiari, photographe et militant
Albert Spaggiari exerce comme photographe à Nice. Son passé dans l’OAS et ses engagements d’extrême droite sont documentés dès l’époque. Après son arrestation, il présente aussi le vol comme une source de financement politique. En novembre 1976, Le Monde souligne que l’existence de l’organisation qu’il invoque, Catena, n’est pas démontrée. Une explication fournie par un suspect ne suffit pas à établir la destination effective de l’argent. [5] [8]
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6. L’arrestation du 27 octobre 1976
Spaggiari est arrêté le 27 octobre 1976, à son retour d’un voyage au Japon. Les récits de l’enquête rapportent ses aveux devant les policiers. Il devient la figure publique du dossier, alors que plusieurs participants sont recherchés ou mis en cause. Cette visibilité explique largement l’association de son nom au cambriolage. Elle ne constitue pas, à elle seule, une preuve de la place exacte qu’il occupait dans toutes les étapes de sa préparation. [6] [8]
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7. Le saut du 10 mars 1977
Le 10 mars 1977, pendant un interrogatoire au palais de justice de Nice, Spaggiari sort par une fenêtre du bureau du juge d’instruction. Un complice l’attend à moto. L’évasion est immédiatement relatée par la presse et les journaux télévisés. Elle modifie la suite de la procédure : le personnage central du dossier n’est plus détenu et ne comparaîtra pas avec les autres accusés. La fuite devient presque aussi célèbre que le vol lui-même. [1] [6]
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8. Des accusés jugés sans lui
Le procès de plusieurs hommes poursuivis pour le cambriolage s’ouvre le 22 octobre 1979 devant les assises des Alpes-Maritimes. Spaggiari est absent. Les débats judiciaires portent sur des responsabilités individuelles : appartenir au même dossier ne signifie pas que tous les accusés reçoivent la même réponse pénale. [2] [7]
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9. La perpétuité le 6 novembre 1979
Le 6 novembre 1979, Spaggiari est condamné par contumace à la réclusion criminelle à perpétuité. Le Monde rend compte de cette décision deux jours plus tard. Le mot contumace désigne ici le jugement prononcé en l’absence de l’accusé fugitif. [7]
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10. Une vie clandestine jusqu’en 1989
Spaggiari reste en fuite pendant plus de douze ans. Ses livres, ses apparitions et ses confidences nourrissent sa notoriété, sans rendre tous ses déplacements vérifiables. Il meurt le 8 juin 1989 sans avoir été repris. Son corps est ensuite ramené auprès de sa mère à Hyères. Le décès met fin à la possibilité de le faire comparaître à nouveau ; il ne transforme pas ses récits personnels en description judiciaire complète du cambriolage. [8]
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11. Un autre homme revendique le premier rôle
En 2010, Jacques Cassandri publie sous le nom d’Amigo un livre dans lequel il se présente comme le véritable organisateur du casse. Cette revendication relance les investigations sur son patrimoine et l’origine de certains fonds. Mais, devant le tribunal, il présente l’ouvrage comme une fiction. Le récit a donc changé de statut dans sa propre défense. On ne peut traiter une revendication littéraire contestée comme une décision qui aurait remplacé la condamnation de Spaggiari. [9] [10]
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12. Ce que décide le tribunal en 2018
Le 4 avril 2018, le tribunal correctionnel de Marseille relaxe Cassandri du blanchiment du produit du casse : le lien entre le butin de 1976 et les fonds examinés n’est pas établi. Il le condamne néanmoins à trente mois de prison pour d’autres infractions, notamment abus de biens sociaux, travail dissimulé et trafic d’influence. Ce jugement n’est ni une condamnation pour le cambriolage prescrit, ni la preuve judiciaire qu’il en aurait été le véritable cerveau. [10]
Ce qui est établi, ce qui reste incertain
Documenté
La banque a été cambriolée par un accès souterrain en juillet 1976. Spaggiari a été arrêté, s’est évadé le 10 mars 1977 et a été condamné en son absence le 6 novembre 1979. Il est mort en 1989. La relaxe de Cassandri pour blanchiment du butin, en 2018, doit être distinguée de sa condamnation pour d’autres faits.
Incertain ou non établi
Les versions publiques ne concordent pas entièrement sur la répartition des rôles, le contenu exact des coffres et le montant final du vol. Le devenir de l’essentiel du butin demeure obscur. Les affirmations politiques de Spaggiari et celles du livre de Cassandri ne résolvent pas ces questions par elles-mêmes.
Les dates clés
- 19 juillet 1976 — Découverte du cambriolage à Nice.
- 27 octobre 1976 — Arrestation de Spaggiari.
- 10 mars 1977 — Évasion du palais de justice.
- 22 octobre 1979 — Ouverture du procès de plusieurs participants.
- 6 novembre 1979 — Perpétuité par contumace pour Spaggiari.
- 8 juin 1989 — Mort du fugitif.
- 2010 — Publication du récit de Cassandri.
- 4 avril 2018 — Relaxe pour blanchiment du butin ; condamnation pour d’autres infractions.
Les lieux de l’affaire
Nice concentre le vol, l’enquête initiale, l’évasion et les procès de 1979. L’immeuble bancaire possède une façade rue de l’Hôtel des Postes, visible sur la photographie de contexte. Hyères intervient dans le récit du retour du corps de Spaggiari. Marseille est le siège du procès Cassandri de 2018, distinct de celui du cambriolage.
Ce qui rend cette affaire singulière
Deux histoires se superposent : une opération collective dont les traces ont été examinées par la police, et une légende personnelle entretenue par un fugitif. La réapparition du dossier à travers un procès financier, quarante ans plus tard, montre pourquoi il faut préciser ce que chaque juridiction a réellement jugé.
Sources et méthode
Archives audiovisuelles de l’INA, comptes rendus contemporains des procès et dépêches sur le jugement de 2018 sont recoupés. Les décisions intégrales de 1979 ne sont pas reproduites ici. Les chiffres divergents du butin restent des estimations. Les mémoires des protagonistes sont présentés comme des récits attribués, sans leur donner la valeur de constatations judiciaires. Vérification documentaire : 28 septembre 2026.
- INA — Albert Spaggiari, l’évasion : archive audiovisuelle
- Le Monde, 23 octobre 1979 — Ouverture du procès du casse de Nice
- RTL, 2016 — Albert Spaggiari et le casse du siècle
- AFP / La Dépêche, 10 février 2018 — Retour sur le casse de 1976
- Le Monde, 22 novembre 1976 — Spaggiari et l’extrême droite
- Le Monde, 12 mars 1977 — L’évasion d’Albert Spaggiari
- Le Monde, 8 novembre 1979 — Condamnation par contumace à la perpétuité
- Le Parisien, 31 mai 2022 — Le casse et la vie de cavale de Spaggiari
- AFP / Le Nouvel Observateur, 21 août 2010 — La revendication d’un autre organisateur
- AFP / Le Parisien, 4 avril 2018 — Jugement de Jacques Cassandri